‹ Pierre de Portugal, tragédie en cinq actesChapitre 4 sur 42 · GRANDS DE PORTUGAL , SOLDATS · texte numérisé non relu

GRANDS DE PORTUGAL , SOLDATS

ALPHONSE

Soutien de mes vieux ans , Laisse-moi te presser dans mes bras languissans. Viens Je dois la victoire à ton jeune courage.

DON PÈDRE

O mon père , ô mon roi , le laurier qui m'ombrage, Par vous plus que par moi n'est-il pas mérité? Vos exploits ont produit mon intrépidité. Qui donc les oubîirait, lorsque tout les rappelle? Le courage vieillit , la gloire est immortelle. La vôtre au champ d'honneur a dirigé nos pas. Les Maures en tumulte inondaient vos états; Du prophète imposteur les tribus insolentes , Arboraient le croisant sur vingt cités tremblantes ; Mais au nom du vrai Dieu , vos soldats ralliés ,

Pour vaincre ou pour mourir se sont multipliés. Portugais, ai-je dit, les hordes étrangères Foulent impunément les cendres de vos pères , Aux armes !... Ce signal est à peine entendu , Qu'aux accens de l'honneur , l'honneur a répondu. Nul repos désormais ; chacun de nous s'élance Du combat qui finit au combat qui commence. Le fier patriotisme enfante des soldats , Tout sexe a du courage et tout âge a des bras. D'un peuple soulevé redoutant la poursuite, Le Maure cherche en vain son salut dans la fuite ; Le Maure à chaque pas rencontre autour de lui , Dans ses vainqueurs d'hier sesvainqueurs d'aujour. Enfin nosagresseursn'osantplussedéfendre, (d'hui: Tremblans , au même lieu qui les en vit descendre Remontent sur leur flotte , et l'océan surpris , De leur vaste naufrage entraîne les débris.

A ce nouveau succès j'avais lieu de m'attendre : Qui doit régir l'État doit savoir le défendre ; Et Dieu s'est déclaré pour le peuple et pour toi , En daignant m'accorder un fils plus grand que moi. Rendant grâces au ciel ï si bientôt je succombe, Les Portugais du moins consolés sur ma tombe , Heureux, même après moi, du bien que je leur fis , Retrouveront un père en couronnant mon fils. Je lègue à ce héros digne de me survivre Votre bonheur à faire et mon exemple à suivre, Portugais. Sur le trône, esclave de ma foi, Peut-être ai-je payé la dette d'un bon roi. JD'un peuple généreux législateur suprême , Enpromulguant des lois plus fortes quemoi-même , J'ai soustrait l'avenir aux malheurs du passé. Un pouvoir sans limite est bientôt renversé.

Premierhommedupeupleetpremierchefdesbraves, J'ai voulu des sujets et non pas des esclaves. Père des malheureux , j'ai su les secourir. Je verrai sans terreur mon sépulcre s'ouvrir. Heureux sipar ma mort causant quelques alarmes. Pour la première fois je fais couler des larmes. Cependant célébrons par de pieux transports Les succès que le ciel prodigue à nos efforts.

[A une partie de sa suite. ) Allez ; au temple , orné pour cette auguste fête, Du retour des vainqueurs que la pompe s'apprête.

[A l'autre. ) Vous , demeurez.

[Les soldats sortent. Le roi reste entouré de sa cour. Sa garde est dans le fond).

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