‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 13 sur 55 · Cinquièmes objections. Contre la troisième méditation · texte numérisé non relu

Cinquièmes objections. Contre la troisième méditation

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êtres créés. Pur abstraction des limites, l'idée de la substance inlinie nous vient de celle des substances Unies que nos sens découvrent. .Nous ne concevons l'infini que par la seule négation du fini. L'unique preuve de l'existence de Dieu qui paraît s'imposera Ga&êndi, eu dehors de la révélation, c'est l'argu-r ment tiré des merveilles de la nature et des causes finales, que rejette Épieure, tjuç Descartes déclare absurde en physique, et admissible seulement eu morale « pour élever l'âme à Dieu et fortifier la piété ».

Après avoir approfondi tous les systèmes des philosophes, qui nous donnent surtout des raisons de douter, Gassendi n'était pas loin de dire avec Pascal ; « Par où donc la raison s'élèvera-t-elle jusqu'à Dieu? En dépit de tous ses efforts, elle ne peut y atteindre. S'il y a un Dieu, il est pour nous infiniment incompréhensible, el nous sommes incapables de connaître ni ce qu'il est, ni même s'il est 1 », Mais toujours la raison du bon prêtre s'inclinait et s'humiliait devant la révélation : seule la lumière de la foi suffisait à lui révéler Dieu : « Son cœur a des raisons que la raison ne connaît pas », el qui écrasent toute philosophie, Quîd est ftdes. nui credere quod non vides? (saint-Augustin).

Ses savantes dissertations pour réhabiliter Épicure, son penchant au matérialisme, son espri! de tolérance, son éloignemenl de tout sectarisme, son amitié pour des savants réputés libertins ou' esprits forts, ou même condamnés par l'Église, tels que Galilée, Gampanellà, La Mothe-Levayer,Naudé ? Chapelle, Hobbes, Guy Patin, Sorbière, Sainl-Évremond avaient dressé devant Gassendi les soupçons de quelques théologiens inquiets et surtout servi de prétextes à d'implacables hostilité'-; et non moins qu'à Descarlcs et même a Pascal, les accusations d'athéisme ne lui avaient été épargnées : • S'il dissimule, osait écrire Morin, devenu son ennemi déclaré, c'est par Crainte du feu, mêtu atomomm ûfnis-à. Comme dit 'facile, hror et Calumnia pronh auribm aecifmntur.

1, Pensées de Pmcat, Édition Bîivet, i>, l 15» art. 10.

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Voltaire qui le défend 1 , sans èlre suffisamment qualifié pour une telle apologie, neparaîl pas lui apporter une caution san^ réserve : « L'incertain Gassendi », a-f-il écrit dans les Systèmes.

L'incertain Gassendi, ce bon prêtre de Digne, Ne pouvait du Breton souffrir l'audace insigne, lit proposait à Dieu ses atomes crochus, Quoique passés de mode, et dès longtemps déchus, Mais il ne disait rien sur $ 'Essence Suprême.

Et Voltaire? Sans doute, il ne cesse d'affirmer sa croyance en un Dieu créateur : « Pour ma part, plus j'y pense et moins je puis songer que celle horloge marche et n'ait point d'horloger »; niais quelle est sa ihéodicéè?

Quand j'ai visité Ferney, sur le fronton d'une chapelle, dans le parc, en face du Château, j'ai lu cette impertinente inscription : « Deo dédit Voltaire » : Voltaire a fail à Dieu ce petit cadeau !

L'année qui précéda sa mort, Voltaire disait a l'un de ses voisins de Ferney: « Enfin Dieu m'appelle ! Mais quel Dieu? .le n'eu sais rien* ».

Si Gassendi ne disait rien sur « l'Essence Suprême », il se montrait peut-être plus respectueux et plus sage que tant de philosophes, tant d'inventeurs de systèmes, qui depuis et avant le divin Platon, ont disserté sur un sujet où la raison s'égare •quand elle prétend l'atteindre.

« Quelle idée as-tu de Dieu? » demande Logomacos à Dondindac, dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire,

Donbindac. — L'idée de mon créateur, de mon maître, qui me récompensera si je fais bien, et qui nie punira si je fais mal.

Logomacos. — Bagatelle, pauvreté que cela! Venons à l'essentiel. Dieu est-il infini secundum quid ou seiou l'essence?

Dondindac. — Je ne vous entends pas.

j. « On prit Gassendi et Descartes pour îles athées parce qu'ils raisonnaient. Voltaire Le philosophe ignorant. V.

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