Rekê PcAtx. Journal Le Temps, 8 novembre
© Diane-les-Bains - Fonds Gassendi
Logomacos. — Bètc brûle ! Dieu esl-il en un lieu, ou hors de tout lieu, ou en tout lieu?
Doisdindac, — Je n'en sais rien.... Tout comme il vous plaira.
Yen déplaise à LogomacOS, je lui préfère Dondindac.
L'ironique reproche de Voltaire trouve son démenti dans le Syntagma pHlomphicutti ; il suffit, pour connaître le sentimenl de Gassendi sur « l'Essence Suprême », de se reporter- au livre IV, De Princïpio Efficiente, et particulièrement a la page 299 du tome l m ' des Opéra Qnuiia : on y lira : <c ïlli eximie locuti $unt quideum mm non substantialem, md mpersttbstanr tialem di®enmt ». Dieu est une hypersubstance, une hyperintelligence, créatrice, ordonnatrice; un être réel, distinct du vide, comme de la matière, infini dans l'espace comme dans le temps, exempt des défaillances des autres êtres, doué de toutes les perfections.
Quand nous parlons de Dieu, de sou essence, de ses attributs, nos expressions sont toujours inférieures à l'objet (jubiles désignent : car notre langage est impuissant à représenter Tidée sublime de la Divinité.
Gassendi étudie Dieu sous ces divers aspects, autant que notre faible intelligence peut les atteindre: l'unité, l'éternité, l'immensité, l'immutabilité.
Quand nous disons que Dieu est partout, nous pourrions dire qu'il est en lui-même, « i n se ipso », puisque son étendue esl adéquate a celle de l'espace.
Dieu est éternel ; il existe nécessairement et par lui-même, avec tous ses attributs et toutes ses perfections.
Dieu, d'un même regard, embrasse le présent, le passé, l'avenir. À ceux qui osent contester h sa divinité la connaissance de l'avenir, ou qui la jugent incompatible avec la liberté de l'homme, ou même avec sa propre liberté, Gassendi répond qu'il n'appartient pas a notre faible intelligence de déterminer les facultés de Dieu : « Cum Dei potentia tnfiniîa sit f ne hoc quidem posmmm scire, an itlim potentiam [ugiat, ut duo contraria faciat ».
fi^Mttlfa
Gassendi s'explique sur l'immutabilité divine qui soulève de nouveau Te problème de la liberté. Nous croyons à la liberté de Dieu quand nous lui adressons nos prières; mais, parla même, nous paraissons croire qu'il est susceptible de changement. Gassendi répond: «Quand nous prions Dieu, nous nous conformons à ses desseins. Quand nous disons qu'il se laisse fléchir par nos prières, nous n'entendons pas qu'il se décidera contrairement à ce qu'il avait prévu et voulu; mais qu'il accorde à nos prières ce- qu'il avait résolu de ne pas nous refuser ».
Si cette subtile explication ne nous satisfait pas, il ne faut nous en prendre qu'à l'infirmité de noire esprit.
Épieure conteste l'unité de Dieu; car s'il était un, il ne pourrait être heureux. Peut-on supposer (pie Dieu aurait créé le monde, dans le temps, pour se distraire de son éternel ennui? Gassendi objecte qu'il ne faut pas se représenter Dieu à L'image de l'homme qui souffre de la solitude parce qu'il ne trouve pas eu lui-même tout ce qu'il désire; l'Etre Infini se suffit à lui-môme dans la contemplation de ses propres perfections. Et qu'on ne prétende pas que les prières de l'homme ne peuvent que troubler et importuner Dieu dans sa félicité ; ce serait s'égarer dans le plus grossier anthropomorphisme.
Nous devons répondre négativement à la question posée par M. Béer dans sn thèse de doctoral : « An jure inter seeptiros Gauendm numeraim fuerit? » Mais on ne saurait blâmer la prudence et parfois les hésitations de Gassendi dans l'examen des questions que d'autres philosophes oui tranchées avec un dogmatisme brutal.
« 11 est fort croyable, a dit Descartes, que Dieu nous a faits à son image et scmhlanee. » Gassendi répond : « A la vérité cela se peut croire par les lumières de la foi et. de la religion; mais comment cela se peut-il concevoir par raison naturelle si vous ne supposez que Dieu a la forme d'un homme? Et en quoi peut consister cette ressemblance? Fouvez-vous présumer, vous qui n'êtes que cendre et que poussière, d'être semblable à celte nature éternelle, incorporelle, immense, très parfaite,
© Diane-les-Bains - Fonds Gassendi
très glorieuse-, et qui plus est, très invisible et très incompréhensible au peu de lumière et a la faiblesse de nos esprits? I/avez-vous vue face à lare pour pouvoir assurer, faisant comparaison de vous à elle, que vous lui êtes conforme? Vous dites que cela est fort croyable parce qiCH vous a créé. Au contraire, pour cela même, cela est incroyable. Car l'ouvrage n'est jamais semblable à l'ouvrier, sinon lorsqu'il est par lui engendré par une communication de nature. Mais vous n'êtes pas ainsi engendré de Dieu; car vous ifètes pas son fils, et vous ne participez point avec lui à sa nature.., eu sorte que vous ne pouvez pas dire que vous avez plus de ressemblance avec lui qu'une maison en a avec un maçon. Et même cela s'entend, supposé que vous ayez été créé «le Dieu; ce que vous n'avez pas encore prouvé 1 ».
Dès qu'il a commencé à penser, l'homme a voulu connaître son origine el sa destinée; cinquante siècles de méditations cl de systèmes ne paraissent pas avoir dissipé les ténèbres oîi sa raison s'est perdue, En tant que science, si c'en estime, la métaphysique est toujours à recommencer; jamais les fils de l'homme n'ont réussi dans leurs tentatives pour escalader le ciel\
b S'il abordait avec une sage réserve les problèmes angoissants de la métaphysique, Gassendi faisait preuve de la même prudence dans les questions de théologie qui divisaient, ses contemporains. C'est en vain qu'on chercherait dans ses écrits sou opinion sur le redoutable problème de la grâce soulevé par Jansénius et par l'abbé de> Saint Cyran, et sur les nombreuses difficultés où la philosophie et la théologie se rencontrent et se heurtent. Il laissait à Descartes le soin de philosopher sur l'Eucharistie et sur la transsubstantiation; il laissait à d'autres le soin d'expliquer le sens figuré des Ecri-