SONNETS A HELENE
Je (Ij liai d'un filet de soie cramoisie Votre bras l'autre jour, parlant avecques vous ; Mais le bras seulement fut captif de mes nouds Sans vous pouvoir lier ni cœur ni fantaisie.
Beauté que pour maîtresse unique j'ai choisie, Le sort est inégal : vous triomphez de nous ; Vous me tenez esclave, esprit, bras et genous. Et Amour ne vous tient ni prinse ni saisie.
Je veux parler, maîtresse, à quel vieil sorcier,
Afin qu'il puisse au mien votre vouloir lier,
Et qu'une même place à nos cœurs soit semblable.
Je faux : l'armour qu"on charme est de peu de séjour Etre beau, jeune, riche, éloquent, agréable, Non les vers enchantés sont les sorciers d'amoui\
Otez (2) votre beauté, ôtez votre jeunesse, Otez ces rares dons que vous tenez des cieux, Otez ce docte esprit, ôtez-moi ces beaux yeux, Cet aller, ce pailei" digne d'une déesse ;
Je ne vous serai })lus d'une importune presse, Fâcheux (8) comme je suis. Vos dons si précieux Me font, en les voyant, devenir furieux. Et par le désespoir l'âme prend hardiesse.
Pour ce, si quelquefois je vous touche la main, Par courroux votre teint n'en doit devenir blême Je suis fol, ma raison n'obéit plus au frein,
Q) El., 1, x.xxi ; t. I". p. 299.
(2) BL, 1, xxiv; t. l"', p. 295.
(3) Importun.