‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 48 sur 86 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Voulant, 6 ma douce moitié, T'assurer que mon amitié

1) Bl., t. P^. p. 172.

(2) llid., p. 207.

Ne se verra jamais finie :

Je te fis, pour t'assurer mieux, Un serment juré par mes yeux Et par mon cœur et par ma vie.

Tu jures ce qui n'est à toi, Ton cœur et tes yeux sont ù nu)i D"une promesse irrévocable, Ce me dis-tu : hélas au moins Eeçois mes larmes pour témoins Que ma parole est véritable.

Alors, belle, tu me baisas,

Et doucement désattisas

Mon feu d'un gracieux visage ;

Puis tu fis signe de ton œil,

Que tu recevais bien mon deuil (i)

Et mes larmes pour témoignage.

VlU

J'ai (2) l'âme pour un lit de regrets si touchée,

Que nul homme jamais ne fera que j'approuche

De la chambre amoureuse, encor moins de la couche

Où je vis ma maîtresse au mois de mai couchée.

Un somme languissant la tenait mi-penchée Dessus le coude droit, fermant sa belle bouche Et ses yeux dans lesquels l'arclier Amour se couche, Ayant toujours la flèche à la corde encochée.

Sa tête en ce beau mois sans plus était couverte D'un riche escofion (3) ouvré de soie verte. Où les Grâces venaient à l'envi se nicher ;

Puis, en ses beaux cheveux, choisissaient leur demeure. J'en ai tel souvenir que je voudrais qu'à l'heure Mon cœur, pour n'y penser, fût devenu rocher.

(1) Douleur.

(2) Bl., I, LX ; t. I". p. 210.

(3) Bonnet.

Page 1