‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 60 sur 86 · RONSARD SOUS CHARLES IX. — LE POETE DES « DISCOURS · texte numérisé non relu

RONSARD SOUS CHARLES IX. — LE POETE DES « DISCOURS

]>'';iiit('iir (h' cette (nivre toute |)aïeiine, à peine clevemi le favori de la cour, fut eu effet appelé à une tâche bien inattendue. On fit do lui le défenseur du catholicisme en péril. Les protestants menaient contre leurs adversaires une guerre de libelles qui leur assurait de nombreuses recrues. Les catholi(iues ne répondaient guère que par de gros in-folio en latin, œuvres de théologiens que les théologiens seuls consentaient à ouvrir. Pour remédier à cette infériorité, la cour pria Ronsard de mettre du côté de l'Église de Ronu^ tout le ])oids de son autorité et de son génie. De là ces discours catholiques qu'on vit circuler avec autant de stupeur (|ue d'admiration, et qui provoquèrent de la part des protestants des répliques indignées.

Ronsard eut, en outre, à s'ac({uitter de ses fonctions tuxlinaii'es de poète officiel, à composer pour les fêtes de la cour des mascarades, des cartels, des bergeries, à mettre sa jjlunie au service des grands qui lui faisaient Thonneur de la lui em])runter.

Au milieu de toutes ces occuj)ations, il trouva le temjis encore de poursuivre l'œuvre de résurrection de la poésie antique à laquelle il s'était voué. Même, maintenant qu'il était bien rente, il eut le loisù* d'entreprendi'e enfin

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la grande épopée qu'on attendait depuis si longtemps. Nous examinerons successivement chez Ronsard, au temps de Charles IX, le poète des Discours, le poète officiel et le poète païen.

Dans le discours, Ronsard n'est pas l'initiateur. Non seulement le genre était emprunté à des modèles latins, mais, sur ce point-là comme sur tant d'autres. Du Bellay avait devancé son ami. Au moment de mouru", il venait d'adresser au jeune roi François deux discours, dont l'un n'était ((u"une traduction et Tautre une para])hrase de discours latins composés par Michel de L'Hôpital. Les titres en disent assez la teneur : Discours au roi contenant une 'brève et salutaire instruction four lien et heureusement régner; Ample discours au roi sur le fait des quatre états du royaunte de France. A l'exemple de Du Bellay, quand Charles IX fut à son toiu' monté sur le trône, Ronsard écrivit à son intention L'Institution pour U adolescence du roi Très-Chrétien Charles IX^ de ce nom.

Il y a dans ce discours peu de périodes savantes, peu ou point de grands mouvements oratoires, point d'allégories. Les souvenirs mythologiques me le gâtent bien un peu ; sachons gré pourtant à l'auteur d'en avoir usé avec une relative modération. L'élévation des sentiments et la fermeté du ton font tout le mérite du morceau, et ce mérite n'est pas mince. C'est de la poésie didactique qui ne cherche pas, ou qui ne cherche guère, à se fah-e pardonner son caractère didactique. Ronsard poète courtisan sait donner à son roi des conseils qui font singulièrement honneur à sa muse. Il lui rappelle qu'il est fait de la même boue que les autres hommes, que ses actes sont soumis à la Justice divine, que son métier de roi lui impose des devoirs inéluctables. De telles leçons portent en elles une poésie qui se passe d'ornements littéraÙTS. Ronsai'd a très

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