CHAPITRE X
RONSARD SOUS CHARLES IX (suite) LE POÈTE PAÏEN
Tous ces bénéfices furent, aux yeux des protestants, autant de confirmations de leurs soupçons : Ronsard avait « gagé » sa muse contre eux, et le parti catholique payait ses ser\'ices. Comment n'eussent-ils pas été convaincus de l'insincérité de son catholicisme, alors que, parallèlement à ses Discours, Ronsard continuait sans vergogne cà publier, outre nombre de pièces courtisanesques, adressées aux chefs du parti catholique, une série de pièces toutes païennes et sensuelles d'inspiration, si contraires à la gravité des Discours qu'on ne pouvait pas les crohe sorties de la même main. Ce fut d'abord en 1563, quelques mois seulement après la Réponse aux ministres de Genève, le Recueil des nouvelles poésies; puis en 1569, l'année même des hymnes farouches sur Jarnac et Montcontour, les deux livres de Poèmes. Témoignages de sa cupidité et témoignages de son hypocrisie, ils avaient là tout à souhait. Les quatre livres de la Franciade et les Sonnets à Hélène, qui devaient causer moins de scandale, ne vinrent que plus tard ; même ceux-ci, composés probablement dans les dernières années du règne, ne furent publiés que sous Henri III en 1578.
Sonnets, chansons, élégies, églogues, pièces lyriqnes, épitaplies, poèmes, hymnes bourrés de mythologie (c'est alors que paraissent les quatre' fameux hymnes aux saisons, si \'ieillots à nos yeux, mais qu'on admira dans ce temps-là), tous les genres sont représentés dans le Recueil des nouvelles poésies. Ronsard n'en abandonne aucun, et la merveilleuse souplesse de son génie s'affirme une fois de plus. Pourtant, si en chaque genre la nouvelle publication enrichit son œuvre, si même cpielques pièces d'une très heureuse venue mériteraient d'être citées, aucune conquête importante cette fois n'est à signaler.
Les flatteries au roi, à la reine mère et aux grands n'étaient pas plus hyperboliques que par le passé ; elles ne pouvaient guère l'être. Seulement, maintenant que le roi et la reine mère combattaient l'hérésie, les persécutés en étaient tout autrement scandalisés. Quelle honte d'entendre un chrétien promettre au roi la divinité? Et à quel prix encore lui promettait-il cette apothéose? S'il châtiait les réformés. Il osait écrire
De toute erreur purgez votre province : Par tels degrés les rois deviennent dieux.
Les protestants réimprimèrent le sonnet qui contenait ces vers révoltants et quelques autres ])ièces de même farine dans le but de les signaler à la risée publique.
Cette fois, comme toujours, l'amour dictait les meilleures pièces. Et voilà bien ce qui choquait les protestants. Encore si ce champion du Christ ménageait les a])parences ! Mais de Sinope il n'est plus question : deux nouvelles maîtresses lui ont succédé :^Genèvre et Isabeau. Celle-ci est Isabeau de Limeuil, une grande dame de la cour qui nous est connue