‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 15 sur 66 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Salon de 1783 et 1785 : La Fontaine, Ganymède. Concours aérostatique.

Une lettre, en date du 12 mai 1782 (1), adressée par M. d'Angivilliers à M. Pierre, désigne Pajou, Caffléri, Bridan et Julien pour exécuter les quatre statues des Grands Hommes du Salon de 1783. Dans cette lettre M. Le Directeur général rappelle à M. Pierre le projet d'engager les artistes chargés de l'exécution des statues, d'en faire un petit modèle de 15 à 18 pouces pour pouvoir être exécuté en porcelaine à la manufacture (Je Sèvres. On propose de donner de 600 à î ,000 livres pour payer ce surcroît de besogne.

Comme les autres artistes choisis avec lui, Julien s'engageait à présenter au Salon de 1783 le modèle de la statue commandée, et deux ans après la même œuvre en marbre de dix pieds de proportion, moyennant 10,000 livres d'indemnité. Léger bénéfice, mais ces travaux n'en étaient pas moins recherchés parce qu'ils mettaient en vue leur auteur.

Julien rentre à Paris, pour travailler à son modèle du La Fontaine. Nous le voyons prendre part aux séances de l'Académie, en décembre 1782, mars, juin, juillet, août 1783.

Le 25 août, jour habituel de Touverture du Salon, est arrivé. Sur le livret nous relevons l'envoi de Julien : La Fontaine (avec cette notice) «t La Fontaine travaillait partout où il se trouvait. Un jour la duchesse de Bouillon, allant à Versailles le vit le matin rêvant sous un arbre, elle l'y retrouva le même soir au même endroit et dans la même attitude. L'artiste crut devoir saisir ce moment. »

(1) Arch. Nat. O^ 1214. Table do registre des Renvois et décisions.

— modèle de six pieds de proportion : cette figure doit être exécutée en marbre pour le roi. »

— Un berger tirant un serpent. — Figure en plâtre, grandeur nature.

— Un jeune Camille. — Tête en marbre.

— Les Nymphes coupant les ailes à l'amour.

A cette même exposition se trouvaient le Turenne de Pajou, le Molière de Caffléri, le Vauban de Bridan. Voyons la critique :

Le Mercure (1) dit que « le La Fontaine, grand modèle en plâtre par Julien, est parfait. On retrouve le bonhomme tout entier dans cette figure si ingénue, si franche, si aimable. »

Le Continuateur de Bachaumont(2) apprécie successivement les quatre envois pour les statues des Grands Hommes de France. Il donne la palme à Julien. « M. Psgou a représenté Turenne semblant dans l'intention de défendre la couronne de France. On trouve indécent de faire ainsi dépendre d'un seul homme le sort d'une nation entière. Pose fière, vêtement d'un rendu fini. » — Bridan pour Vauban ne reçoit ni critique ni éloge. — « Caffléry dans son Molière, statue outrée entièrement à refaire ; au lieu d'un énergumène l'artiste aurait dû représenter le comédien au sourire fin et malin. »

« Julien. — Les connaisseurs s'accordent assez à regarder l'auteur du La Fontaine la quatrième et dernière statue qui devait paraître cette année, comme celui qui a le mieux réussi. C'est un chef-d'œuvre pour l'expression. « La Fontaine travaillait parce tout.... » M. Julien nous avertit que c'est ce moment qu'il a choisi. Le bonhomme, ainsi que Boileau et Racine appelaient La Fontaine, est rendu ici dans toute sa vérité. Il a cette immobilité, cette végétation insensible du fablier qui, suivant la comparaison de Mad. de la Fayette, produisait des fables comme un pommier produit des pommes. Les accessoires sont charmants. Le Renard le regarde et semble s'étonner de la simplicité de celui qui l'a si bien peint et mis si finement en scène. Autour du socle de la statue sont en bas-relief les fables principales de cet auteur. » L'impartialité au Sallon dédiée à Messieurs les critiques

(1) N* de septembre 1783, p. 122.

(2) T. XXIV, 3« lettre, 26 septembro 1783.

Page 1