SCÈNE V
Les précédées , DON DïÈGtJE.
DON DIÈGUE
Monarque généreux, prince dont la grandeur Habile à posséder tous les genres de gloire, Brille dans les revers comme dans la victoire ; Si votre politique adopte nos projets, Après tant de combats nous verrons désormais Deux rois aux vœuxdupeupleimmoîantleurcoière, Se réconcilier pour le bien de la terre. Par le salut commun cet accord est dicté. Les Maures, fiers enfans de l'Arabe indompté, (des, Auxcbamps quelesdeuxmersembrassentdeleurs on- Grossissent chaque jour leurs tribus vagabondes ; Et de nos anciens fers espérant nous charger , Du jour de Tolosa prétendent se venger. 3Ne doublons pas leur force en divisant les nôtres. A nos armes contre eux réunissez les vôtres. Aux remparts de Grenade assiégés de nouveau , Qu'ils ytrouventenfinleur chute et leur tombeau, Et volant dans nos mains tant de fois provoquées, Quelacroixdusauveurbrilleaufrontdesmosquées.
Sire , le Portugal fut la dot qu'autrefois Décerna la Castille au gendre de ses rois : TJn prince votre aïeul, fort de sa propre gloire, Vainqueur, fut couronné sur le champ de victoire. Depuis ce jour fameux source de nosdébats Une fureur aveugle arme nos deux états: Ouvrons les yeux : garant d'une amitié propice , Des enfans de nos rois que l'hymen s'accomplisse. Tel est le premier vœu de Futile traité Par votre ambassadeur àBurgos accepté.
Signez , et je vous jure au nom d'un peuple frère Bonne foi dans la paix, dévoûment dans la guerre ; Des m aux qu'ils nous ont faits certains d'êtrepunis, Les Maures trembleront en nous voyant unis ; Et la paix que monmaitre assure à vos provinces Sera la digne dot du plus vaillant des princes. Fier d'un choix mérité par l'éclat d'un grand nom , Don Pèdre à cet hymen consentira-t-il ?
DON PÈDRE
Non !
DON D1ÈGUE.
Comment ?
ALPHONSE
Que dites-vous, et par quelle erreur ?
Sire, Ce que j'ai dit ma bouche est prête à le redire. Quel est donc cet hymen qu'on prétend m'imposer? De moi malgré moi-même a-t-on cru disposer? Je suis prince, mais libre; et ma fierté jalouse Se réserve le droit de choisir mon épouse. Je ne soumettrai par les destins de mon cœur Aux projets d'un ministre et d'un ambassadeur. Sur les débris sanglans d'une guerre obstinée, Conduit par la concorde aux autels d'hyménée, La paix nous disait-on est la dot qui m'attend ; La paix qui doit durer s'obtient en combattant ; Et pour la conquérir , nous fût-elle échappée , Nous invoquerons Dieu, le peuple et mon épée.
ALPHONSE
Le repos de l'État , votre intérêt , le mien , Infant , tout se prononce en faveur d'un lien Qui de deux nations va terminer la guerre ;
Et si dans ses refus votre cœur persévère , J'aurai^ pour prévenir les maux que je prévoi L'autorité d'un père et le pouvoir d'un roi.
PACCHÉCO.
Au nom du Portugal , conjurez la tempête Qui malgré vos lauriers gronde sur votre tête. Cet hymen fût-il fait, prince, pour vous troubler, Don Pèdre, au bien public craint-il de s'immoler? Songez-y : par ma voix tout un peuple vous crie : Un prince tout entier se doit à la patrie !
DON PÈDRE
Ministre, de quel front soigneux de m'offenser Entre un père et son fils osez-vous prononcer? Je ne dis plus qu'unmot: sujet d'unroi que j'aime, Mais fier, quoique soumis à son pouvoir suprême , Je ne fléchirai point sous une injuste loi. Ma vie est à l'état ; mais mon cœur est à moi. (// sort suivi d'Alvare.)