A SON LAQUAIS
J'ai l'esprit tout ennuyé D'avoir trop étudié Les phénomènes d'Arate (2) :
H est temps que je m'ébatte.
Et que j'aille aux champs jouer.
Bons dieux ! qui voudrait louer Ceux qui collés sur un li\'ïe N'ont jamais souci de vi^^■e?
(1) BL, II, xviii ; t. II, p. 162. ^
(2) Aratos, astronome grec du troisième siècle avant Jésus-Christ.
POi:SIES DR 1553 A 1556 ==== i35
Que nous sert l'étudier, Sinon de nous ennuyer?
Et soin dessus soin aocrestre (1), A nous qui serons pcut-estre, Ou ce matin ou ce soir, Victime de l'Orque (2) iu)ir?
De l'Orque qui ne pardonne.
Tant il est fier (3), à personne.
Corydon, marche devant, Sache oii le bon vin se vend :
Fais rafraîchir ma bouteille, Cherche une feuilleuse treille Et des fleurs pour me couclier :
Ne m'achète point de chair (4), Car tant soit-elle friande, L'été je hais la viande.
Achète des abricôs
Des pompons (5), des artichôs,
Des fraises et de la crème :
C'est en été ce que j'aime,
Quand sur le bord d'un ruisseau
Je la mange au bruit de l'eau.
Étendu sur le rivage.
Ou dans un antre sauvage.
Ores (6) que je suis dispos Je veux rire sans repos, De peur que la maladie Un de ces jours ne me die :
Je t'ai maintenant vaincu.
Meurs, galant, c'est trop vécu. .
(1) Accroître.
f(2) L'enfer.
(3) Cruel.
(4) Viande.
|6) Melons.
^(6) Maintenant.