‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 18 sur 86 · LA BATAILLE ET LES EXCÈS DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE ET LES EXCÈS DE JEUNESSE

En son esprit non ondonnio.

En son tétin bonne lundcMir :

Douceur

En Qoeur,

Langage

Bien sage Dansant, chantant par bons accords, Et ferme de cœur et de corps.

Si vous la prenez trop jeunette, Vous en aurez peu d'entretien :

Pour durer prenez-la brunette, En bon point, d'assuré maintien.

Tel bien

Vaut bien

Qu'on fasse

La chasse Du plaisant gibier amoureux :

Qui prend telle proie est heureux.

L'ode Des heautês qu'il voudrait en s' amie est une chanson marotique enrichie de perles empruntées aux anciens. Elle était bien à sa place dans le recueil de Pcletier, voisinant avec des « blasons » qu'on eût dits de Marot.

En tout cela, nous n'avons de^^né aucune formule d'art nouvelle, rien qui brise avec la tradition. Ronsard, dans de pareilles pièces, semblait bien plutôt la continuer. Or, la frécpientation assidue d'Horace va avoir une double conséquence : d'une part, la nature et le travail aidant, Ronsard s'approchera peu à peu de la perfection de la forme cpii l'avait d'abord séduit chez son modèle. 11 évitera le délayage, il fera la chasse aux épithètes expressives, il s'enhardira à chanter des senthnents inconnus de nos

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poètes; pour le lythme, très soucieux de varier sans cesse ses mètres et de les adaijter aux sentiments ([u'il exprime, aussi li])re et plus lilire qu'Horace dans la structure de la strophe initiale, il s'astreindra à l'épéter le dessin de celleci à travers toute la pièce, donnant aux vers qui se correspondent exactement la même mesure, assignant toujouis les mêmes places dans la strophe aux rimes masculines et féminines, de manière à obtenir un jiarfait accord de l'air avec les paroles. D'autre jjart, comme les inspirations les ])lus diverses se rencontrent chez Horace, dejniis l'ode bachique ha ])lus légère jusqu'à l'ode moralisante ou l'ode encomiastique la j)lus grave, Ronsard s'essayera à toutes, et il se trouvera ainsi conduit comme par la main jusqu'à l'ode ])indarique, qui lui apparaîtra comme la phis belle parce que la plus éloignée de la ]3oésie vulgaire, la plus déroutante pour les (( indoctes ». Horace, en effet, a beaucouj) imité Pindare. Quand il s'en défend, il fait le modeste, et il veut dire aussi c[u'il a laissé à Pindare ce qui, dans la poésie ])indarique, ne lui semblait pas assimilable, la triade, les digressions échevelées, par exemple. Mais le reste, les beaux mythes, les figures, les épithètes sonores, il a cherché à tout faire passer en latin. Il a ainsi familiarisé Ronsard avec tous ces éléments poétiques et il l'a pré])aré à les goûter chez Pindare. L'enseignement de Daurat et l'exemple d'Alamanni ont fait le reste.

Une chronologie précise des odes ne nous ferait certes pas assister à une marche régulière vers ce double terme : la jierfection de la forme et l'inspiration pindarique. De semblables progrès se font toujours suivant une ligne ca])ricieuse aux sinuosités multipk^s. Là n'en est pas moins le fil historique qui relie l'inspiration marotique à l'imitation de Pindare. C'est Horace qui l'a fourni grâce à la grande variété de son œuvre lyrique. D'ailleurs ceci n'a ]ias tué cela : jusqu'au bout, Horace a proposé des modèles dans les deux genres extrêmes et fait entendre toutes les notes intermédiaires. Et, jusqu'au bout, toutes ont séduit Ronsard. Dans une pièce où il se vante d'être le

LA IJATAIIJJ' KT IJ- S KXCKS l>K J K li .\ ESS K 49

Itrciiiicr en l^'i'aiicc (|iii n\i piiidarisé. il itc laisse pas d'écrire :

La divine gi'âce

Des beaux veis d'Horace

Me plaît bien eiicdre.

L'Horace gracieux qu'il goûte alors, c'est toujours r Horace léger qui s'oppose à Pindare. Et c'est ainsi que, juscpren 1550, parmi la floraison des grandes œu^Tes d'ap])arat, des (puvres ])indariques, ])crsiste, dissimulée par elle, mais non pas étouffée, une floraison de petites pièces qui restent beaucoup plus près de la tradition marotique. Elles la perfectionnent sans doute infiniment de l'art si conscient non seulement d'un Horace, mais de Tibulle, de Catulle, de Properce, de tant de poètes latins et néolatins dont les œuvres ont façonné l'imagination de Ronsard, et dont les réminiscences, coulant comme de source, se mêlent et se fondent incessamment dans ses odes (1) ; mais enfin elles ne correspondent absolument pas aux tapageuses vanteries de la préface. Nous en trouverons des exemples dans les pièces que voici, pièces dont la date de composition pour la plupart est inconnue, mais dont beaucou]) certainement doivent être rapportées aux années qui ont immédiatement précédé la publication. J'ai réuni cette gerbe avec le dessein de rendre manifeste, dans les odes de 1550, cette diversité d'inspiration que, par la faute de Ronsard d'ailleurs, on oublie trop d'ordinaii'e pour considérer exclusivement les odes pindariques.

(1) Sur la grande variété des modèles dont Ronsard a nourri son imagination, on peut voir, ( utre le Ronsard poète lyrique de j\I, Paul Laumonier l'analyse très suggestive d'une ode de Ronsard : « De Téleetion de son sépulcre «. que ^I. Lanson a donnée dans la Revue Vniversitmre du 15 janvier 1906.

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