‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 5 sur 55 · I. L'ancien prieur*- dunîsien de St-Pierre d'Albéra àthoàrd · texte numérisé non relu

I. L'ancien prieur*- dunîsien de St-Pierre d'Albéra àthoàrd

endi

contreforts du Siron qui élève sa pointe effilée au-dessus de Thoard ; au loin vers le Sud Est, au-dessus de Digne, la haute montagne du Cousson couronnée parles ruines de la chapelle Saint-Michel. Dans la vallée serpente, rieuse et limpide, la lïléonc, à travers ses îlots et ses isoles, ou croissent dans la pierre et le sable de maigres arbustes. IMus loin, fermant l'horizon, c'est le pic du Couar et la barre des Dourbes qui dresse la masse imposante de ses rochers jusqu'au dôme d'azur d'un ciel toujours pur, comme la limite du monde habité, moenia mundi, ou le mur mitoyen de Sa Majesté l'Infini ; un aigle venu des Trois Évèchés 1 , chassant l'air de ses ailes puissantes, traverse le ciel et va se perdre dans l'au-delà : toute cette vision de poésie, f|ui fait entendre a l'âme un langage mystérieux, semble faite pour éveiller une jeune imagination curieuse de l'inconnu; elle s'offrit grandiose et mélancolique aux premières méditations du jeune Pierre Gassend. Son regard d'enfant embrassait l'espace, et si lointain qu'en fût le terme pour ses yeux, son imagination retendait plus loin, toujours plus loin, sans jamais s'arrêter, et l'infini dans l'espace l'aidait à concevoir l'infini dans le temps, l'âge de Dieu, l'éternité.

GASSENDULUS — A TmEMS ÛNGDWULIS LES PREMIÈRES ÉTUDES — LA CHAIRE DE RHÉTORIQUE

Le 14 novembre 1655, prononçant l'oraison funèbre de son prédécesseur, en l'église cathédrale de Digne, le chanoine Nicolas Taxi! célébrait la naissance de Gassendi en ces termes pompeux : ce Ce célèbre enfantement fut annoncé au monde pjr de nouveaux éclats de lumière: les astres paraissaient dans la nuit de celte merveilleuse naissance, environnés de leurs plus beaux rayons, comme pour rendre hommage à Celui qui doit

I. Le sommet des Trois Évechés se trouvait au point de contact ttes évêclié d'Embrun, de Digne et de Séné/.

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rire le fidèle; observateur de leur cours et de leur nature. 11 paraît sur la terre; le ciel eu même temps étale ses beautés ».

Dépouillée de tous ces artifices, la vérité est plus simple : aucune étoile ue s'est soustraite aux lois étemelles de la gravitation pour conduire les mages ou les bergers au berceau de Gassendi. Im autre de ses panégyristes, M. l'abbé Martin» aumônier du collège de Digne, mérite plus de créance quand il dit : « Aucun de ces signes mvstérieux^qui annoncent parfois les destinées d'un grand homme n'apparut autour de son berceau,... Comme la plupart de ses jeunes camarades, il devait passer sa vie dans les travaux paisibles dos eliamps. Ses parents ne se distinguaient des autres habitants de la campagne que par la douceur de leurs mœurs et leur solide piété ».

Élevé par dé tels parents, et par sou oncle Fabry, curé de Qiamplercier, ses premières paroles sont adressées à Dieu, les mains jointes, les yeux levés vers le ciel : « Notre père; qui êtes aux cieux ... ».

Mais laissons de coté la légende des premières années, le petit docteur, le petit astronome, lisant les secrets du ciel dans le livre étoile du Bon Dieu; les sermons débiles par la fenêtre aux passants étonnés, par un enfant de quatre ans, juché sur un escabeau, et les précocités où la fantaisie lient une trop large place.

Après une année passée chez un prêtre de liiez, ami du curé Fabry, voici Gassendi au collège de Digne, où ses maîtres 1 ni enseignent le latin et rappellent Gcmendulus.

Gassendus, Gassendulus; à défaut de l'acte de naissance, voilà des désinenees d'où résulterait suffisamment que « Nostre Pierre », comme disaient ses compatriotes, ne s'est appelé Gassendi que par l'adoption du génitif qui suivait ou précédait l'intitulé de ses ouvrages : Pétri Gomendi synlagma phihtophicim; — Pefro Gassendi Mmelanm; — Pétri Gassendi disquisitio metaphysica adversus Cartewwmm, etc....

lu fait de son enfance mérite cependant d'être retenu.

© Diane-les-Bains - Fonds Gassendi

Antoine Capissnchi, de Bologne 1 , le premier des trois évoques de celle famille et de ce nom qui se succédèrent au siège de Digne, vient faire à Champjtercier sa visite pastorale.

C'est un jour de fête en ce temps de foi et de piété; les cloches carillonnent à toute volée; le curé chante le répons : Ecce sacerdos magrvm; tout !e village endimanché et débarbouillé accourt à la rencontre du prélat; en tète, sous sa veste de berger, Gassendi, âgé de dix ans, adresse à Monseigneur une harangue latine qu'il a lui-même composée. L'évêque charmé piédil qu'ut» jour « cet enfant sera la merveille de son siècle et qu'il causera de l'admiration aux savants avant d'être arrivé à l'âge mur ».

Ses humanités terminées au collège de Digue, où i! n'a plus rien à apprendre, il va, en 1009, étudier la philosophie a Aix, sous le Père Philibert Fésaye, Carme réputé, qui se plaîi à dire : « Je ne sais s'il est mon escholier ou mon maître »,

A l'âge de seize ans, il obtient au concours, à la dispute, comme on disait alors, la Chaire de rhétorique au collège de Digne.

Souvent il va méditer près de ses chers parents et de ses amis d'enfance, à Champtercier où, pour lui, « chaque arbre a son histoire et chaque pierre un nom ».. 11 se plaît à lire, à penser, à rêver dans la paix profonde de son village.

ce Son premier vol fut dans Digne, dit Nicolas Taxil\ oîi, poursuivant ses estudes par le seul effort de son génie, il fit part, à plusieurs jeunes hommes qui vivent encore (1655) avec éclat dans cette ville, des lumières qu'il avait apportées de sa solitude, lis admirent encore sa facilité aies instruire, sa docilité à les corriger et sa constance à passer ordinairement les nuits à la lecture des bons livres. »

i. Originaire de Uologne, mais né à Barcelonnette, au hameau du Plan: if mourut à Tanaron, bourg qui dépendait du domuinc àe l'Évêché. — La vallée de Barcelon nette ne fut définitivement unie à ta France qu'en 1715.

% Oraison funèbre.

DE LA THÉOLOGIE A LA THÉOLOGALE SIX ANS D'ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE A AIX

LE CANoMCAT, LA PRÊTRISE L'ÀSTftONOEIE CONTRE L'ASTROLOGIE — LE CïRON

I/année suivante, Gassendi quille sa chaire pour suivre à Aix le cours de théologie du professeur Raphaélis ; il étudie l'Écriture Sainte, la langue grecque ei l'hébreu'; la somme théologique de saint Thomas est son livre de chevet, non pour se plier à la doctrine du Docteur Angélique, mais pour y trouver matière à ses méditations 1 .

En 1612, ayant achevé ses études, il est appelé au principalat du Collège de Digne qui sous sa direction connaît une ère de prospérité, pemlanl trois ans environ, jusqu'à son remplacement en 1615 par Michel Olivier.

En 1014, après avoir reçu de Jacques Martin, évoque de Senez, les quatre ordres mineurs et Je sous-diaconat, il prend a Avignon le bonnet de Docteur; il obtient la ehanoinie théologale de l'église de Forc^lquiei*, c'est-à-dire la dignité donl est révêtu dans le chapitre celui de ses membres qui a la charge de prêcher au peuple et d'enseigner à ses confrères les chanoines l'Écriture Sainte et la théologie.

Gassendi paraît n'avoir fait qu* un 1res court séjour à Forcabprier, où il recul l'hospitalité de M. d'Arnaud, lieutenant général de la sénéchaussée, dans sa maison de la place Saint- Michel. 11 abandonna bientôt la théologale de Forcalquier pour une prébende « plus grasse » avec celle de Digne, vacante par le décès du Chanoine Jehan Àraby, ancien curé des Mées. Le canonteat théologal lui a été attribué par une délibération

1. Saint Thomas y donne une interprétation chrétienne de la philosophie cTàristote, par laquelle il lui attribue les doctrines auxquelles ses contemporains tenaient te plu*, niais qu'on trouve le moins chez l'Aristote authentique, ta création, la Providence et l'immortalité de l'aine.

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eapitulaire du 1 er septembre itfli; il lui est contesté par un abbé de Cour, Etienne de Bologne, chapelain de Louis XIII, qui s'est l'ail délivrer par le Roi le brevet de théologal de Digne 1 ,

h* 1 là un procès devant le Conseil Royal, el voilà Gassendi» pour la défense de ses droits, une première lois à Paris, d'où il revient avec gain de cause.

Le P. Bougerai, dans sa Vie de Pierre Gassendi, ne l'ail mention ni de la contestation d'Etienne de Bologne, ni du premier voyage à Paris, de ses causes, de ses suites. J'en trouve le récit dans V Histoire de Gassendi par l'abbé Martin, qui lui-même l'avait emprunté à La Poterie (dossier de Grenoble) : « La théologale de Digne lui paraissait assurée, dit l'abbé Martin, lorsqu'on vint lui en disputer la possession, Pélissier, de Bologne, homme bien placé en Cour, chapelain ordinaire du roi, voulut profiter du joyeux avènement du roi de France à la couronne, pour se faire délivrer un brevet de théologal de Digne, Gassendi soutenu par le Chapitre ne céda pas le terrain, L'affaire fut portée devant le Conseil Royal de Paris; il alla soutenir ses droits..., il avait pour lui sa profonde science et son mérite éminenL Quand ses jnges le virent, l'entendirent el le comparèrent à son adversaire, leur choix fut bientôt fixé. Parmi les arguments dont se servit l'avocat de Gassendi, il en est un assez curieux : nous le donnons tel que le rapporte Antoine de La Poterie, dans son récit plein des charmes de la naïveté,

« Entre toutes les raisons de son avocat, écrit La Poterie, je me souviens que celle-ci en fut une, que ledit Pélissier, ayant voulu monter en chaire, dans L'église de Digne, n'avait pu achever son discours, à cause de sou ignorance, et qu'il était demeuré tout court à Y Ave Maria, à sa confusion et à ta risée de tout le monde, el qu'il n'était point capable de ce

1. C'cinii le frère deTifêqoe de Digne, Cet afcfcé s'appelait Etimm Copissttcbi de Botegne, rignore «Fou lui vient te nom de Pélissier que lui donne Panne" Martin, après La Poterie. Voir la biographie d'Antoine de Bologne par Gassendi, dans >;i JSoticc sur l'Eglise de Digne,

canonicat qui requérait un bon prédicateur, tel qu'on avait déjà reconnu celui pour qui il plaidait, »

Gassendi est chanoine théologal, à l'âge de vingt-deux ans, sans avoir encore la prêtrise que le canonicat ne suppose pas nécessairement '. G est après son retour en Provence qu'il est ordonné prêtre par Torrîcella, évoque de Marseille. Il célèbre a Aix sa première messe dans l'église des Pères de l'Oratoire.

À l'Université de cette ville, les Chaires de philosophie el de théologie sont vacantes; il les emporte l'une et l'autre à la dispute, c'est-à-dire au concours; il cède la théologie à son ancien maître le P. Fésaye et garde pour lui la philosophie.

Dans cctLe noble cité où vivaient cote a côte l'aristocratie, lis sciences et les lettres provençales, les cours professés par ce jeune homme de 24 ans obtinrent le plus grand succès et lui valurent d'illustres amitiés, celle de Claude-Nicolas Fabry de Peyrese, Conseiller au Parlement, et celle de Joseph Gaultier (Josephus (iualterius)-, prieur de La Valette, Grand Vicaire de l'Archevêque. Le premier était le Mécène de la Provence; le second, savant universel, avait étudié les mathématiques, l'astronomie, la théologie, la jurisprudence, la médecine, et avait conquis une place enviée dans chacune de ces sciences,

Le prieur de la Valette l'exhorta à s'appliquer aux'mathématiques « qui sont, disait-il, la plus belle partie de la philosophie », et il ajoutait avec quelque raison : te la plus certaine », Ainsi que les anciens, les contemporains de Gassendi considéraient la philosophie comme la science de toutes les choses que l'homme peut savoir.

Dès ses plus jeunes années, Gassendi avait manifesté son goût pour l'observation du ciel. Avec l'aide de ses nouveaux amis, il s'adonna à l'étude de l'astronomie. Quelle est la raison d'être de ces astres sans nombre piqués au firmament? Que disenl-ils aux hommes en leur muet langage? L'art de prédire l'avenir d'après leur inspection et de lire dans leurs rayons le

Î. L'ordre requis [tour un canonicat dans l'église de Digne était le sous-diaconat, (Archives des Basses-Alpes.)

© ninnfl-Ifls-Bains - Fonds Gassendi

secret de ce qui n'existe pas encore semblait alors être le complément el comme le corollaire de l'astronomie. Curieux de tout savoir, Gassendi n'avait pas voulu négliger l'élude de cette chimérique science ; mais il l'abandonna bien vite aprèfc que sa saine raison eu eut reconnu la vanité. Dans une lettre à l'astrologue J.-B. Mérin, il dit qu'il demande pardon a Dieu de n'avoir perdu que trop de temps à l'astrologie ei il ajoute ; « J'ai toujours eu pitié de moi-même, de ce qu'en ma jeunesse j'avais été assez sot et assez fou d'v ajouter quelque foi ».

Aucune recherche scientifique ne le laisse indifférent; il étudie la circulation du sang; il fait appel a fanatomie pour surprendre dans les phénomènes biologiques les secrets delà nature*

Le microscope lui vient en aide pour l'étude des infiniment petits : « BL Gassendi, raconte Dernier, nous a fait la desefiption d'un ciron. Il découvrit, par le moyen du microscope, que ce petit animal, que nos yeux n'aperçoivent que comme un point indivisible, a non seulement dans le devant un petit museau, avec une espèce de trompe pour percer la peau et sucer le sang, mais qu'il a encore dans le derrière un petit trou par où il le vit rejeter des excréments 1 .

Le Ciron était alors le type des animalcules, invisibles à l'œil nu.

Les infiniment petits du règne animal n'avaient pas encore reçu, du chirurgien Sédillol, ce nom de microbe qui a fait une rapide fortune, en dépit d'une élymologie contestable, {tixsdc fito; = dont la vie est courte. Il se trouve que les plus petits, parmi les êtres organisés, sont ceux qui paraissent avoir la vie la plus résistante et la plus longue.

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