I. Sàïnte-Béove, Portraits littéraires, t, II, j>. 1T
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sance, implore le secours des dieux, et par ses supplications, plus encore par ses promesses, cherche à apaiser leur courroux, à gagner leur assistance.
Désolée, ravagée par la peste en 102!*, après avoir en vain recouru à tous les moyens de défense <|ue lui conseillait une science encore bien fragile, la Ville de Digue, profondément religieuse, comme toute la Provence au wn e siècle, tournâmes regards vers la Divinité, d'où pouvait venir le saint. Par l'organe île ses consuls, solennellement, Digne lit le vomi d'aller en procession à pied, chaque citoyen portant un flambeau allumé, à Notre-Dame^le-Giasse, a Cotignac, dans le Var, et d'y faire un don de mille livres.
Des vœux analogues furent faits par d autres villes voisines, que la peste n'avait pas épargnées. Barrèmc s'associa à la promesse de pèlerinage des Dignois, mais non à leur offrande, Forealquiêr fit le vœu de bâtir une église en l'honneur de la Sainte Vierge et d'instituer une communauté religieuse 1 . Riez s'engagea à bâtir une chapelle en Thonneurde Notre- ha me-de- Santé; Valensole promit une procession perpétuelle au jour du 8 décembre.
Deux ans plus tard, la Ville de Manosque avait recours au même moyen de salut. Dirigés par le Père Capucin Louys Davignon, avec I autorisation de l'Évêquede Sisteron, les consuls Jean-Claude Robert escuyer, et Claude Roux, marchand, au nom de la Communauté, dans la Chapelle de Toutes-Ames, peur obtenirdeDieu,parrintercession de la glorieuse Vierge Marie et du bienheureux Saint Joseph, la guérisou du mal contagieux dont la ville était aHligée » firent le vœu de « faire redresser et bastir Téglise appelée de Toutes-Àures, de l'orner de tout ce quy sera nécessaire pour y pouvoir célébrer l'office divin, etc.
Le pèlerinage votif de la Ville -le Digne eut lieu en juin 1652. 11 coula 100 livres en plus des 1000 livres offertes en présent 2 .
1. h*' là l'établissement des Visitandines, dont le couvent devinl le collège dirigé par les Jésuites.
2. Bulletin de la Sndëié svienlifiaue et littéraire ries Busses- \h> ( >s< aiuiée 1925 n* 14fï. '
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En quête de témoignages sur la piété du grand Prévôt de son Eglise, M. l'Abbé Martin écrit : « Gassendi se considérait comme citoyen de la Ville de Digne ; c'est en cette qualité qu'il alla en pèlerinage à Notre-Dame-dé-Grasse pour accomplir le vœu que la Ville de Digne avait fait durant la peste de 1629. A cette époque les pratiques pieuses n'étaient pas regardées comme des superstitions. Personne, pas même ces hommes d'immense savoir dont l'humanité s'enorgueillit à juste litre, ne croyait pouvoir s'en affranchir ».
On ne comprend pas bien comment le voyage dans le Var, en 1055, pouvait avoir pour objet l'accomplissement du von de 1629, que la Ville de Digne avait réalisé en 165"J t et auquel Gassendi n'avait pas d'ailleurs participé. Si le voyage dont il s'agit eût eu le caractère que lui prèle généreusement l'abbé Martin, Gassendi eut dû se mettre en roule, à pied, portant dans ses mains un cierge allumé.
Le P. Bougerel, dans sa Vie de Pierre Gassendi, donne à ce voyage un but moins édifiant, mais plus vraisemblable : « 11 entreprit, dit-il, un petit voyage dont nous avons le détail en deux lettres françaises. Il fui d'abord à Notre-Dame-de-Grâees, maison des prêtres de l'Oratoire, au diocèse de FréjusJ* douze lieues d'Aix, située au haut d'une montagne, au milieu d'un bois; c'était une dévotion très célèbre; on y accourait de toute part; Gassendi s'y rendit et y dit la messe ». Mais le 1\ Bougerel ue fait aucune allusion à l'accomplissement d'un vœu.
« De là, dit-il, Gassendi se rendit au village de Sillans, pour observer une iris continuelle. Il se fit conduire aussitôt à la chute d'eau qui est à deux ou trois portées de mousquet du village, le long d'une vallée qui tire vers le levant. L'eau qui s'y précipite vient du coté du septentrion, et c'est l'eau d'une petite rivière. Le rocher escarpé du haut duquel l'eau tombe vise assez précisément vers le midi: la chute s'y fait par quatre canaux, mais fort proches les uns des autres.... Quand (iassendi arriva, le soleil n'éclairait pas encore la face du rocher..,. D'abord il ne découvrait qu'une légère teinture et confusion de couleurs de l'arc-ext* ciel ; mais quand il fut des-
»ij.
s - Fonds Gassendi
cendu an bas, le soleil éclairant déjà une partie de la face du rocher et une lionne partie da lac, il découvrit une partie d'arc-en-ciel parfaitement bien peinte. »
Le I'. Bougerel poursuit longuement sa description que je n'ai pu lire sans faire revivre en ma mémoire un phénomène quej'ai contemplé dans le département de l'Ain, la nuit, sous la pâle lumière de la lune : un arc-en-ciel irès net, appuyant ses colonnes sur les rochers d'où s'échappe l'Albarine,dans.une chute torrentielle.
Gassendi poursuit sou TO yage et visite tout ce qui peu! intéresser son universelle science : à Fréjus, les antiquités romaines, les aqueducs, les restes d'un amphithéâtre; à Cannes, il s'embarque pour les îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat ; il revient à Grasse d'où il peut voir au lever .lu soleil les lignes lointaines ri confuses de la Corse. Puis il prend la route de Cuslellane, pour rentrer à Digne. La source intermittente île Colmars retient son attention; il calcule la durée des arrêts et des retours de l'eau: il les compare à ses jmlsalions; il eu prend noie pour la rédaction de sa physique.
Arrivé à Caslellane, il court à la fontaine salée et la déguste; tout pies il Monte aussi l'eau de la fontaine de Muriez; à celleci. il donne la préférence pour la quantité de sel qu'elle contient; la même comparaison avec celle' de Tartonne donne le même résultat.
Il rentre à Digne an mois d'août pour de nouvelles observations.