‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 73 sur 86 · SONNKTS A II|;LI;NE · texte numérisé non relu

SONNKTS A II|;LI;NE

Taiil jo t^iiis agiti' d'une luri'ur extrême ;

Ne prenez, s'il vous plaît, mon offense à dédain ;

Mais, douce, pardonnez mes fautes à vous-même.

ni

Voici (1) le mois d'avril, où naquit la merveille Qui fait en terre foi de la beauté des cieux, Le miroir de vertu, le soleil de mes yeux, Seule phénix d'honneur qui les âmes réveille.

Les œillets et les lis et la rose vermeille Servirent de berceau ; la Nature et les dieux La regardèrent naître et d'un soin curieux Amour, enfant comme elle, allaita sa pareille.

Les Muses, Apollon et les Grâces étaient Tout à Tentour du lit, qui à l'envi jetaient Des fleurs sur Fangelette. Ah ! ce mois me convie

D'élever un autel, et, suppliant Amour,

Sanctifier d'avril le neuvième jour,

Qui mest cent fois plus cher que celui de ma vie.

Adieu (2) belle Cassandre, et vous belle Marie Pour qui je fus trois ans en servage à Bourgueil : L'une vit, l'autre est morte, et ores (3) de son œil Le ciel se réjouit dont la terre est marrie.

Sur mon premier a^il, d"une amoureuse en\ie J'adorai vos beautés, mais votre fier orgueil Ne s'amollit jamais pour larmes ni pour deuil (4), Tant tl'une gauche main la Parque ourdit ma vie.

(1) BL, I, xxxvii ; t. I", p. 301.

(2) ièid, x;I, p. 323.

(3) Maintenant.

(4) Douleur,

Maintenant, en automne encore malheureux,

Je vis comme au printemps, de nature amoureux,

Afin que tout mon âge aille au gré de la peine.

Et ors que je dusse être affranchi du harnois.

Mon maître Amour m'envoie, à grands coups de carquois,

Rassiéger Ihon pour conquérir Héleine.

Vous (1) triomphez de moi, et pour ce je vous donne Ce lierre qui coule et se glisse à Fentour Des arbres et des murs, lesquels tour dessus tour, Phs dessus plis il serre, embrasse et environne,

A vous de ce lierre appartient la couronne, Je voudrais, comme il fait, et de nuit et de jour Me plier contre vous, et languissant d'amour. D'un nœud ferme enlacer votre belle colonne.

Ne viendra point le temps que dessous les rameaux,

Au matin oii l'Aurore éveille toutes choses,

En un ciel bien tranquille, au caquet des oiseaux,

Je vous puisse baiser à lèvres demi-closes,

Et vous conter mon mal, et de mes bras jumeaux,

Embrasser à souhait votre ivoire et vos roses.

Quand (2) vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps (jue j'étais belle.

Lois vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sojnmeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant. Bénissant votre nom de louange immortelle.

(1) Bl, II, XIX ; t. ^^ p. 332.

(2) /&i(?.,xui;t. I",p. 340.

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Je serai sous la terre, et, fantôme sans os. Par les ombres mptcux je prendrai mon rej)Os : Vous serez au foyer une vieille accroupie,

liegrettant mon amour et votre fier dédain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Genèvi'es (1) hérissés, et vous, houx épineux, L'un hôte des déserts, et l'autre d'un bocage ; Lierre, le tapis d'un bel antre sauvage. Sources qui bouillonnez d'un surgeon (2) sablonneux,

Pigeons, qui vous baisez d'un baiser savoureux, Tourtres (3) qui lamentez d'un éternel veuvage, Kossignols ramagers qui d'un plaisant langage Nuit et jour rechantez vos versets amoureux ;

Vous, à la gorge rouge, étrangère arondelle (4), Si vous voyez aller ma nymphe en ce printemps Pour cueillir des bouquets par cette herbe nouvelle,

Dites-lui pour néant que sa grcâce j'attends. Et que, pour ne souffrir le mal que j'ai pour elle. J'ai mieux aimé mourir que languir si longtemps.

Qu'il (5) me soit arraché des tétins de sa mère. Ce jeune enfant Amour, et qu'il me soit vendu : Il ne fait que de naître et m'a déjà perdu ! Vienne quelque marchand, je le mets à l'enchère.

(1) Bl., II, xLiii ; 1. 1", p. 340.

(2) Jet naturel.

(3) Tourterelles.

(4) Hirondelle.

(5) Bl, II, Lvii ; t. I", p. 349.

D'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère, J'en ferai )ion marché. Ah! j"ai trop attendu. Mais voyez comme il pleure, il m'a bien entendu. Apaise-toi, mignon, j'ai passé ma colère,

Je ne te vendrai point : au contraire je veux Pour page t'envoyer à ma maîtresse Hélène, Qui toute te ressemble et d'yeux et de cheveux.

Aussi fine que toi, de malice aussi pleine.

Comme enfant vous croîtrez, et vous jou'rez tous deux

Quand tu seras plus grand, tu me pay'ras ma peine.

H (1) ne faut s'ébahir, disaient ces bons vieillards Dessus le mur troyen, voyant passer Hélène, Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine, Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards.

Toutefois il vaut mieux, pour n'irriter point Mars, La rendre à son époux, afin qu'il la remmeine. Que voir de tant de sang notre campagne pleine, Notre havi-e (2) gagné, l'assaut à nos remparts.

Pères, il ne fallait, à qui la force tremble,

Par un mauvais conseil les jeunes retarder :

Mais, et jeunes et vieux, vous deviez tous ensemble

Pour elle corps et biens et ville hasarder. Ménélas fut bien sage et Paris, ce me semble. L'un de la demander, l'autre de la garder.

(1) Bl.. II, i.xvi • t. l' ^ p. 35a

(2) Pnrt.

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