SCÈNE VIL DON DIÈGUE, PACCHÉCO
DON DIÈGUE
Ainsi tout peut se rompre; et denouveaux^combats Vont l'un par l'autre encor désoler deux Etats. Après tant d'infortune et tant de prévoyance. Contre les noeuds sacrés d'une auguste alliance , Le prince se révolte.
PACCHÉCO.
On saura le dompter.
DON DIÈGUE
L'obstacle est grand.
PACCHÉCO.
N'importe il le faut surmonter.
Mon âme dès long-temps n'est pas plus étrangère Aux troubles de la cour qu'au péril de la guerre. Dés que la politique a tracé mon chemin, Tout danger devient nul et tout obstacle est vain. Des lois du Portugal interprète sévère Et fidèle au devoir de mon saint ministère, Par le bien public seul mon courage est guidé. Un privilège auguste enfin m'est accordé : Durant les longs accès du mal qui le déchire,
Le roi m'a confie les rênes de l'empire;
Et mon pouvoir souvent domine au lieu du sien.
Il suffit.
DON DIEGUE
Détruisant votre espoir et le mien , Si tout-à-coup l'infant par un nœud plus solide Légitimait les droits d'une femme perfide?...
PA.CCHÉCO.
Un décret souverain dans la nuit du tombeau De cet hymen impie éteindrait le flambeau. Mais, sachons tout prévoir :contre un fiîs téméraire, Dérobant un monarque aux faiblesses d'un père , Je veux qu'à ce décret le sénat dès ce soir D'une loi sans appel prodigue le pouvoir. Je ne conspire pas la perte d'une femme 5 Mais fidèle aux efforts que ma place réclame, A ne jamais fléchir j'ai su m 'accoutumer. Si de quelque rigueur nos bras doivent s'armer, Repoussant les conseils d'une pitié vulgaire , Iterrogeons tous deux l'histoire de la terre : Nous verrons qu'avant tout revendiquant ses La sûreté du peuple est le devoir des rois; (droits, Et qu'au salut public s'il faut une victime, Ce qui sauve un état ne fut jamais un crime.