‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 7 sur 55 · LE SECOND VOYAGE A PABIS — CHEZ FRANÇOIS LUILLIER · texte numérisé non relu

LE SECOND VOYAGE A PABIS — CHEZ FRANÇOIS LUILLIER

Si les Exercitationes pamdoxicae furent jugées sévèrementl par les partisans de renseignement établi, elles furent encouragées et accueillies avec une faveur enthousiaste par les esprits indépendants, las du joug de l'école,

Parmi les détracteurs de Gassendi, il ne fallait pas compter le Cardinal Barberini, vicé-légat du Pape a Avignon, qui conféra, en 1626, à notre philosophe une huile de provision pour la prévôté de Digne. On entendaii par bulle de provision celle dont l'objet était de pourvoir à lui bénéfice,

Les fonctions du prévôt étaient analogues a celles des doyens dans les autres «parties de la France: il convoquait Je Chapitre dont il était le premier dignitaire; il y avait, double voix en sa double qualité de chanoine cl de prévôt, quoique celle prérogative ait élé contestée par les évêques et par les chant unes eux-mêmes.

Les prévois pouvaient être élus par les chanoines; ils pouvaient aussi être imposés par nue huile, comme il advint pour fiassendi. C'est par erreur que la plupart de ses biographes, notamment le P. Bougerai et l'abbé Martin, attribuent sa nomination à une délibération capîlulairc.

Le précédent « praepùsitus Diniemh Ecclenae » était messire Biaise àusset, neveu, pupille et rèmjnataire du prévôt Biaise Brunel. La déchéance d'Ausset avait été prononcée pour le motif qu'il avait négligé de se faire graduer en ihéologie dans Tannée qui suivit sa réception.

Lorsque Gassendi voulut prendre possession de la prévôté, son rival se pourvut devant le Parlement d'Aix; mais Gassendi l'ut maintenu dans la jouissance de sa charge par arrêt du 22 mars 1627.

Cependant le même jour il passait avec sou compétiteur un

ssendi

traité par lequel il lui accordait 500 livres de pension et l'usage de la maison prévôtale jusqu'à sa mort. Ce traité ne fui exécuté que [dus tard, parce que Biaise Àusset, s'étant ravisé, fît opposition à l'arrêt du Parlement. Une longue procédure s'ensuivit, durant laquelle le Chapitre manifesta des dispositions peu bienveillantes à l'égard du nouveau prévôt ei ajourna sa réception jusqu'au rejet de l'opposition.

Cet exposé s'accorde mal avec les nombreuses biographies consacrées a notre prévôt; mais il est confirmé par le témoignage île Gassendi lui-même, par plusieurs pièces relevées aux Archives des Basses-Alpes et par le» recherches du savant archiviste M. Emile Isnard qui a minutieusement exploré le fond du Chapitre de Digne.

Il paraît (railleurs que l'hostilité des chanoines fut partagée par les bourgeois de la ville qui se livrèrent à un charivari, ou tapage injurieux, « avec tous les bassins de l'Église » et qui, sous la direction de messireJean Arnoux, parent de Biaise Âussel, démolirent un mur de la maison où habitait le philosophe 1 dont la gloire devait bientôt se répandre sur leur cité,. Ct dissiper, comme un nuage passager, leurs basses préventions.

Le succès qu'avaient eu les Exercitationes, les critiques aulaut que les éloges dont son livre était l'objet décidèrent Gassendi à prendre de nouveau le coche pour Paris, où sa réputation l'avait précédé- Ce voyage d'ailleurs n'était pas sans rapport avec les intérêts du Chapitre, puisque Gassendi présente à ses collègues un compte des frais qu'il lui a coûtés : a J'ai demeuré a Paris, écrit- il, depuis le 15 octobre 1624, jusqu'au l T avril 1625, qui font en tout 168 jour et, parce que ma despence et celle de mon vallet a bien esté à raison de quarante-cinq sols par jour, attendu que j'y ai entièrement frippé deux soutanes, un long manteau, trois ou quatre paires de bas, cinq ou six paires de souliers. Après ces trottes et courses qu'il a fallu faire à Paris, durant tout l'hiver, ce que je

1. Thèse «le M. Emile Isnard, archiviste, devant le jnry de flicole des Charte?, soutenue le 13 janvier 1010 : Essai historiaue sur le Chapitre de Digne,

n'eusse point l'ait si je fusse demeuré en repos chez moy. C'est la somme de trois cent soixante dix-huit livres'. » Le procès avait clé transféré de Grenoble à Paris pour règlement déjuges. p e nouveau séj ■ à lVis alors que grandissait sa renommée, l'aménité de son caractère, la modestie avec laquelle il écoutait toutes les objections, lui valurent de nouvelles et illustres relations. Il se lia particulièrement avec François Luiliier', maître des Comptes, Conseiller au Parlement de Metz, dont il accepta l'hospitalité, et par lui avec Balzac, avec Saumai.se, avec Chapelain, avec le Père Mersenne, religieux minime, avec les nombreux savants ou lettrés dont son hôte cultivait l'amitié, il nouait aussi des relations épislolaires avec les savants des pays étrangers; il leur écrivait pour solliciter leur amitié ri leur foire part de ses travaux.

\A PRÉVOTÉ

Gassendi n'avait |<u prendre possession de sa prévôté qu'après une procédure de sept années cl I,. rejet définitif par le Parlement d'Aix, en 1054, de l'opposition faite par son prédécesseur Illaise Ausset à un précédent arrêt du -2*2 mars 1627. Us chanoines s'étant inclinés devant la chose jugée, son installation eut lieu, la veille de Noël, à la messe de minuit,

Les biens el les revenus de la Prévôt,' s ■minières, avec

documents à l'appui, par M. Emile Isnard dans son Estai historique sur le Chapitre de Digne*, le domaine proprement dit afférent à cette dignité consistait en maisons el en terres, qui presque toulcs étaient situées dans les environs du Bourg ou sur le territoire de Marcoux, lief prévôtal.

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