‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 57 sur 86 · LA GRANDE POÉSIE · texte numérisé non relu

LA GRANDE POÉSIE

Tant il est grand et lourd ; il l;i va surpassant (1)

De tout le chef (2) entier, comme un pin se haussant

Sur loulc la forêt, ou coiniiie la montagne

D'Olymjjc, dont le chef les astres accompagne.

Qui voit des monts sous lui, encor qu'ils soient bien grands,

Ne hausser ([ue leur tête à l'égal do ses flancs.

Aux hommes de façon ni de face il ne semble :

Cent rides sur le front l'une sur l'autre assemble.

Longues comme sillons que les contres tranchants

Ont largement creusés en labourant les champs ;

Les dents deçà delà lui grincent en la gueule

D'un bruit tout enroué comme d'une grand'meule,

Que la force d'un homme ou d'un ruisseau coulant

Tout autour du moulin fait sonner en roulant.

Comme le poil d'un ours se roidit sa perruque.

Un taillis de sourcils hideusement offusque

Ses gros yeux enflammés, ensanglantés et roux

Comme Fastre de mars tout rouges de courroux.

Au reste il a le bras et la jambe velue

Plus que la dure peau d'une chèvre peine, .

Et démène en marchant un plus horrible bruit

Qu'un torrent écumeux qui bouillonnant s'enfuit.

Toujours à son côté compagne lui pendille. Comme pour son jouet, une creuse coquille Retorse par le bout et large que souvent Ainsi qu'un flageolet il entonne de vent. 11 n'a sitôt dedans entonné son haleine. Que les Bebryciens accourent sur l'arène. Et prompts autour de lui se viennent tous ruer Pour savoir s'il faut point écorcher ou tuer.

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