UN GRAND DE PORTUGAL, JUGES DU GRAND CONSEIL, GARDES
ALPHONSE
Plaçons-nous... Dignes soutiens des lois,
Dont le niveau sacre protège tous les drois ; Juges qui, les sauvant de leur propre caprice, Même au-dessus des rois élevez leur justice, Une femme imprudente , un prince malheureux Ont brave le décret justement rigoureux, En souveraine loi transforme par vous-même : Défenseurs éclaires des droits du diadème , De ce titre imposant soutenons la splendeur ; Rigoureux pour le crime, indulgens pour l'erreur, Faisons craindre et chérir un tribunal auguste ; L'arrêt le moins sévère est toujours le plus juste.
DON PÈDEE.
Sire, en un même jour, vainqueur et criminel, Je dois de ma conduite un aveu solennel. Ecoutez, sénateurs, et sachez quelle flamme Cette femme sublime a fait naître en mon âme. Dix ans sont écoulés depuis que le hasard M'offrit seul et sans pompe à son premier regard. Juges, c'est de ce jour que ma gloire commence; Je vivais sans avoir prouvé mon existence ; Obscur, je languissais dans un repos honteux, Je fus aimé, j'aimais, et je devins fameux! Oui : dès que ma tendresse eut captivé la sienne, T^a force de son âme a passé dans la mienne. Par elle devenu le soutien de l'état, J'eus les vertus d'un chef et le coeur d'un soldat ; Par elle , mon esprit rêva toutes les gloires, Je lui dois aies bienfaits, je lui dois mes victoires; Chassant les Africains de nos murs envahis, J'invoquais son image en sauvant mon pays ; Et, sans elle, en un mot, le bras de l'infidèle Aurai t détruit les lois que vous tournez contre elle. Ah! puisse l'univers redire quelque jour L'aveu que ma fierté commande à mon amour,
Inès, par toi, pour toi, j'ai trouve sous le chaume Ce bras, ce cœur, la force et l'orgueil d'un royaume! Ma flamme était mon bien, magîoire, monhonneur: J'ai voulu par l'hymen assurer mon bonheur ; Mais je la connaissais, son âme fière et tendre , A des vœux inégaux n'eût pas daigné se rendre ; D'un nom, d'un titre obscur , à ses yeux revêtu, Pour obtenir sa main j'ai trompé sa vertu. Lui cachant ses périls, nos lois et ma naissance, J'ai lâchement séduit sa crédule innocence; Juges , condamnez donc le fils de votre roi, La vertu fut pour elle et le crime est à moi!
Vous avez entendu, que prononcez-vous?