‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 19 sur 55 · MMM · texte numérisé non relu

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c'est une chose généralement admise ou tout au moins tenue pour probable. Sans doule, Bazin ne daigna pas réfuter sur ce point le témoignage de Grimarest. Sans doute, Ëudoxc Soulié déclare, avec ses scrupules ordinaires, que, jusqu'à présent, aucune pièce authentique ne vient confirmer ou démentir la tradition relative au maître et aux disciples qu'on lui attribue. Sans doute, Ferdinand Brunetière, qui avait écrit en 1 877 : « Bn seul de ses maîtres, Gassendi, parait avoir eu sur l'élève une influence dont on retrouve quelques traces dans les comédies du poète », a changé d'avis. En 1890, il doute : « Quoi qu'en dise la tradition, on ne saurait prouver que Molière ait jamais entendu ou beaucoup connu Gassendi ». Mais la plupart des moliérisles sont moins sceptiques, et Àuger, et Aimé Martin, et Tasehereau, et Paul Lacroix, et Larroumet 1 , et Loiseleur, et Louis Moland, et Paul Mesnard, et tant d'autres, pour ne pas dire tous les autres, sont moins sceptiques. Pour eux, Molière fut bien l'élève de Gassendi ».

Parmi les ce tant d'autres » que M. Michaut ne nomme pas, les considérant sans doute comme négligeables, il convient cependant de citer Cailhava, membre de l'Institut, qui dit, dans une élude sur Molière publiée en Fan X (1802) : « Ce philosophe (Gassendi), chargé de présider à l'éducation de Chapelle, fils naturel de THuillier, et voulant donner des émules à son élève, admit à ses leçons Dernier, Cyrano, Poquelin ; bientôt il est enchanté de la pénétration de celui-ci, et lui enseigne non seulement la philosophie d'Épieure* mais lui donne aussi les principes de cette philosophie pratique, plus douce, plus utile, et que nous lui verrons mettre en action dans toutes ses pièces ». Citons encore Voltaire (Vie de Molière) : «Gassendi ayant démêlé de bonne heure le génie de Poquelin l'associa aux éludes de Chapelle et de Bêrnier. Jamais plus illustre maître n'eut de plus dignes disciples. Il leur enseigna sa philosophie d'Épicure, qui, quoique aussi

1. Labroumèï. Molière, L'homme cl le Comédien. Revue des Deux Mondes } H octobre 1880, page 810.

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fausse que les autres, avait au moins plus de méthode ei plus de ressemblance que celle de l'École et n'en avait pas la barbarie. »

Si l'opinion de presque tous les ailleurs qui ont disserte sur la vie de Molière ne suffisait pas h nous convaincre, des présomptions tirées de ses œuvres nous apporteraient de nouveaux arguments. C'est encore à M. Mirhaut lui-même que je les veux emprunter, en les résumant :

Dans Les Femmes savantes, Molière fait discuter ses personnages sur l'importance réciproque du corps et de l'esprit :

HIUAMINTE

Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, D'un prix à mériter seulement qu'on y pense?

Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin?

CHRTSALE

Oui, mon corps, c'est moi-même et j'en veux prendre soin. Guenille si l'on veut, ma guenille m'est chère.

BÊLISE

Le corps avec l'esprit font %ure, mon frère ; Mais si vous en croyez tout le monde savant, L'esprit doit sur le corps prendre le pas devant*.

N'y ;i-i-il pas là un éfeho des polémiques de Gassendi H de hesearles? Chrvsale, n'est-ce pas Gassendi revendiquant contre Deseartes les droits de la matière?

Pans le Mariage forcé, par la bouche de Sfarphorius, Molière ne se moque-l-il pas du doute cartésien?

Le masque du Docteur Pancrace ne laisse-l-il pas voir un sectateur d'Arisiote?

Dans le Malade imaginaire, la vertu dormitive de L'opium nYsl-elle pas une raillerie de L'École péripatéticienne?

Peut-être aussi M. Mirhaut aurait-il pu citer la tirade de ^anarelle dans le Don Juan et la rapprocher de la preuve de l'existence de Dieu par les causes finales, telle que Gassendi l'expose dans son Syntagmal

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