‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 4 sur 86 · LA JEUNKSSE DE RONSARD · texte numérisé non relu

LA JEUNKSSE DE RONSARD

même, un an plus tard, des fêtes splendides qu'il donne à l'occasion de son remariage. Puis Ronsard fera un second séjour en Ecosse où il aura passé deux ans et demi ; il reviendra par l'Angleterre qu'il mettra six mois à visiter ; il traversera la Flandre et la Zélande en compagnie de Claude d'Humières qui était chargé d'une mission diplomatique (1). Puis, en 1540, du mois de mai au mois d'août, nous le trouvons de nouveau hors de France encore dans une mission diplomatique, cette fois en Allemagne, à Haguenau, où il suit son parent, Lazare de Baïf. Auprès de lui, cependant, il entend parler de littérature et d'érudition plus encore peut-être que de politique.

On se plaît d'ordmaire à faii'e valou* combien ces cérémonies brillantes de cours diverses et ces tragédies lugubres dment frapper son miagination encore tendre, combien tous ces voyages dm-ent lui meubler l'esprit. Il est possible. La vérité, un peu décevante, est pom'tant que, même quand il écrira plus tard aux reines d'Ecosse et d'Angleterre, nous ne retrouverons presque rien dans son œuvre qui révèle une impression directe, un souvenu" encore vif. Pas un mot peut-être, en dehors de son autobiographie, ne laisse devi-. ner cette tempête terrible qu'il essuya dans une de ses traversées. Les langues écossaise, anglaise et allemande, quoi cpi'il en ait dit et cpioi qu'on en ait dit, ne lui furent sans cloute que fort mal connues, et d'ailleurs, les eût-il bien sues, il n'en eût rien th'é. Quant à la Flandre, qui devait si fort le frapper, il est probable qu'il la traversa trop jeune, et surtout trop vite, pour en garder une empreinte profonde.

Nous retiendrons seulement qu'il a beaucoup vu, c^u'il a praticjué les hommes avairt de s'ensevelu* dans les livres, que la couche profonde d'impressions que nous trouvons en lui a été déposée là par l'apprentissage non des mots,

(1) La cluonologie de ces voyages est fort obscure. Il est vraisemblable, suivant l'hypothèse de M. Longnou, que Ronsard revint à l'automne de 1638 pour reparth- presque aussitôt avec Lassigny pour la Flandi'e et l'Ecosse, et qu'il faut additionner ses deux séjours dans ce pays pour obtenir le total de trente mois dont il a parle.

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mais de raction. Et cela est capital. Si, tandis que sou intime ami Baïf, plongé dès le berceau dans Térudition par un père docte entre les doctes, restera toujours comme écrasé sous le faix de sa science, Ronsard s'en dégagera avec une si magnifique aisance et puisera si largement à la source vive de la nature, ce sera sans aucun doute pour beaucoup d'autres raisons encore, mais ce sera peut-être aussi pour celle-là plus que pour les autres.

Nous arrivons, en effet, à un tournant de sa vie. Les fruits qu'il va récolter ne sont pas ceux qu'il a semés.

A quinze ans, c'était, nous assure-t-on, un page singulièrement brillant que Pierre de Ronsard. « En tous exercices il était le mieux appris des pages du duc d'Orléans, fût à danser, lutter, sauter ou escrimer, fût à monter à cheval et le manier ou voltiger... Il emportait le prix en tous les honnêtes exercices auxquels la noblesse de France était ordinairement adonnée... Outre que sa grâce et sa beauté le rendaient agréable à tout le monde, car il était d'une stature fort belle, auguste et martiale, avait les membres forts et proportionnés, le visage noble, libéral et vraiment français, la barbe blondoyante, cheveux châtains, nez aquilin, les yeux ])leins de douce gravité, et le front fort serehi. Mais surtout sa conversation était facile et attrayante. Ayant été nourri avec la jeunesse du roi (entendez de Henri, alors dauphin qui devait monter sui' le trône en 1547), et presque de pareil âge, il commençaii à être fort estimé près de lui. Et de fait le roi ne faisait partie ou Ronsard ne fut toujours appelé de son côté. -^

Deux carrières s'ouvraient à lui dans lesquelles ces belles qualités et la faveur du roi pouvaient trouver leur emploi : les ariiu's el la diploiiiatie. C'était sans doute k la carrière dijiloinalique (pie tant de voyages le préparaient.

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