‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 22 sur 86 · A SO^: PAGE · texte numérisé non relu

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Fais refraîchir mon vin, de sorte Qu'il passe en froideur un glaçon.

Fais venir Jeanne, qu'elle apporte Son luth pour dire une chanson :

Nous ballerons tous trois au son ; Et dis à Barbe qu'elle vienne Les cheveux tors (2) à la façon D'une folâtre Italienne.

Ne vois-tu que le jour se passe?

Je ne vis point au lendemain :

Page, reverse dans ma tasse !

Que ce grand verre soit tout plein.

Maudit sort qui languit en vain.

Ces vieux médecins je n"appreuve (3) ; Mon cerveau n'est jamais bien sain, Si beaucoup de vin ne l'abreuve.

(1) Bl., II, X ; t. II. p. 149.

(2) Tordus.

(3) N'approuve,

A MARGUERITE (i)

Eli mon cœur n'est point écrite La rose ni autre fleur :

C'est toi, blanche Marguerite, Par qui j'ai cette couleur.

N'es-tu celle dont les yeux

Ont surpris Par un regard gracieux

Mes esprits?

Puisque ta sœur de haut pris, Ta sœur, pucelle d'élite, N'est cause de ina douleur.

C'est donc par toi, Marguerite, Que j'ai pris cette couleur.

Ma couleur pâle naquit,

Quand mon cœur Pour maîtresse te requit ;

Mais rigueur D'une amoureuse langueur Soudain paya mon mérite.

Me donnant cette pâleur Pour t'aimer trop, Marguerite, Et ta vermeille couleur.

Quel charme pourrait casser .

Mon ennui Et ma couleur effacer

Avec lui?

De l'amour que tant je suis (2) ' La jouissance subite Seule ôterait le malheur .

Que me donna Marguerite.

Par qui j"ai cette couleur.

(1) Bl, Odes retranchées, t. II, p. 386. Le texte est celui de 1560 (édition Blanchemain).

(2) Poui-suis.

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