CONTRE LES ASTROLOGUES — HUBERT FLUDD ET J.-R. MORIN
À son retour à Paris el sur la demande do son ami le Père Mersenne, de l'ordre des Minimes, sous ce litre Fhiddanae Philomphiae examen. Gassendi achève et publie son ouvrage contre Robert Fludd philosophe, astrologue el alchimiste anglais.
Les ouvrages où Fludd expose sa théosophie el sa théogonie, une sorte de panthéisme mystique, d'une remarquable érudition, rencontrèrent de son temps des admirateurs passionnés. Ce gentilhomme, ayant quille la profession des armes, s'était livré à l'élude de tous les mystères de la nature, dont il cherchait les éclaircissements dans un étrange mélange de la îuajiie avec les traditions hébraïques, les doctrines néo-platoniciennes, les croyances chrétiennes el les extravagances de la Rose-Croix.
Fludd enseignait que tous les êtres dont l'univers est peuplé sont sortis du sein de Dieu el retournent en lui ; que les anges» les âmes, sans doute le diable aussi, sont des portions de Dieu, opinion que Gassendi estime pire que L'athéisme,
Fludd avait écrit l'apologie de la cabale et des Frères Roses- Croix, La vie romanesque du fondateur de celte confrérie n'avait pas de secrets pour lui; ni son séjour parmi les magiciens; ni son voyage à I)amcai\ ville chimérique, peuplée de philosophes; ni sa mort à l'âge de conl six ans dans une grotte, oii il aurait longtemps vécu, éclairé par un soleil naturel qui brillait au fond de cel antre.
Mersenne, dans son Commentaire sur la Genèse, avait maltraité ce visionnaire et ne lui avait pas ménagé les épithètes de sorcier, d'hérétique, de professeur de magie. Fludd lui avait répondu par des injures dans un ouvrage intitulé Le Combat de la Sar/esne avec ta Folie, où naturellement il gar-
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dait pour lui la Sagesse. De là l'intervention de Gassendi pour la défense de son ami et l'apologie de la religion 1 .
Avec infiniment de délicatesse et d'esprit, Gassendi dans sa réponse acculai! an ridicule les mystères de la Rose-Croix et la polémique de Fludd. Celui-ci ayant répliqué avec son habituelle grossièreté, Mersennc conseillait une nouvelle réponse; Gassendi péMa que le dédain était plus digne d'un philosophe.
Après Fludd, le plus violent détracteur de Gassendi fut Jean-Baptiste Morin, un autre astrologue, qui professait les mathématiques au Collège Royal. 11 avait été l'ami de Gassendi qui lut très affecté de la rupture de leurs relations; ils avaient pour amis communs le Prieur de La Valette et Mathurin de Vu ré.
Sans se départir de sa prudence coulumière, mais avec sa passion dominante pour la recherche de la vérité, Gassendi avait réfuté les objections de ceux qui prétendaient que la terre ne se meut pas. J.-B. Morin, qui avait écrit contre le système de Copernic, considéra la démonstration du mouvement de la terre comme une injure personnelle et répondit avec une aigreur qui, au cours de la discussion, s'accentua jusqu'aux [tires violences. Comme dernier argument, il annonça le décès de noire philosophe pour la fin de juillet 1650, « sous les malignes influences de Saturne et de .Mais ». Il est vrai qu'il prenait ses précautions, et, prévoyant le cas où les événements auraient l'impertinence de déjouer ses prophéties, il ajoulait ; « Qu'il fasse profit de cet avis et m'en sache gré; je n'en dis pas davantage, lui souhaitant une (dus longue vie ».
11 faisait cette réserve au préjudice de l'astrologie : « Pfam pot est nui sciens est multos stellarum effectm evertere. Quand on en est instruit, on peut éviter l'influence des astres »,
Les amis de Gassendi furent moins patienls que notre philosophe; Bernier publia en 1051 un vigoureux pamphlet intitulé Ânatomie du ridicule rat, ou impertinente dissertation
1, Kepler lui avait fait aussi Plionneur d'une réfutation.
-les-Bains - Fonds Gassendi
rfe /.-B. Marin astrologue contre Veœposé qu'a donné Pierre Gassendi de la philosophie (FEpicare. Morin esl encore plus maltraité dans deux lettres de Nenré datées de 1649 et dans celle de Barancy, de la même année. Neuré écrivait que Morin ne devait sa chaire de professeur royal qu'à la faveur «le la reine, « séduite par l'apparence de mille faussés prédictions dont Morin amusait sa crédulité, et dont elle témoigna du regret à sa mort, sVn voyant surprise en un temps bien éloigné de celui qu'il lui avait promis ».
La réponse de Gassendi fut d'une plus iîne ironie. J'en détache les passages suivants : « ... Je connais la variété infinie et compliquée de vos maximes, qui fait qu'on peu! soutenir «pie lel ou tel événement qui arrive devait arriver d'une façon ou d'une nuire, en sorte que, posez deux circonstances contraires, Ton trouvera parmi tout ce tripotage que Tune et l'autre étaient prédites.».. Il faut convenir que vous avez toujours fort mal réussi dans vos pronostics; j'en suis moi-même un exemple; j'ai déjà survécu à plusieurs années qm\ selon vous, je ne devais pas voir. J'espère que vous vous tromperez vous-même aussi; quoique vous ayez jugé que Tannée qui court et qui est la soixante-septième de votre âge, sera la dernière de votre vie, vous la surmonterez néanmoins, non pas malgré les astres qui n'y entrent pour rien, mais malgré toutes les subtilités de votre arl... bien entendu que vous n'imiterez pas Cardan, qui se laissa volontairement mourir dans l'année qu'il avait prédite, craignant, s'il eût vécu, qu'on eût argué sa prédiction de faux. Je m'assure que vous n'èles pas assez ennemi de vous-même pour suivre un tel
exemple le vous laisse avec tous vos Jupiter, vos Mercure,
vos Mars, auxquels je leur baise les mains comme à vous. »
Il y a longtemps que Fludd et Morin seraient tombés dans l'oubli, si leurs démêlés avec Gassendi n'avaient conservé leur mémoire.