‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 17 sur 86 · LORRIS · texte numérisé non relu

LORRIS

(3) D're nr:n, refuser.

(4) Un peu.

PRKMIKKES ODES = 45

D'elle le temps ne |)(tiiii;iil iiiétraiiiicr (1),

N' autre amour, ni lor étranger,

Ni à tout le bien c|ui arrive

De l'Orient à notre rive .le lie voudrais ma brunette ehanger,

Lorsque sa bouche à me baiser tendrait, Ou qu'approcher ne le voudiait Feignant la cruelle fâchée, Ou, quand en cjuelque coin cachée, , Sans raviser (2] prendre au col me viendrait.

Nous avons reconnu au passage bien des thèmes chers à Horace, sans cesse repris dans ses odes : jouissance du présent sans souci du lendemain. iiH''pris des passions qui rongent le cœur, modération dans la bonne fortune, constance dans là nuiuvaise, soudaineté de la moit, sa loi égale ])our tous, etc. 11 serait facile daccuuuder les rapprochenu'uts. de citer des vers d'Horace presque en regard de chacune de ces stroj)hes. Mais cet Horace-là n'aurait auctmement déconcerté Marot ou Saint-Gelais. Cette morale est ]3aienne assurément, mais point ti'0|) ' pour eux, et ce sont là des sentinuMits à leur taille. Les souvenirs mythologiques ne sont pas trop drus et ce n'est que par accident que quelqu'un d'eux leur paraitrait obscur. Ronsard, d'ailleurs, dans la manière de traiter ces thèmes, n'affiche aucune témérité : s'il fait sien l'épicurisme d'Horace, il en cherche l'expression de préférence dans des pièces où il s'allie à l'idée de Providence, où. pour des lecteurs chrétiens, il semble se tempérer par là même et chercher à se faire absoudre. N'y mêle-t-il pas jusqu'à la ])ensée du « Fils de Dieu »? Si sa lyre parfois s'élève à l'expression d'idées un peu ambitieuses. Ronsard semble s'en étonner lui-même.

Où cours-tu Muse?

Reprends ton style plus léger Et à ce grave ne t'amuse.

(l'j Aliéner.

(2) Sans Taviser, suas que je l'aperçoive.

Et je sais bien qu'ici encore il imite Horace qui avait terminé ainsi deux de ses odes, je croirais volontiers pourtant que cette timidité est sincère. De fait, à l'époque où nous sommes, dans l'ode morale l'artiste n'est pas encore à l'aise : l'idée est délayée, l'expression est embarrassée et sans vigueur. Marot dans les Psaumes est souvent plus nerveux. Au point de vue rythmique, on peut même dire qu'ici Ronsard retarde sur Marot, car les Psaumes sont exactement « mesurés à la lyre ». En somme, rien en tout cela n'est au-dessus des forces de Marot. S'il eût pris pour modèle Horace au lieu de David, il pouvait faire aussi bien que Ronsard, et l'imitateur de la première églogue de Virgile, du Passereau de Catulle, de Martial en tant de ses épigrannnes, d'autres encore, eût ]ni fort bien choisir Horace connue modèle au lieu de David. A plus forte raison l'aventure pouvait-elle tenter Saint-Gelais dont l'œuvre est beaucoup plus que celle de Marot teintée de souvenii's antiques. La jolie ode Des heautés qu'il voudrait en s''amie est très paiticulièrement instructive. Les deux dernières strophes en sont directement imitées d'Horace. On y a relevé en outre des réminiscences d'Ovide, de Tibulle, de Properce, de TArioste. Et cependant l'inspiration de la pièce est toute marotique. En écrivant, Ronsard avait certainement présent à l'esprit ce gracieux huitain de son devancier :

Un doux ncnni avec un doux sourire

Est tout honnête ! Il le vous faut apprendre.

Quant est d'oui, si veniez à le dire,

D'avoir trop dit je voudrais vous reprendre.

Non que je sois ennuyé d'entreprendre

D'avoir le fruit dont le désir me point (1) ;

Mais je voudrais qu'en me le laissant prendre.

Vous me disiez : « Non, vous ne l'aurez point. »

Bien mieux, l'ode entière est comme une réplique à une chanson de Marot que voici :

Quand vous voudrez faire une amie, Prenez-la de belle grandeur,

(1) Pique, aigiiiUomic

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