UN GRAND DE PORTUGAL
Sire ,
Je combats avec peine un projet que j'admire. Don Pèdre, généreux jusque dans son erreur, Veut des lois sur lui seul appeler la rigueur ; Mais juge indépendant je dois parler sans crainte ; De mon prince, à regret, je dénonce la feinte: Craignant contre une femme un jugement mortel, Pour la faire innocente il se fait criminel.
PACCHÉCO.
Et qu importe après tout? Juges, si l'accusée Déclare qu'en effet sa foi fut abusée, Son hymen devient nul ; et les vœux de la loi D'un décret moins sévère autorisent l'emploi. A former d'autres nœuds que le prince consente; De ces murs pour jamais que sa maîtresse absente , Se consacre aux autels dans un cloître lointain ; De son fils élevé pour un obscur destin Qu'elle a bj u re à l'instant le titre et la naissance , A ce prix je l'absous.
INÈS
Prononcez ma sentence.
Prononcez-la ; témoins de l'indigne traite Offert à mon malheur et par lui rejeté, Juges , devant le Dieu qui plane sur ces voûtes , Écoutez : c'est à moi d'éclaircir tous vos doutes. Je vis, j'aimai don Pèdre et j'acceptai sa main; Mais à l'œil d'une épouse il se cachait en vain ; Instruite, non par lui, du rang qui le décore., J'ai brave vos décrets et je les brave encore. Epouse de l'infant, je réclame mes droits. Je suis mère, et mon fils est le fils de vos rois.
don pèdee.
Quel délire!
inÈs , vivement.
Approuvant leur politique infâme, Don Pèdre , voudrais- tu désavouer ta femme?
DON PÈDRE
Jamais!
INÈS
Vous l'entendez.
ALPHONSE
O forfait inoui !
En recevant sa main vous le connaissiez?
INÈS
Oui.
ALPHONSE
Quoi! tout à l'heure, ici, par un aveu contraire i\T'avez-vous point tâché de fléchir ma colère ?
INÈS
Mon époux gémissait, mon cœur s'est démenti \ Mais au bord du tombeau ce cœur s'est repenti. Moi* crime est certain.
PAGCHÉCO.
Oui, ce crime est sans refuges ; Votons.
Elle vous trompe, elle vous trompe, juges, Dans l'aveu solennel que l'honneur m'a dicte, En n'accusant que moi j'ai dit la vérité ; J'en atteste ce Dieu dont l'oeil nous environne. Mais quoi, si d'un détour votre cœur me soupçonne, Songez qu'il vaudrait mieuxdans un doute pressant Sauver un criminel que perdre un innocent.
ikès. (prête,
Quand le crime est prouvé, quand la victime est Juges, que tardez- von s à proscrire ma tête? (blés! De quel doute importun vos cœurs sont-ils trou- C'est moi qui dois périr et c'est vous qui tremblezî Les lois vous ont remis leur balance et leur glaive; De ces lois qu'à l'instant la volonté s'achève. L'homme à qui des humains le sort est confié , Doit condamner sans haine et punir sans pitié. Ce que j'ai dit est vrai; mon crime est sans excuse; Et si vous m'épargnez, c'est moi qui vous accuse. i'A( cnÉco. [Il se levé, et pendant cjue don Pèdre
parle , recueille le vote des juges. ) Votons.
DON PKDRE.
Qu'allez- vous l'aire?... organes d'équité, Point de sang : la justice est dans l'humanité, Revêtus d'un pouvoir protecteur et sublime , De ses propres aveux préservez la victime. Elle est innocente... oui.,, j'en réponds! p.u;<;nt:co.
De son sort La loi dispose...
ALHONSE.
Eh Lien! qu'ordonne ton ?
PACCHÉCO.
Sa mort.
DON PEPRE.
Ciel!
iivès , avec enthousiasme.
Je triomphe!...
DON PÈDRE
O crime, ô fortune jalouse!
usés , vivement.
Don Pèdre,en me frappant ils me font ton épouse! De notre hymen, ma mort légitime les nœuds. Je triomphe !...