A SA MAITRESSE
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose (2) Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vesprée (3) Les plis de sa robe pourprée.
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ! ses beautés laissé choir ! 0 vraiment marâtre Nature, Puisqu'une telle fleur ne dure, Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.
Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
Pour (4) boire dessus l'herbe tendre Je veux sous un laurier m'étendre,
(1) Bl., I, XVII ; t. II, p. 117.
(2) Ouverte.
(3) Ce soir.
(4) Bl. II, XVII ; t. II, p. 161.
iU - RONSARD. — GHAP. V =
Et veux quWmour d'un petit brin Ou de lin ou de cheneviore Trousse au flanc sa robe légère, Et mi-nu me verse du vin.
L'incertaine vie de riiomme De jour en jour se roule comme Aux rives se roulent les flots.
Puis après notre heure dernière Rien de nous ne reste en la bière Qu'une vieille carcasse d'os.
Je ne veux, selon la coutume, Que d'encens ma tombe on parfume, Ni qu'on y verse des odeurs :
Mais tandis que je suis en vie.
J'ai de me parfumer envie Et de me couronner de fleurs.
De moi-même je me veux faire L'héritier pour me satisfaire :
Je ne veux \\yYe pour autrui.
Fol le pélican qui se blesse Pour les siens, et fol ciui se laisse Pour les siens travailler d'ennui.