A PARIS, CHEZ MONTMOR (AU MARAIS
Au mois de mai 1053, après y avoir séjourné cinq années, Gassendi quittait, pour n'y plus revenir, son cher pays do Alpes, où le riant soleil et l'atmosphère balsamique semblaient lui avoir rendu quelque force.
Son ami Luillier 1 , chez qui il avait coutume de descendre à Paris, étant décédé durant un voyage eu Italie, à Pise, au mois
1. Gassendi prodigue à Luillier les éjiithètes landatires : riro illustri, Frmiciaca LuiUerio, rationum magistro httegenimo^ amico longe &ptimo, amicontm suavissimo.
ÉÊm
© Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi
de janvier 105^2, Gassendi accepta l'hospitalité que lui offrait, par l'intermédiaire de Chapelle, le comte Henri-Louis Habert, seigneur de Monlmor, maître des requêtes, philosophe el poète de langue latine, ami de la science et des savants.
L'Hôtel de Montmor était dans In rue du Temple, nu Marais, le quartier aristocratique d'alors. Témoins silencieux de là vie d'autrefois, de l'élégance et des plaisirs de eux « qui ont connu le bonheur de vivre' », de nombreux hôtels y restent debout, aujourd'hui occupés par le commerce ou l'industrie. (Hôtels Beauvillers, Gaumarlin, Fouquet, La Trémoïlle).
A la recherche de l'hôtel «le Montmor. depuis l'emplacement ou s'élevait la Tour des Templiers, démolie sans égards pour les plus tragiques souvenirs de notre histoire, jusqu'à son aboutissement sur la rue de Rivoli, j'ai exploré pieusement la rue du Temple.
Sur ces demeures de la vieille aristocratie, pas d'inscriptions commémoratives; .1rs murs maculés par des enseignes et des nfliches commerciales. Seule, au numéro 17. une plaque de marbre rappelle qu'à celte [.lace se trouvait l'entrée de l'hôtel du Connétable Bertrand Duguesclio.
J'arrive à la hauteur de la rue de Braque. C'est en lace de celle rue. nu numéro 7!» de la rue du Temple, que j'ai retrouvé l'hôtel de Monlmor, qui fui plus tard l'hôtel de Rochechouarl, puis l'hôtel de Montholon, à la veille de la Révolution.
Déchue de son ancienne noblesse, la maison appartient depuis quelques années à un fabricant d'oeillets métalliques. Elle est occupée par divers commerçants et par un bureau des contributions indirectes. Malgré si démocratique métamorphose, elle a grand air, avec sa façade d'un goûl simple et sévère, ses grands escaliers, ses vastes cours et sa large entrée, au fronton de laquelle se trouve sculptée une tête de femme, ciliée d'un casque, encadrée de feuilles d'olivier, une Minerve, sans doute, symbolisant la sagesse des comtes de Monlmor. Sunt lacrimae rerum!