CHAPITRE TROISIÈME
présents et à venir dit que « le Public n'a pas voulu reconnaître Molière dans la figure de M. Caffléri.
« Il a plus accueilli La Fontaine par M. Julien, il croit y retrouver la bonhommie Finsouciance et la simplicité de cet inimitable Fabuliste. Le sculpteur, par la tête du jeune Camille que Ton voit de lui au Sallon, ne laisse pas douter que l'exécution en marbre ne devienne très brillante et n'achève de mettre le dernier sceau à sa réputation. »
Les éloges sont donc unanimes et d'ailleurs bien mérités. Mais poursuivons et attendons Texécution en marbre pour juger l'œuvre.
Ici vient se placer un concours assez original ouvert à tous les sculpteurs membres de l'Académie, concours qui ne reçut pas d'exécution. Il s'agissait d'un monument à élever aux Tuileries pour perpétuer le souvenir de la première expérience aérostatique faite à Paris en 1784. L'enthousiasme fut général en France à la suite de cette première tentative. La Direction générale décida l'érection d'un monument à Tendroit môme où le ballon s'était élevé. Tous les sculpteurs de l'Académie furent invités à ce concours et presque tous y répondirent (1).
Le 4 avril 1785, Pierre demandait des ordres au Directeur général « au siyet des modèles, fallait-il les exposer au Salon ? devaiton les payer? »
Il ftit répondu « qu'on ne les avait pas trouvés assez beaux pour être soumis au jugement public. » — Le monument ne fut pas exécuté et le projet tomba dans l'oubli.
Julien relégua son esquisse dans un coin de son atelier ; nous la retrouverons mentionnée dans V Inventaire après décès.
Ces projets furent-ils payés? Certains du moins, ceux de Pajou et de trois autres sculpteurs (2).
(1) Le 4 mars 1784, PaJou informa le Directeur général qu'il a terminé les dessins et les modèles du monument. Julien, Gois annoncent aussi avoir terminé ce qu'ils ont imaginé en vertu de Tordre qu'ils ont reçu. Ensuite viennent des avis semblables de Mouchy, le Comte, Berruer, Houdon, P. Huez. — Arch. Nat. G 1225.
(2) Lettre du Directeur général adressée à M . PaJou : « 29 mars 1786, ... Je fais cesser avec plaisir l'inquiétude que vous me marquez sur ce que vous avez à espérer de vos Etudes d'un monument relatif à l'expérience aérostatique en décembre 1783, en vous annonçant qnej'y attribue un honoraire de 1,600 livres. Je désire en conséquence
Une lettre (1) du 20 juin 1784 adressée par Julien à M. d'Angivillers pour lui demander du marbre, nous apprend que l'artiste va se mettre à l'exécution du La Fontaine (2). Il se met au travail avec ardeur, une année à peine le sépare de l'ouverture du Salon. — Entre temps, notre artiste est nommé membre de la commission chargée de Texamen des envois de Rome. « M. Gois, professeur, M.Julien, adjoint, M. Loir, conseiller et MM. les secrétaires examineront demain 30 janvier à onze heures dans les salles de l'Académie les ouvrages de l'Académie de Rome. » Le 5 février a lieu la lecture du rapport.
L'époque du Salon est arrivée, Julien envoie deux marbres et une esquisse :
Jean de la Fontaine, figure exécutée en marbre pour le roi.
Ganymède versant le nectar à Jupiter changé en aigle, figure de marbre de 3 pieds 2 pouces de proportions, appartient à M. le baron de Juys.
L'amour silencieux, esquisse, terre cuite.
Julien vient de produire deux œuvres donnant bien la note de son tempérament artistique : réalité épurée et poétisée dans le La Fontaine, forme gracieuse et rythmée dans le Ganymède.
La statue de La Fontaine est-elle un portrait du grand fabuliste? Non, probablement : Julien ne devait posséder que de rares documents iconographiques sur La Fontaine. D'ailleurs notre artiste n'est point un portraitiste ; dans son œuvre nous ne voyons figurer aucun buste de personnage contemporain, excepté un buste officiel de Napoléon. Et cependant tous les critiques du temps saluent Jean de La Fontaine, en passant devant le marbre de Julien, tant la ressemblance est parfaite. C'est que l'artiste s'est eflforcé de nous donner l'âme plutôt que les traits du grand poète. Chargé de faire la statue de La Fontaine, Julien, âme simple et naïve devait nous donner un chef-d'œuvre .
que le modèle soit déposé à Thôteldes antiques, ainsi que le seront les trois autres : et quant à votre paiement Je crois pouvoir vous assurer qull sera prompt. » — (Are)i. Nat.,0»1149).
(1) Arch. Nat. G* 1237, Enregistrement des lettres adressées au directeur général.
(2) Vers cette même époque Julien conclut, le 27 octobre 1784, un traité avec les Etats de la ville de Montpellier, pour une statue à élever sur la place du Peyrou. Comme cette affaire ne reçut son dénouement qu'en 1789, nous en renvoyons Texamen à plus tard.