RONSARD SOUS CHARLES IX
mission (liploiiiaticjiio. On so souvient que pendant la guerre civile de 1ÔG2 les Anglais ])rotestants avaient fait cause coinniune avec les huguenots de France. On avait pu redouter la perte de Calais et mêine un démembrement de la patrie. Mais quand les huguenots eurent signé la paix avec le pouvoir royal, les Anglais avaient dû la faire à leur tour. J.e traité de Troyes qui la consacrait avait été un véritable soulagement pour le pays. Ronsard dut exprimer à la ]-eine P^lisabeth la satisfaction publique et les sentiments d'amitié du peuple français ])our la nation voisine. 11 chantait les beautés « émerveillables », les vertus, le savoir de la reine d'Angleterre, cette « merveille des dames », il entourait le berceau de son royaume de grandes légendes mythologicpies ; il célébrait, habile courtisan, son favori Dudley et son secrétaire Cecille, qui recevaient chacun un ])oème flatteur ; par ordre de Catherine enfin, il lui dédiait à elle-même tout son recueil, cpi'ouvi'ait un long discours en prose à elle adressé, suivi d'un discours en vers plus développé encore. Pour le remercier, Elisabeth lui fit présent d'un riche diamant.
Mais pour la postérité l'intérêt unique de ces pièces est de nous faire comprendre le rôle que tenait Ronsard à la cour de Charles IX. Pour s'acquitter d'une aussi noble tâche, en effet, il crut devoir faii'e appel à son style le plus pompeusement périodique. Peut-être ne faut-il pas le lui reprocher, mais nous ne pouvons plus lire sans un ennui mortel ces pièces boursouflées de rhétorique.
Une autre fonction encore du poète officiel était d'écrke des billets doux à la place des amants de haute naissance qui ne se sentaient pas assez d'esprit pour faii-e leurs affaù-es eux-mêmes. Ronsard ne s'y est pas dérobé plus que ses devanciers. Nous lui pardonnerons si les dames de ses
protecteurs rinspii'aient moins heureusement que Marie ou Sinope. Et puis, en pareil cas, il n'était pas toujours libre de suivre sa fantaisie : en lui passant la commande, on posait parfois des conditions. Ronsard se plaint quelque part que les seigneurs n'en aient jamais assez et l'obligent à prolonger ses pièces au détriment du bon goût.
Son exploit en ce genre est d'avoir chanté, sans doute vers la fin du règne, les amours du roi pour Mlle d'iVtri d'Aquaviva. Il dissimula les personnages sous les noms, transparents pour toute la cour, d'Eurymédon et de Callirée, et il eut le bon goût de différer sa publication jusqu'à ce que la reine Elisabeth d'Autriche, devenue veuve, eût q litté la France pour retourner dans son pays.
Mais, sans attendi"e ces services d'ordi'e tout personnel, Charles IX avait comblé de biens son poète officiel. H avait voulu récompenser surtout les discours catholiques et la collaboration aux grandes fêtes de la cour. En tant qu'aumônier du roi, Ronsard touchait une pension annuelle de douze cents livi'es. Aux diverses cures dont il était déjà bénéficiake et au canonicat qu'il avait hérité de Du Bellay en 1560, il vit s'ajouter bientôt, d'abord l'abbaye de Bellozane (1564), dont il ne conserva, il est vrai, que quelques mois la jouissance, puis les deux prieurés de Saint-Cosmes-lez-Tours (mars 1565) et de Croixval (mars 1566) qui, voisins de son Vendômois et des châteaux royaux de la Loire, devaient être pour lui jusqu'à sa mort des résidences de prédilection. La même année 1566, il reçut encore le canonicat de Saint-Martin de Tours. Dans la suite, Charles IX lui donna en outre deux autres prieurés, et même probablement trois. Ronsard était enfin parvenu à la fortune.