‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 18 sur 66 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Cette citation est un peu longue, mais nous n'avons pu résister au plaisir de la donner dans sa plus grande partie. C'est bien l'enseignement nouveau, des Daudré-Bardon, des Winckelman, c'est le programme de la future école classique; aux artistes de le suivre. Ces paroles ne vont pas rester longtemps sans écho, au Salon suivant 1785, apparaît le retentissant tableau du Serment des Horaces ; la nouvelle école a trouvé son chef : c'est David.

Le bon public, en se promenant dans la cour du Louvre s'arrête avec plaisir devant la statue de La Fontaine, et ne se trouve pas le moins du monde offusqué de voir notre fabuliste en longue perruque, cravate retombante, justeaucorps ne dessinant point le torse, larges manchette à boutons, culotte courte, souliers à boucles, et pour bien draper notre personnage un large manteau laissant libre l'épaule et le bras droit, couvrant Tépaule gauche et négligemment jeté, mais non sans art sur les genoux. Plis un peu pesants, mais contribuant si bien à faire ressortir la finesse des traits.

Bientôt les fervents de l'art nouveau ne voudront plus que toge, casque, type idéal, profil grec (celui de l'Antinous). Nous verrons que Julien dans sa statue du Poussin, a sacrifié dans une certaine mesure à la mode nouvelle.

Pour le moment il reste naturel dans la pose et le drapé, et se montre sobre dans les accessoires. Au pied de la statue, un renard et le volume des œuvres du poète, sur le socle un certain nombre de fables gravées en relief à peine accusé et pas d'attribut. Cette sobriété va lui conquérir l'estime de l'auteur des Observations cité précédemment. Voici ce qu'il pense des attributs : « Les peintres du douzième siècle faisaient sortir de la bouche de leurs personnages des rouleaux où étaient écrits leurs noms, ou quelques mots qui servaient à les faire distinguer et à indiquer le siget du tableau. Cet usage ne me parait guère plus ridicule que celui où sont aigourd'hui nos sculpteurs d'environner leurs statues d'un millier d'attributs, des tas de bombes, des canons, des plans de fortifications sont autour de Vauban. »

A ce même Salon, Julien exposait le marbre plus petit que nature du Ganymède. Belle étude déjeunes adolescents, au corps élancé et bien proportionné. Le jeune pâtre phrygien debout, le poids dn corps portant sur la jambe gauche, tient de la main

droite une aiguière, ploie gracieusement le bras et verse le nectar dans le vase que tient la main gauche : Taigle à ses pieds, les ailes éployées, de ses yeux de feu regarde le jeune adolescent. L'ensemble respire la grâce juvénile, les muscles sont encore peu

Lb Gantmèdb, par Julien

(Musée du Lourre).

développés, ce qui donne au corps beaucoup de sveltesse, les lignes sont harmonieuses et rythmées par suite du juste balancement du corps. L'aigle est fiévreusement campée, tandis que le jeune pâtre a une attitude un peu moUe.

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