‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 16 sur 55 · Librairie Pavot · texte numérisé non relu

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l J. Pensées d<- Pascal Edition Jlavel, art; 5i r j>. :►:>;,.

~k Descaries a écrit en latin : Medîiafiohes dt prima philosophîa ubi de Dei

^^Bain^^ond^Gassendi

il les rencontre non seulement riiez les théologiens Av Port- Royal, accusés par Jurieu d'être pins attachés au Cartésianisme qtfau Christianisme, non seulement chez les oratorieng et la plupart des congrégations savantes, mais parmi les grands seigneurs amateursdé philosophie, les gens du monde, les femmes qui se piquent de métaphysique, dans les salons dos marquises et des duchesses et chez le due et la duchesse du Maine à la petite cour de Sceaux. 11 affecte d'ailleurs do mépriser (es langues mortes : « Savoir le latin, dil-il, est-ce donc en. savoir plus que la fille de Cicéron au sortir de nourrice?» Et encore : « Il n Ysi pas plus du devoir d'un honnête homme de savoir le grec et le latin, que le suisse ou le bas-breton ».

Gassendi écrit en latin, parce que le latin est la langue satante, et qu'il s'adresse a tous les savants de l'Europe. II écrit avec élégance, mais sans recherche et sans prétention, la langue de Gïcéran, et si parfois les habitués du latin classique ont quelque difficulté à le comprendre, c'est que depuis les classiques une éruption s'est produite d'idées venues des Grecs, des Chrétiens, des Juifs, des Arabes, et qu'à tant d'idées nouvelles, il a fallu pourvoir par une abondante néologie.

Continuante tradition médiévale, au xvi* et au commencement du xvif siècle, la plupart des savants, des philosophes, des médecins, des jurisconsultes écrivaient dans la langue savante. Leurs noms en m, Grolius, Ooevius, Grnlerius, Gronovius, Holsténius, llensius. Ilévélius, Yossius, AVendelinus étaient comme autan I d'actes de naturalisation latine.

Nombreux étaient, parmi les lettrés, ceux qui se plaisaient el qui s'exerçaient au rythme des vers latins. Notre philosophe y trouvait un délassement aux études plus sérieuses auxquelles il avait consacré sa vie: il faut lire ses vers sur la naissance

exkteniia et anhnae faimûrtoUtate (Hm, 1644), ouvrage traduit on français par le due de Lurnes; — Pnnclpia Phib&ùphiae (Amsterdam, 1641), traduit en français par l'aube Picot ; — et plusieurs œuvres posthumes qui on! été traduites en français par Victor Cousin. — D'autre part, ses ouvrages écrits eu français onl été traduits vu faliri.

s Gassendi

de Jésus dans t'élable : « Cnnnina, inquil, quae amirus, musicae amans, a me extorsit »; et aussi la Louchattle élégie qu ? il composa sur la mort de son ami Sehickanl 1 , ne lut-ee que pour y constater ru un même jjénie l'aimable union de la poésie et de la philosophie, union bien naturelle, puisque ces deux sœurs sonl issues de la môme mère, l'imagination-'.

Avec nue égale facilité, le médecin Bourdelot, correspondant de Gassendi, versifiai! en latin et rimait ni français. S;i muse badine avait le talent do distraire le përe du Grand Coudé « durant que ce prince attendait l'effet de sa purge ».

il s'était ainsi formé une littérature française en langue latine où les ouvrages do Gassendi, malgré le reproche de prolixité, so distinguaient parmi ceux d'Érasme, do Guillaume Budée, do Gujas, de Justebïpse, de Scnliger, d'Etienne bolet*.

N'Oublions pas Ilurt, évoque d'Àvianehes à qui Chapelain écrivait : c< C'est dommage que notre (Voir no soit pas aussi fine dans la bonne latinité «pie telle d'Auguste* Vous y tiendriez la place d'Horace* non seulement par le génie lyrique* mais encore par Cépislolairo o; Il est vrai que l'exagération dos complimenls entre lettrés était d'usage ot ne lirait pas à conséquence.

Le culte de la Cirer ri de Home, caractéristique de la Renaissance, a marqué son empreinte sur le style de tous ces lettrés qui aimaient à emprunter à la pensée païenne leurs comparaisons et leurs images.

Au cours du seizième et du dix-septième siècle, le latin peu a [sou bat en retraite; partout les langues nationales prennent dans les lettres la première place, Shakespeare, Le Tasse, Le Camoëns, Lope de Vega, Cervantes, Calderou, comme les grands écrivains français, ont illustré les langues populaires.

1, L. VI des Opéra omnia, Sclrickard, professeur d'hébreu et d'astronomie à Tubinye, mnrt de In pesle en 1655, après avoir perdu sa femme et sa fille, victimes du même fléau.

2. Biùlé vif en 1516, Etienne Oolel fui un des meilleurs écrivains du xvf siècle en langue latine. — Les premiers ouvrages "de Calvin sont érrils en latin» Théodore de lïèze qui créa avec Calvin t;i nouvelle éenir de théologie a mis les psaumes en français; nuis il a écrit en latîn sa réponse ;i Castalion qui avait prolesté contre le supplice de Michel Servet.

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Dans la préface de l'Encyclopédie, d'Àlémberl regretté Pusage de In langue latine qui mettait eu cummunifcatioù les savants du monde entier. On peut lui objecter qu'elle était un obstacle à la diffusion de la science elle-même; elle a certainement mis desentraves l\ In renommée de Gassendi.

Aujourd'hui, de plus en plus rares sont lès humanistes qui lisent dans le texte original les chefs-d^œuvre de l"ancivnne Rorûe, et qui y puisent le suc d'une haute pensée; sans méconnaître la valeur éducative «les humanités, on peut dire que le latin ue sert plus guère qu'à mieux comprendre et à mieux écrire les langues qui eu sont issues ; mais cela suffit sans doute pour qu'il impolie de lui conserver sa place dans notre culture générale des jeunes intelligences.

Noire tangue nVsl-i die pas la survivance du latin? « Le déclin du français, a écrit Emile Faguét. a été parallèle h Celui' du latin, et ici le po$t hoc ergo proptw hoc me paraît justifié. » {Revue de* Dem-Mondes, 15 septembre I&IO, p. 290.)

SPITE IH VOYAGE EN HQLLÀNDK — LKS l'AliHKLIKS LE HETOIH A P1RIS

Les controverses de Gassendi avec Pludd d'abord et avec Moriu, puis avec Déscar tes, nous nul fait perdre sa trace dans son voyage avec tnillier. Nous allons rejoindre nos voyageurs a Saittt-Omer, 011 Gassendi fait anë description pittoresque des canaux et des îles Bottantes; il l'envoie à Peyresc.

V Loùvain, Gassendi a le regret de ne pas rencontrer Wendelinus qu'il avait autrefois connu à Digue, alors que ce Savant mathématicien était régent au collège de cette ville, puis h Forealquier'. Mais il est heureux d'y trouver son correspon-

1. Gassendi, durant le court séjour qu'il fit à Forçai*] uïer pour y prendre posses* siun de sa première théologale en 1 61 4, y avait retrouvé Irénée Wendeli», chez André d'Arnaud, lieutenant général rie lu sénéchaussée, qui» fort érudit lui-même,

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danl. de vieille claie Eyricius Puteanus, en français Henri Dupuy, eullamaml Yau de Putlç, illustre professeur d'éloquence, qui lui aussi avait fait l'éloge d'Épieure et lui avtûl communiqué «les noies intéressantes sur le philosophe de Gargette.

De Louvaiu, il écrit au médecin philosophe van Helmont une curieuse lettre où il traite la question de savoir si, pour la nourriture de rhoiînnë, il ne faut pas préférer les végétaux à la chair des animaux. Déjà ils avaient discuté a Bruxelles la thèse végétarienne. Contre lavis de Van Helmont, Gassendi se prononce pour les fruits et les légufiûes; il lire argument de la forme de nos dents: de la répulsion naturelle que non- avons pour la viande quand les préparations culinaires ne l'ont pas défigurée : suhsidiaireinenl il invoque la Bible et il conclut : « la chair est une semence des maladies, elle est une nourriture trop succulente; elle surchargé l'estomac, empêche la digestion, offusque l'esprit, »

A Utreeht, il fait la connaissance d'Henri Héneri pour qui il écrit sa dissertation sur les parhélies. Le mot parhélie (-aaïj)aor, à côté du soleil) est un terme de météorologie qui désigne une ou plusieurs images du soleil réfléchies dans les nuées. Le même phénomène a été constaté pour la lune sous le nom de punnélène.

Le 20 mais 1(Î29, les astronomes avaient observé à Home cinq soleils eu même temps, c'est-à-dire quatre parhélies ou faux soleils autour de L'astre du jour.

Qu'en fallait-il conclure? Quels graves événements devaient s'ensuivre? Gassendi rappelle et réfute les superstitieuses

avail confié à ce savant réduction de ses fils. Wendeliu avait établi sur la terrasse de la maisun d'Arnaud WK sorte d'observatoire pour ses études astronomiques*

■Pai pu ïisiter cet hôtel <jui formé un des côtés de la place Sl-Mïehèl, cl i|ui garde l*apj>arencé des vieille* demeuré? que les familles opulentes faisaient construis nu commencement da xur siècle.

Un autre observatoire [dus important fut établi par Wendelin sur la montagne de Lure, au quartier de Maîcor. De là datent les correspondances scientifiques et amicales échangées entre Wendelin. Peyresc, Gassendi et Mersenne.

Weudelin habita Forc;dquù-r pendant plus de dis années; puis un beau jour, ïmpaii.-ut «le revoir sa patrie, il serra ses économies dans son escarcelle et fit à pied les 140 lieues qui le séparaient de la Belgique,

© DionG-lGS-Bains - Fonds Gassendi

croyances qui attribuaient aux parhélies l'annonce surnaturelle de faits prodigieux tels que les guerres, les séditions, la chute des empires. Si de tels événements onl suivi l'apparition des parhélies, cVsl. dit-il par un pur hasard. Ces événements se seraient produits sans les parhélies et les parhélies sans ces événements.

D'une lettre de (iassendi conservée à la bibliothèque de Carpenlras, et datée de Bruxelles 15 juin 1629, j'extrais les passées suivants 1 : « Je loge ces phénomènes au rang des choses purement nalurelles.... Je ne veux pas dire que Dieu ne s'en puisse servir pour nous signifier quelque chose d'extraordinaire; mais quoi qu'il en soit, nous n'en avons pas de preuve, et j'eslime que Dieu ne se joue point ainsi avec les hommes.... Quand il voulut que l'arc-en-ciel fui signe de quelque chose plus (pie naturelle, il en advertit les hommes.... Ainsi ce (pie vous me marquez que quelques-uns estiment • pie par ces cinq soleils est présagé un insigne changement au gouvernement de l'Église dans les cinq années prochaines, je ne le veux pas contredire, comme si j'élais bien assuré du contraire. Mais ces Messieurs me pardonneront si je ne les en crois pas, sans qu'ils y ajoutent quelques révélations du Ciel. Je pense que c'est une chose pitoyable de voir que la pluparl des savants se laissent emporter à des opinions populaires, et que ces phénomènes, parce qu'ils arrivent rarement, leur jettent de la poussière aux yeux. >

Après avoir parcouru les Pays-Bas, Luillier et Gassendi avaient le dessein de pousser plus loin leur voyage; mais les affaires privées de Luillier les rappelèrent à Paris, où ils rentrèrent le 8 août 1629. Luillier allait épouser une dame Grillon, veuve d'un Écossais, professeur de grec- Gassendi avait aussi projeté de visiter l'Italie el Conslantinople, car il aimait les voyages : mais sa santé et le coûl de tels déplacements l'obligèrent a les ajourner sine die, comme nous disons au palais el le voyage eu Hollande lui le seul

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