LA JEUNESSE DE HONSAKD M
s'était condamné à reprendre une fois encore le chemin de Tcxil? Non seulement Ronsard avait été le témoin de cet S enivrant succès, mais il avait connu le maître ; il l'avait | rencontré à diverses reprises à la cour. Lui, du moins, ne serait entravé dans sa carrière ni par des complaisances pour les réformés, ni par une excessive indépendance.
Outre Clément Marot, il avait lu le Roman de la Rose et d'autres œuvi'es françaises, celles surtout de Lemaire de Belges, qui plus que tous les autres avait réchauffé son vers au soleil tout païen de la Renaissance, et qui lui indiquait la route à suivre. Surtout il avait été initié à la poésie latine, et peut-être aussi à la poésie italienne, par un de ses compagnons, le Piémontais Paul Duc. Ce jeune gentilhomme, frère de Philippine Duc, la maîtresse du dauphin, faisait comme lui partie de la suite de Charles d'Orléans, et avec lui aussi probablement passa en Ecosse. Paul Duc fit goûter à Ronsard Horace et Virgile, qui resteront toujours ses principaux maîtres. Au retour de la triste Ecosse, dans les. longs repos solitah-es que la maladie l'obligea sans doute de prendi'e alors, il sentit plus intimement qu'il n'avait pu le fake dans sa première enfance le charme délicat de son pays vendômois qu'il chantera avec tant d'émotion. Horace et Virgile lui en révélaient la mystérieuse caresse. Les campagnes de Tibur et de Mantoue n'offraient-elles pas précisément des paysages tout analoo'ues à ceux des envh'ons de Couture ? C'était la même nature moyenne, avec ses coteaux bas, ses vallons intimes, ses frais ombrages. Son petit Loir aux eaux lentes se para de toute la poésie du Mineio. La fontaine de Bellerie ne se distingua plus de la fontaine de Bandusie. Bientôt les nymphes, les diyades et les faunes envahirent et peuplèrent toute la campagne.
d2 ROXSA un. — cil A p. 1"
Ronsard se sentait poète. Paul Duc écrivait des vers latins ; il s'essaya lui aussi à dire enjatin ce qu'il éprouvait, à rivaliser en leur langue avec ses poètes favoris. La gloire de Salmon Macrin, la grande célébrité de Loudun, ne hantait peut-être pas moins son imagination que la gloire de Marot. Il échoua. Ses études avaient été trop décousues et il ne maniait pas avec assez d'aisance la langue d'Horace. Sans doute, c'est le dépit de cette tentative infructueuse, tout autant que son patriotisme, qui lui fera condamner plus tard avec tant d'intransigeance les essais de poésie latine.
Puisqu'il ne pouvait imiter Horace en sa langue, il résolut de l'imiter dans la langue de Marot. Il ferait gdûter à ses compatriotes le charme des odes d'Horace. Personne encore n'avait tenté cette voie. De la sorte il ferait ce cpie faisait Marot, mais il le ferait mieux que Marot. Qu'est-ce donc que les courtisans goûtaient dans les Psaumes? Avant tout la variété des rythmes habilement diversifiés par le traducteur, qui étaient une perpétuelle surprise pour l'oreille et qui se mariaient si heureusement avec la musique. Horace offrait une infinité de combmaisons strophiques qu'il serait facile d'acclimater.
Quant au fond, les Psaumes, excellents pour les prêches, n'étaient pas l'affaù-e de la cour. François 1^^' ne s'était-il pas prononcé contre l'hérésie, par suite contre toute tra duction des textes bibliques en langue vulgau-e? De tempérament sensuel, élevé dès sa onzième année dans une . cour épicurienne, Ronsard n'était pas chrétien. L'idéal chrétien, qui commandait de contraindre ses penchants, lui était antipathique. L'épicurien Horace, au contraire, l'enchantait. Avec Horace il dirait les forces de la nature, ' la joie dQ vi"\Te, la fuite des heures brèves, la douceur des