‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 49 sur 86 · POÉSIES DE 1553 A · texte numérisé non relu

POÉSIES DE 1553 A

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— Que (1) dis-lu, que fais-tu, pensive lourlereile. Dessus cet arbre sec? — Viateur (2), je lamente.

— Pourquoi lamentes-tu? — Pour ma compagne ab^;eiite. Dont je meurs de douleur. - En quelle part (3) est-elle?

— Un cruel oiseleur pai" glueuse cautelle (4) L'a prise et l'a tuée : et nuit et jour je chante Ses obsèques ici, nommant la mort méchante Qu'elle ne m'a tuée avecque ma fidèle.

— Voudi-ais-tu bien mourir et suivi-e ta compagne?

— Aussi bien je languis en ce bois ténébreux. Où toujours le regret de sa mort m'accompagne.

— 0 gentils oiselets, que vous êtes heureux! Nature d'elle-même à l'amour vous enseigne, Qui moiu'ez et vivez fidèles amoureux.

Quand j'étais libre, ains (6) qu'une amour nouvelle Ne se fût prise en ma tendre mouelle.

Je vivais bien heureux :

Comme à l'envi les plus accortes filles Se travaillaient par leurs flammes gentilles

De me rendre amoureux.

Mais tout ainsi qu'un beau poulain farouche. Qui n'a mâché le frein dedans la bouche,

(1) BL, I, Lxii; t. I«^ p. 211.

(2j Passant.

(3j Lieu.^

(4) Ruse."

(5) EL, t. P--, p. 214.

(6j Ains que, avant que.

i(iO == HONSARD. — CHAP. V =^^

Va seulet écarté, N'ayant souci sinon d"un pied superbe, A mille l)onds fouler les fleurs et l'herbe,

Vivant en liberté ;

Ures (1) il court le long d'un beau rivage, Ores il erre en quelque bois sauvage,

Fuyant de saut en saut :

De toutes parts les poutres (2) hennissantes iiui font Taniour pour néant blandissantes {?>)

A lui qui ne s'en chaut.

Ainsi j'allais dédaigTiant les pucelles, Qu'on estimait en beauté les plus belles,

Sans répondre à leur veuil (4) :

I^ors je vivais amoureux de moi-même, Contant et gai, sans porter couleur blême

Ni les larmes à l'œil.

J'avais écrite au plus haut de la face, Avec l'honneur, une agréable audace

Pleine d'un franc désir :

Avec le pied marchait ma fantaisie Où je voulais sans peur ne jalousie.

Seigneur de mon plaisir.

Mais aussitôt que par mauvais désastre

Je vis ton sein blanchissant comme albâtre

Et tes yeux deux soleils, Tes beaux cheveux épanchés par ondées.

Et les beaux lis de tes lèvi'es bordées

De cent œillets vermeils.

Incontinent, j'appris que c'est service ; La liberté de mon âme nourrice,

S'échappa loin de moi :

Dedans tes rets ma première franchise Pour obéir à ton bel œil, fut prise

Esclave sous ta loi.

(1) Ores... ores : tantôt... tantôt.

(2) Juments.

(3) Caressantes.

(4j Désir.

I/ÉPANOUISSEMENT DU CxÉNIE LYRIQUE 16d

'l'ii mis cruelle eu sii^iie de eonquête

Connue vainqueur tes deux |)ieds sur ma tête,

Et du front nf as osté J/h(iuneur, la honte et Taudaee première, Accouardant (1) mon âme prisonnière.

Serve à ta volonté.

Vengeant d'un coup mille fautes commises, Et les .beautés qu'à grand tort j'avais mises

Par avant à mépris, Qui me priaitMit en lieu (pie je te prie : Mais d'autant plus (pu; merci je te crie,

Tu es sourde à mes cris.

Et ne réponds non jjIus que la fontaine Qui de Narcis mira la forme vaine.

En vengeant à son bord Mille beautés des Nymphes amoureuses, Que cet enfant par mines dédaigneuses

Avait mises à mort.

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