LE VOYAGE EN HOLLANDE
In intéressant dossier conservé a la Bibliothèque de Grenoble et constitué par son neveu, entre autres documents contient une liste des amis de Gassendi dont je place ici les principaux, quoique ses relations avec quelques-uns d'entre eux soient postérieures à la date à laquelle nous sommes arrivés.
Cette pièce porte cette annotation de la main du neveu : o Liste des amis de mon oncle ».
Seiguier, chancelier de Provence,
Mole, garde des Sceaux,
Le président de Toux ',
D'Oppède, premier président à Aix,
Luillier, maître des Comptes,
Ménage,
Jean Chapelain,
De la Molle Le Va ver 3 ,
Déodat,
Balzac,
Valois, trésorier de France,
1* Je respecte l'orthographe ilu document pour Je nom du président de Thoux et pour celui de Séguier.
2. Précepteur de Philippe» frère unique du Roi. Balzac l'appelle le suburbicaire et aussi le philosophe du faubourg St-Miehel.
^ (c) DinnG-lGS-Bains
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Sorbière,
Gui Patin,
Le Père Mersenne,
Bernier,
Ismaëi Bouilliau, etc.
Le nom <le Cartesius (Desearles) y ûg ure aussi, quoique l'amitié avec ce dernier ait été troublée par leurs dissentiments et plus encore par leurs controverses.
On lit ensuite :
« Il a été connu
Des rois Louis Mil, Louis XIV, Anne d'Autriche, reine régente. Frédéric II. roi de Danemark, Christine, reine de Suéde;
Des princes de Comlé, de Conly, Mlle d'Orléans, duc d'Angoulême, de Lesdiguières, de Richelieu, duchesse d'Angoulême, etc....
Des grands seigneurs, maréchal d'Estrées, eie,... Des cardinaux, de Richelieu, Mazarin, de Lyon 1 , de Retz, d'Estrées, Barberino, etc.... »
Gassendi recherchait aussi la connaissance des savants étrangers, Hobhés, Galilée, Kepler, Schikard, Wendelinus, Horlensius, llensius, Grolius, et autres savants en us.
C'est par l'intermédiaire d'Ëlie Dëodat', conseiller de la République de Genève, qu'il entra en relations épistolaircs avec Galilée à qui il communique ses observations astronomiques et dont il sollicite l'amitié. Séduit par sa simplicité, il avait adopté la doctrine de Copernic sur le mouvement de la terre autour du soleil, que défendait Galilée, à qui il écrit le 20 juillet 1625 : « Tout d'abord, ami Galilée, je voudrais que vous soyez bien convaincu du plaisir de L'âme avec lequel j'embrasse votre opinion en astronomie, sur le système de
1. Le cardinal duc de ftichelien avait m lïè,v, | tli aussi Hl . tUllil ,. *; ful al *2 Ou'néoda^ ' 1 ' ^ ,,V " ir '"''' archcV '"l ,,e ,, ' A|V ' '"'' Sl « Vilit ' « Gassendi.
©Diane-les-Bains - Fonds Gassendi
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Copernic. Les barrières d'un momie assurément vulgaire sont brisées. L'esprit libéré erre à travers l'immensité de l'espace.
Peut-être conviendrait il que vous publiiez votre travail. En le cachant vous feriez une grave injure aux lettres et à ceux qui s'adonnent aux sciences les plus divines...* Si une résolution bien arrêtée, ou la destinée, vous imposent une réserve telle que vous ne puissiez même pas communiquer par lettre à vos amis ce que vous avez conçu, faites une exception pour moi. Laissez-moi espérer ou vous demander d'être votre correspondant. »
Lorsque Galilée fut traduit devant le Saint-Office pour avoir enseigné que le soleil est le centre du monde, que la tôrre lourne autour du soleil d'un mouvement journalieF, opinion que les juges de l'Inquisition estimaient contraire à la foi» aux Saintes Écritures, comme à la philosophie approuvé* 1 , Gassendi écrivit a l'illustre astronome : « Je suis dans la plus grande anxiété sur le sort qui vous attend, ô vous la plus grande gloire de noire siècle. Malgré les bruits qui circulent, j'ignore encore ce qui a été décidé; je ne veux rien croire jusqu'à ce que la chose soit parfaitement connue. Quoi qu'il arrive, je connais trop la modération de votre esprit pour douter que vous ne vous soumettiez à toutes les éventualités de la fortune, soit qu'elle vous soit favorable, soit qu'elle vous soit contraire. Puisqu'il ne peut rien vous arriver qui trouble la sérénité de votre âme, je me réjouis avec vous, au lieu de m'affliger. Soyez toujours vous-même, et ne permettez pas que la sagesse, qui fut toujours votre compagne, vous abandonne dans votre vénérable vieillesse. Si le Saint-Siège décide quelque chose contre votre opinion, supportez-le comire il convient à un sage. Qu'il vous suffise de vivre avec la persuasion que vous n'avez cherché que la vérité. »
Galilée fut incarcéré dans les prisons du Saint Siège; son livre sur Les deux plm grands systèmes (ht Monde fut brûlé à Home; il fut déclaré atteint et convaincu d'hérésie- On lui signifia qu'il avait encouru les censures et les peines prévues par les sacrés canons; néanmoins l'absolution lui fut promise
© Diane-les-Bains -Tonds Gassendi
pourvu qu'il abjurât, de cœur, de bouche et par écrit, ses erreurs et ses hérésies.
Le 25 juin 1655, Galilée fut conduit devant ses juges dans le convent de La Minerve. Il est permis de croire qu'il s'inspira des conseils de Gassendi plutôt que des suggestions de celte déesse, lorsqu'il promit, à genoux, la main sur les Saints Évangiles, de ne plus rien dire, ni écrire, qui fût contraire- à la décision du Sainl-Oiïicr.
E pur si mmml J'évite de placer cette exclamation dans la bouche de Galilée : car elle est contestée, comme la plupart des mots historiques, comme : « La Garde meurt, et ne se Fend pas », dont Victor Hugo nous a donné une traduction libre. - Pendant un quart de siède cette question du mouvement de la terre fut l'objet de polémiques passionnées. Gassendi, comme toujours, se montra prudent et ne soutint qu'avec maintes précautions et réserves l'opinion condamnée par le Saint-Siège; mais qui s'imposait à sa raison.
Gassendi avait quitté Paris en avril [625 et s'était arrêté du 18 au 28 août à Grenoble, oii le procès de son Chapitre n'était pas terminé. Il y avait retrouvé des amis, et parmi les meilleurs, Valois, trésorier de France, fervenl astronome, encore entiché des sottises de l'astrologie, dont il eut la satisfaction de le désabuser.
Valois lui fit faire la connaissance du connétable de Lesdiguièresqui avait assiégé et rançonné la ville de Digne, pendant les guerres de religion si désastreuses pour la Provence : « Après cinquante-quatre volées contre l'église 1 , dit César de Nostradamus en son Histoire et Chronique de Prorence, et six tant seulement contre le fort, Digne s'était rendue à telle composition que la Ville douerait cinq mille escus au Seigneur de Lesdiguières, pour la monstre de l'infanterie dauphinois, et d'abondant les frais' de route de l'armée, selon l'estime qui en serait faite. Ce qui advint ainsi parce que le peuple se
1 il s'agit de l'église de Notre-Dame-du-Bourg, On voit encore les trous que les bodefe firent «lans ses murs. Le hmirg Notre-Dame n'est plus qu'un faubomde la Digne moderne. e
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trouvait le plus fort contraignit et violenta S, Janet gouverneur de la place et les gens de guerre qui ne manquaient pas de courage. »
Le farouche gouverneur du Dauphiné se plaisait aux conversations du doux chanoine de Digne 1 ; il mit à sa disposition, près du confluent où les eaux du Drae troublent celles de la Romanche, sou château deVizille, imposant observatoire pour ses recherches astronomiques.
On voit, au musée de Grenoble, le portrait de Lesdiguières, faisant pendant a celui d'Henri IV : « C'est un long soldat maigre, dit M. Henry Bordeaux 3 , cuirassé et botté, la main gauche sur un bâton noueux, la droite sur la hanche, et dont la ligure terne de militaire fatigué contraste avec l'œil vif et la bouche sarcastiqne du Béarnais. Mais l'attitude révèle l'orgueil. Il n'est pas jusqu'au petit page, moins haut que sa jambe, qui ne soit la pour montrer sa taille. Et ce visage de reitrc brutal parait, si on t'examine davantage, combiné, astucieux, obstiné. »
En 1626 et 1027, nous retrouvons Gassendi à Digne, d'où il çiivoie à Peyrosc ses observations sur les lâches du soleil". Ses travaux astronomiques, ne l'empêchent pas de remplir ses devoirs de théologal; il est assidu au chœur, il prêche souvenl avec beaucoup de succès et d'éloquence, au témoignage de Bernier qui aurait voulu publier ses sermons; il rompt le sommeil de Ja nuit pour chanter les matines
Son troisième voyage à Paris est de 1628. L'année suivante, il entreprend avec son ami Luillier un voyage en Flandre et en Hollande. Nos deux pbilosopbes explorent les bibliothèques, les musées ; ils rendent visite à tous les savants des villes qu'ils traversent; ils rapportent de ce voyage, si j'ose ainsi m'exprimer, un herbier d'amitiés scientifiques.
1. Le vieil huguenot avait abjuré le protestantisme moins par conviction ejue par ambition. Dévoué au roi Henri IV, il pensait, à l'imitation de son maître, que L'épée de connétable valait bien une messe.