‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 38 sur 86 · UONSAIID. — CllAP. V · texte numérisé non relu

UONSAIID. — CllAP. V

Qui la première au cœur le trait d'amour me mit, Et que le bon Pétrarque un tel péché ne fit, Qui fut trente et un ans amoureux de sa dame, Sans qu'un autre penser lui pût échauffer l'âme : Réponds-lui, je te pri', que Pétrarque sur moi N'avait autorité de me donner sa loi, Ni à ceux qui viendi'aient après lui, pour les faire Si longtemps enchaînés sans lem- lien défaire.

Lui-même ne fut tel : car, à voir son écrit Il était éveillé d'un trop gentil esprit Pour être sot trente ans, abusant sa jeunesse Et sa Muse au giron d'une vieille maîtresse : Ou bien il jouissait de sa Laurcttc, ou bien 11 était un grand fat d'aimer sans avoir rien. (]e que je ne puis croire, aussi n'est-il croyable : Non, il eu jouissait ; puis la fit admirable, Chaste, divine, sainte; aussi l'am ureux doit Célébrer la beauté dont plaisir il reçoit : (îar celui qui la blâme après la jouissance N'est homme, mais d'un tigi'e il a pris sa naissance. Quand quelque jeune fille est au conunencement Cruelle, dure, fière, à son premier amant, Constant il faut attendre : il peut être qu'une heure Viendra sans y penser, qui la rendra meilleure. Mais quand elle devient voire de jour en jour. Plus dure et plus rebelle, et plus rude en amour, On s'en doit éloigner, sans se rompre la tête De vouloir adoucir une si sotte bête.

Je suis de tel avis : me blâme de ceci. M'estime qui voudra, je le conseille ainsi.

Les femmes bien souvent sont cause que nous sommes Volages et légers, amadouant les hommes D'un espoir enchanteur, les tenant quelquefois. Par une douce ruse, un an, ou deux, ou trois. Dans les liens d'Amour, sans aucune allégeance ; Cependant un valet en aura jouissance.

Ou bien quelque ):)adin emportera ce l)ien. Que le fidèle ami à bon droit cuidait (1) sien. Et si (2) ne laisseront, je parle des rusées

(1) Croyait.

(2) Pourtant.

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