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LE POÈTE OFFICIEL

Malheureusement, tous les vers que nous a valus la faveur dont Ronsard jouissait à la cour ne sont pas de cette trempe. Nous pourrons passer rapidement sur les cartels, les mascarades, les inscriptions, les devises, les étrennes qui en sont la rançon.

Après avoir vainement tenté l'effet des armes pour rétablir l'unité religieuse du royaume, la reine mère, Catherine de Médicis, essayait d'un autre remède : elle s'efforçait de ra])procher les chefs des deux partis dans des fêtes splendides, elle faisait entreprendre par son fils, à travers toute la France, ce grand voyage de près de deux années qui, marqué à chaque étape de somptueuses réjouissances, devait raffermir son autorité. Dans de pareilles ch'constances, un poète officiel de grand renom devenait une sorte d'agent de gouvernement. Ronsard dut collaborer activement à plusieurs de ces brillantes cérémonies et il assista à une partie du voyage. Sa santé )3eut-être r(Mn]iêcha seule d'être partout. De toutes ces fêtes est sorti le volume qui fut publié au milieu de 1565 sous ce titre : Elégies, mascarades et hergerie.

Il est intéressant pour l'historien surtout en ce qu'il nous montre le chef de la Brigade cultivant sans vergogne les

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j^enres eliors à Ma-rot et à Saint-Gelais, des genres qui plongent par leuis racines en plein moyen âge. Le cartel est une sommation fictive qu'un chevalier adresse à un autre chevalier, àhimanière des Lancelot (M des Amadis, le plus souvent pour défendre l'honiieur de sa dame. Le révolutionnaiic de 1550, dont le mépris pour les poètes courtisans était comme la doctrine fondamentale, est maintenant devenu un foète courtisan, et il ne se distingue pas de ses devanciers. On peut à peine dire qu'il s'en distingue par son génie, tant il a peu d'occasions ici de le mettre à profit. Dans la mascarade, sorte de ballet que les seigneurs et les dames de la cour représentaient eux-mêmes, ou bien gi'and spectacle allégorique où évoluaient des dieux et des abstractions divinisées, la danse, la mimique, les costumes, la musique emplissaient les yeux et les oreilles des assistants. La poésie, en bonne partie chantée, n'apparaissait que par intermittences. La matière était fatalement frivole, et souvent imposée au poète par ses acteurs. Il n'était maître que de la forme. Le plaisir que les contemporains prenaient à ces représentations ne permet pas à l'historien de s'en désintéresser. Tout l'effort de reconstitution que nous imposerons à nos imaginations n'y pourra cependant pas grand' chose : maintenant que ces mascarades ne se présentent plus à nous que comme des bribes de morceaux poétiques sans lien, décharnées, privées de tout ce qui en faisait le piix, elles sont mortes pour nous. Un vers heureux, débordant de poésie, parfois se détache et nous rappelle que c'est un grand poète qui parle. Mais ces échappées sont rares. Et, à la différence des contemporains, nous nous prenons à regietter qu'un aussi beau génie se soit condamné à des tâches où de moindres que lui n'auraient, nous seml^le-t-il, guère moins bien réussi.

Une mention particulière est due peut-être à la Bergerie.

UONSAUl) SOUS CHARLES IX 2-it

Ou sait que U'S poètes du seizième siècle ont beaucoup cultivé le geurc bucolic^ue. Son rôle d'ailleurs était eu général tout autre que de chanter les charmes de la nature. (J'est Tégiogue allégorique surtout qui a joui alors d'une grande fa.veur. Xous avons vu. dans le récit du Voyage de Tours, Ronsard et Baïf se déguiser eu bergers pour célébrer leurs amours. Lors du mariage du duc Charles de Lorraine avec Claude, la fille du roi, en 1559, il se déguisa de nou- ^'eau et, encore sous le nom de Perrot, il chanta, cette fois en compagnie du chevrier Bellot (entendez Du Bellay), les louanges de la fille de Pan et celles du pasteiu' Chariot, non un pasteur

... Qui vulgaire et champêtre Mène aux gages d'autrui un maigre troupeau paître, Mais qui a cent troupeaux de vaches et de bœufs De boucs et de béhers paissant les prés herbeux De Meuse et de Moselle, et la fertile plaine De Bar qui se confine aux terres de Lorraine.

La même année, quand Marguerite de France avait épousé le duc de Savoie, une fois encore c'était un berger (pu avait chanté comment, en gardant son troupeau, il avait vu la belle nymphe surprise par un demi-dieu et emportée par lui au sommet des neiges savoisiennes, et il avait pleuré sur la désolation de sa chère campagne privée ainsi de sa divinité bienfaisante, de la nymphe qui recommandait au dieu Pan son frère les pauvres joueurs de cornemuse.

On goûtait surtout dans régiogue rallégorie politique à la manière de la première bucolique de Virgile. Alors c'étaient de grands personnages cpii ])renaient la houlette, et (jui, sous couleur de parler de leurs troujx'aux, s'entretenaient (h' leurs peuples et des affaires d'Etat. C'est ainsi que dans la Bergerie de 15b5, le duc û'i )rléans, le duc d'Anjou, le tluc de Guise, le roi de Navarre, la princesse Marguerite, sous les noms d'Orléantin, d'Angelot, de Navarrin, de Guisin, de Margot, déplorent la mort de Henri II, le berger Henriot, et les malheurs des guerres civiles qiû ont décimé les trou-

peaux et dévasté les champs, et se réjouissent qu'enfin la bergère Catin (Catherine de Médicis) et le pasteur Carlin (Charles IX) soient parvenus à chasser les loups ravisseurs et à ramener la sécurité dans le bercail. D'autres bergers célèbrent la prospérité de la politique extérieure, ralliance avec rEspagne et TAngleterre et les bonnes relations avec les principautés italiennes.

Et tout cela fait un mélange fort singulier. La convention une fois admise cependant, comment n'être pas sensible, dans les discours des bergers, à quelques beaux morceaux d'allure épique, dictés au poète par son amour de la patrie ; çà et là aussi, en dépit de tant d'entraves, se fait jour ce sentiment de la nature qui déjcà nous a séduits tant de fois chez Ronsard. Et puis la Bergerie présente une nouveauté intéressante. Tous ces dicours des pasteurs sont comme les scènes successives d'une mascarade qui les relie entre eux. Ils ont été probablement débités sur un théâtre. Il y avait des chœurs de bergers et de bergères qui chantaient en se donnant la réplique. Un prologue était mis dans la bouche d'un joueur de lyre. On entrevoit tout un décor à travers les brèves indications du texte. Ainsi l'églogue s'achemine vers la pastorale scénique, qui doit avoir tant de succès au siècle suivant.

Comme dans cette Bergme, dans beaucoup d'œu\Tes de caractère très divers le poète officiel était chargé d'exprimer les sentiments de la nation, ou encore les sentiments que le roi souhaitait de trouver dans la nation. Il exhortait à la guerre, il chantait la paix. En 1559, par exemple, a])rès le traité de Cateau-Cambrésis qui mettait fin à de terribles conflits aA'ec la maison d'Autriche, Ronsard s'était fait le porte-j)ar()h' de l'allégresse universelle.

En 1565, Catherine de Médicis le chargea d'une sorte de

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