‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 24 sur 86 · POUR PUNIR JEANNE CRUELLE · texte numérisé non relu

POUR PUNIR JEANNE CRUELLE

Le jour pousse la nuit.

Et la unit sombre Pousse le jom- qui luit

D'une obscure ombre.

L'automne suit l'été.

Et l'âpre rage Des vents n'a point été

Après l'orage.

Mais la fièvre d'anu)urs

Qui me tourmente Demeure en moi toujours

Et ne s'alente (5).

Ce n'était pas moi, Dieu, Qu'il fallait poindre (6),

Ta flèche en autre lieu Se devait joindre.

Poursuis les paresseux

Et les amuse (7), Et non pas moi, ne ceux

Qu'aime la nuise.

(1) Alors.

(2) Jamais.

(3) Sable.

(4) Bl. m, XVI ; t. IT, p. 219.

(5) S'alanguit.

(6') Piquer.

(7) Occupt'i".

58 ' RONSARD. — CHAP. Ill

Hélas ! délivi-e-moi

De cette dure, Qui plus rit quand d'émoi

Voit que j'endure.

Redonne la clarté A mes ténèbres,

Remets en liberté

Mes jours funèbres.

Amour, sois le support

De ma pensée, Et guide à meilleur port

Ma nef cassée.

Tant plus je suis criant.

Plus me reboute (1) ;

Plus je la suis priant.

Et moins m'écoute.

Ne ma pâle couleur, D'amour blémie.

N'a ému à douleur Mon ennemie ;

Ne sonner à son huis De ma guitterre

Ni pour elle les nuis Dormir à terre.

Plus cruel n'est l'effort De l'eau mutine

Qu'elle, lorsque plus fort T>e vent s'obstine.

EU' s'arme en sa beauté Et si (2) ne pense

Voir de sa cruauté La récompense.

( 1 ) Repousse.

(2) Néanmoins.

..... ODES DIVERSES DK 1550== 59

Montre-toi le vainqueur,

Et d'elle enflamme, Pour exemple, le cœur

De telle flamme,

Qui Biblis (1) écoula

Trop indiscrète.

Et férine brûla

La reine en Crète (2).

AUX m"ouches a miel

l'OL'R CUEILLIR DES FLEURS SUR LA BOUCHE DE CASSANDRE (3)

OÙ allez-vous, filles du ciel, Grand miracle de la nature?

Où allez-vous, mouches à miel, Chercher aux champs votre pâture?

Si vous voulez cueillir les fleurs D'odeur diverse et de couleurs, !Xe volez plus cà l'aventure,

Autour de ma dame (4) halenée (5) De mes baisers tant bien donnés Vous trouverez la rose née.

Et les œillets en\nronnés Des florettes ensanglantées.

D'hyacinthe et d"ajax, plantées Près des lys sur sa bouche nés.

(1) Byblis qui, torturée d'un amour monstrueux pour son frère, fut changée en fontaine. Dans toutes les éditions antérieures à celle de 1587, le texte de ces quatre vers, comme il arrivait si souvent chez Ronsard à ses débuts, présentait une véritable énigme :

Qui alluma la sœur

Trop mdiscrète Et d'ardeur consuma

La reine en Crète

(2) Basiphaé, à laquelle Aphrodite inspira un amour monstrueux.

(3) BL, Odes retranchées, t. II, p. 419. Texte de 1578.

(4) Les premières édi tions portent « Cassandre » au lieu de « ma dame ».

(5) Haletante, émue.

Les niarjolaines y Heuiisseiit.

L'ainôme y est continuel.

Et les lauriers qui ne périssent Pour l'hiver, tant soit-il cruel ; L'anis. le chèvTefeuille, qui porte La manne qui vous réconfoi'te.

Y verdoie ])erpétuel.

Mais, je vous pri', i^"ardez-vous bien

Gardez-vous qu'on ne Taiguillonne (1) :

Vous apprendrez bientôt combien

Sa pointure (2) est trop (3) plus félonne.

Et de ses fleurs ne vous soûlez

Sans m'en garder, si ne voulez

Que mon âme ne m'abandonne.

A ANTHOINE DE CHASÏEIGNER

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