Dossier de Carpentras
^^^iMI
s Gassendi
qu'il ] m 1 1 l'aire hors de France, Il y laissa une haute idée de sa sagesse -et de son savoir. On y loua la tolérance dont il fit preuve, en félicitant le rabbin Elcha « un vieux philosophe <|ui pense très bien sur la lin du monde. Gêux-Ià ne s'écartent pas moins de la philosophie qui soutiennent que le monde ne finira point, que ceux qui annoncent sa fin prochaine, »
LA PESTE DE 16*1 À DIGNE — LA NOTICIA DINIMSIS ECCLESIM
C'est 'pendant ce voyage en Hollande, durant \%té de 1629, que IN'vivsr Stcônnaîtreà Gassendi rhorrible fléau qui répandait la (erreur dans la ville de Digne; on n'y voyait plus que des morts et des mourants, de nombreux cas de délire et de folie; à la peste s'était ajoutée la famine. Gassendi désolé éeril , : i Peyresc pour lui demander des nouvelles de sésparehls et de ses amis, parmi lesquels la peste avait fait de nombreuses victimes; il pleure de loin avec ceux qui pleurent; mais sa douloureuse pitié n'interrompt pas son voyage- Les membres dit Chapitre -n'avaient pas élé épargnés-; aussi quand le lléau (it une seconde apparition en 1651, cherchèrent-ils un refuge dans l'air plus salubre des Sièyes, faubourg de Digne.
Gassendi, dans sa Pfoiitia Ecclmiae Diniemis, a tracé, des ravages que la poste avait causés, un tableau qui rappelle les descriptions de Thucydide et de Lucrèce :
Hnec ratio quandam morborum, et moriifér aestm Finibus Côcropiis ftwestos reddidit agro§\ Vmtavitque yias, exhamit cicihus ufbem '.
L'authenticité des faits lugubres qu'il rapporte, indépendamment des nombreuses lettres qu'il avait reçues de ses amis, était attestée par le célèbre docteur Lautaret (David Tavan, sieur de Lautaret, Lautareti us), médecin et philosophe,
}-« De renom Nattira. Liber VI,
(c) Dinnp-lps-Brîins - Fonds Gasspnd
Ips-BRins - Fonds Gssspndi ^^^o»
qui avaiJ soigne les pestiférés avec un admirable déyouemenl el qui fui lui-même atteint par la èontagion 1 -
Au retour d'une expédition Malheureuse entreprise en Italie par Richelieu pour soutenir 1rs droits du dur de Revers* sur les duchés de Mantoue ri de Monlferral, un o>eadron de cavaliers passant par Pigûe en désordre y avait apporté la peste. Tant que dura ce fléau, e'est-à-dire pendant quatre mois, la terre lui couverte d'épais brouillards, la chaleur futétouffante, avec de nombreux orages. Pendant tout ce temps, dit Gassendi, nu ne vil aucun oiseau, ni dans la ville, ni dans les champs d'alentour; et, chose étrange, on ne vil plus d'autre maladie que la peste elle-même,
Gassendi raconte sou étônnemeiit, lorsque, revenu à Digne trois ans après, il trouva désertes la plupart des maisons dans cette cité qu'il avait laissée si prospère, si heureuse, e! sa douleur au récit des souffrances qu'avaient éprouvées, parmi sos amis, do trop raies survivants. Il ajoute : « Jamais on ne vit une plus grande mortalité, puisqu'elle épargna a peine la sixième ou septième partie de la population, Quand on comptait auparavant jusqu'à dix mille âmes à Digne, à peine put-on en trouver quinze cents après Fëxtinelion du fléau. »
Il était arrivé que des malades, dans la précipitation dés fossoyeurs en nombre insuffisant, avaient élé ensevelis sans être morts. Quelques- titts, revenant à eux tandis qu'on les transportait,, se précipitèrent hors du chariot sur lequel étaient entassés las cadavres. Une jeune H Ile de vingt ans, déjà jetée dans la fosse, donna des signes de vie, el eu fut retirée : « Tn malade regardé comme morl pendant quatre jours, dit encore Gassendi, ne put être enseveli parce que sa
1. M. le D' Lautarel <|:iï exerce maintenant la médecine à St-Yineent-Ies-Fnrls {Basses-Alpes) ne croil pas appartenir à la famille de David Tavan. Cependant il a retrouvé, parmi ses papiers de famille, mention d'un acte par lequel un de ses ancêtres, David Lttnfharrt, docteuc en médecine, cédait en 1648 ses droite de Chàtellenies à l'un des parents de David Tavan.
2. La possession du duché de Mantoue fut, de 1028 à 1051, l'objet d'une guerre entre les deux branches de la famille ducale, les Nevers appuyés par la France, cl les Gunstalla, soutenus par l'Autriche. Elle finit par être assurée aux NeVers pair un Irai lé de 1631.
— isO —
femme qui avail creusé sa fosse, de ses propres mains, n'était pas assez forte pour F y plonger elle-même : lout à coup il revient comme d'un profond sommeil, se met à parcourir les champs, prédisant l'avenir, annonçant le jugement dernier» exhortant à la pénitence tous ceux qu'il rencontrait, accahlant de malédictions ceux qui ne tombaient pas à ses genoux et faisant mille choses bizarres que nous avons apprises de sa propre bouche. Quand la désolation fut à son comble et que les cadavres ne purent plus être ensevelis, il en resta plus de quinze eentssans sépulture, qui répandaient une horrible infection, o Cette notice sur l'église de Digne, que Gassendi dédie en un langage ému, Clero Populoqm Diniensi, débute par une description desa ville {Urbs mm) au xvu siècle, des faubourgs qui font partie de son territoire, des champs voisins et de leurs produits, des montagnes qui la couronnent, des rivières qui forment sa ceinture, de la Blëoue, de ses affluents le Mardarie, le torrent des Eaux-Chaudes qui jaillit du rocher de Saint-Pancrace et dont il se plaît à louer la bienfaisante efficacité, avec un manifeste dessein de propagande, où je me reconnais moi-même : « Il ne faut pas, dit-il, omettre les eaux thermales qu'il importe de faire connaître aux étrangers. Ils sont merveilleux les effets de ces eaux : les paralytiques sont guéris et marchent sans béquilles; ceux dont les articulations malades sont contractées ou recourbées en reviennent tout droits; ceux qui sont atteints de convulsions retrouvent le calme; elles font disparaître les douleurs seiatîques et nerveuses, et toutes celles provenant d'un refroidissement et beaucoup d'autres encore.*.. Toutes ces propriétés sont connues de toute la Provence; on y accourt pendant lout le printemps, Tété et l'automne. » Viennent ensuite d'utiles renseignements sur le climat, le commerce, les foires de Digne, nundinae, et ce pré de foire, pmtum nunêimrum, où se dresse aujourd'hui sa statue. On sait qu'à Rome les foires se tenaient tous les unit jours, d'où le nom de mmihiae donné par Gassendi aux marchés de Digne, quoiqu'ils n'eussent pas la même périodicité.
Diane-les-Bains- Fonds Gassendi ^
La seconde partie de UuVo//^(qua deducuntiïr quaeattinent ad ipsam Eeelesiam) traite des origines religieuses de Digne, de ses premiers prêtres, (Antistites primi a quitus Diniensïs Eeelesia fnndata), des usages, des cérémonies, des biens, des ressources et de. l'administration de l'église de Digne; des édifices religieux, des monastères d'hommes et de femmes; l'histoire du Chapitre y est traité depuis Fan 1180.
Enfin la troisième partie de la Notice, particulièrement intéressante pour les érudits qui se proposeront (récrire l'histoire religieuse de la Provence, contient : 1° rénumération des cinquante et un évoques qui ont gouverné l'église de Digne pendant dix siècles, depuis ses glorieux fondateurs, saint Domnin et saint Vincent* sous le règne de Constantin 1 , jusqu'à et y compris Raphaël de Bologne et Toussaint Forbin\ avec leurs biographies sommaires et l'histoire de leurs pontificats; 2° rénumération des prévôts de l'église de Digne, pendant cinq siècles environ, jusqu'à Gassendi lui-même.
De son prédécesseur Biaise Aussel, il parle sans trop de rancune : « Pacifica, inquit, possessio non fuit, quam etiain denique amisit, placilo, Arreslove Parlementa Aquensis, die decembiis XIX, anno M. D. G. XXXIV. Quid detrimenli ex eo passo Praepositura fuerit, memorare nihil attinet. »
1, On lit dans le Martyrologe d*Adon t cité par Gassendi : « Le même jour on célèbre à Embrun, dans les Gaules, la naissance de saint Marcellin, premier e'véque de cette ville, qui, sur un ordre divin, quitta l'Afrique avec Vincent et Domnin. ses saints compagnons, et convertit à la foi du Christ, par sa parole et par ses miracles, dont l'éclat est venu jusqu'à nous, la plus grande partie des Alpes- Maritimes ». Et plus loin : (( Ses vénérables compagnons qui s'étaient fixés près de l'église de Digne ne se recommandent pas moins par d'éclatants miracles ».
— « Sans parler de l'Eglise de Digne, qui n'a jamais cessé de célébrer la m»' moire de son premier évêque et fondateur, nous trouvons le culte de saint Domnin fortement établi dans quelques autres paroisses du diocèse, notamment à Allons et à Verdaches. » La Semaine Religieuse du diocèse de Digne Riez et Sisteron.
2. Sur Toussaint Forbin, Gassendi écrit : « Le clergé et le peuple sont dans la joie parce qu'ils ont conçu de lui de grandes espérances. Il est d'une haute naissance (descendant des marquis de Jansom, d'un caractère don* et facile,* et capable des plus grandes vertus. Jeune encore, il est cependant vieux pai mœurs. Nons ne doutons pas qu'il ne gouverne l'église avec prudence, bonté. »