CHAPITRE SECOND
Si Julien se dispose à exécuter une copie en marbre quelques mois ayant le Salon, c'est que son envoi se trouvait déjà prôt. Au salon de 1781, nous le voyons représenté par deux figures en marbre et plusieurs esquisses :
Figure d'Erigone, en marbre de deux pieds de proportion. Elle appartient à M. de Duplaa, président à mortier du parlement de Pau en Béarn;
Tête de vestale, en marbre de grandeur nature, appartient à M. ••* (ce marbre a fait partie du cabinet du comte de Vaudreuil, grand fauconnier de France);
Plusieurs esquisses sous le même numéro.
Julien commence à être recherché par les amateurs. Le président Hocquart, le baron de Juys, le comte de Vandreuil, lui commandent des travaux. Ses protecteurs, le duc de Nivernais, M. de Buffon, le cardinal de Bernis, doivent aussi posséder quelques-unes de ses œuvres.
Voyons si la critique lui est aussi favorable qu'à sa première apparition au Salon. Il est vrai que son envoi est des plus modestes.
Diderot, dans son Salon de 1781, n'adresse que des blâmes à notre artiste. La Figure d'Erigone est « sans expression, mal dessinée ; le corps est ce qu'il y a de moins mal. » Pour la Tête de Vestale, « les touches y sont dures et sèches, point de noblesse. »
L'art de Julien, fait de grâces pures, d'une antiquité mieux connue, ne pouvait convenir à Diderot qui ne s'est jamais prononcé d'une manière bien explicite sur son type idéal de beauté. « Est-ce la Vénus de Médicis, l'Apollon du Belvédère, ou ce modèle du milieu du xviii* siècle, où le sentiment de la beauté antique, encore mal épuré, cherche à se confondre avec une coquetterie toute française. Il est vrai que Diderot défend la Vénus de Médicis que certains artistes ne trouvaient pas assez provocante, expression qui caractérise bien le genre de beauté mis à la mode par Watteau et Boucher. » Ainsi s'exprime Bougot, dans ses Essais sur la critique d'art.
Le Continuateur de Bachaumont (1) est plus encourageant.
(1) Tome XIX, p. 316.
« La figure d^Érigonede M. Julien est d'une grande expression et le marbre d'une blancheur parfaite. Sa Tête de Vestale exprime plus le chagrin que le recueillement, on la jugerait moins une prêtresse de Tantiquité qu'une recluse de nos jours dont une tristesse sombre n*est que trop le fréquent attribut, du reste le faire en est superbe ! »
Panard au Salon est élogieux pour Érigone : « Belles proportions, contours agréables et voluptueux, détails gracieux, chairs d'un moelleux achevé, attitude vraie et attrayante, sagesse et facilité de dessin, dont l'exécution aisée paraît n'avoir rien coûté au ciseau de l'artiste. »
Ces figures durent aller dans les collections particulières de leurs propriétaires. Chez le comte de Vandreuil, au milieu de mille curiosités, on voyait des copies de l'antique, des figures moderne de Julien, de Boizot, de Clodion.
A peine deux années se sont-elles écoulées depuis l'entrée de Julien à l'Académie, que le 8 décembre 1781, il est nommé professeur-adjoint, avec Berruer, Ménageot et Suvée (1).
Du mois de février 1781 au mois de septembre 1782, Julien ne prend aucune part aux délibérations de l'Académie. Il se trouvait à Lyon, comme nous l'apprend un des comptes rendus :
« Aujourd'hui 26 janvier 1782, M. Julien, sculpteur et adjoint à Professeur et présentement à Lyon, ayant fait demander que la Diane antique soit déposée chez M. de Joux, académicien, pour en faire une copie pour lui, l'Académie accorde la dite demande. » Cette copie était probablement destinée au président Hocquart ou au baron de Juys.
A ce moment de son existence, Julien en a fini avec les pénibles débuts de sa carrière artistique. Son talent s'est développé, la critique lui a été favorable, il vient d'être nommé adjoint à Professeur; nous allons voir sa réputation officiellement consacrée par la commande de la statue d'un des grands hommes. Avec le La Fontaine, Julien arrive au complet développement de ses qualités artistiques.
(1) Procàs-verOaux de C Académie, etc.