PIERRE GRINGORE. I
Les Heures deNostre Dame sont un livre de luxe, imprimé en beaux caractères gothiques, orné de rubriques et de douze grandes planches gravées sur bois, sans parler de quatre autres figures plus petites. Parmi les douze grandes compositions, il s'en trouve une, au f. 66 r", dont le sujet est des plus singuliers. Au premier abord, on croit y reconnaître une scène de la Passion, mais les costumes dont sont revêtus les personnages ne ressemblent en rien aux costumes traditionnels. Celui qvii est censé représenter le Christ porte une longue robe et un bonnet carré; quant aux bourreaux qui l'entourent, ce sont tous des acteurs grotesques. On remarque, d'un côté, un fou, qui tient un marteau, un bossu qui présente un roseau, un sauvage qui agite un fouet, puis, derrière, une sorte de polichinelle ou de pierrot, coiffé d'un long chapeau pointu, etc. ; de l'autre côté, apparaissent une femme bizarrement coiffée, enfin trois autres personnages. Nous donnons du reste une exacte reproduction de cette gravure '.
Les Heures de Nostre Dame eurent un grand succès ; une année suffit presque pour que l'édition en fût épuisée. Gringore voulut alors les faire réimprimer et, comme le premier privilège qu'il avait obtenu, à la date du 10 octobre 1525, n'était valable que pour trois ans, il en sollicita un nouveau de la faveur royale. Il semblait que sa demande ne pût manquer d'être accueillie et que la rigueur dont François I" fit preuve plus d'une fois envers les imprimeurs ne dût pas atteindre un livre qui était avant tout un ouvrage de dévotion. Un poète qui chantait les louanges de la Vierge ne pouvait être soupçonné d'être partisan de la réforme. Cependant Gringore rencontra des diffi-
I. M. Bernard {^Geofroy Tory peintre et graveur; Paris, 186). in-8, 242- 245) a cru que le monogramme GS, surmonte de la double croix de lorraine