CHAPITRE QUATRIÈME
reliefs ne suflBt pas pour tous les deux et qu'il est infiniment plus beau que celui que j'avais choisi dans ceux du Roy, je vous demande s'il faut que je fasse d'autres recherches pour celui qui reste encor à faire pour lequel je suis après le modèle, ou s'il faut que je me serve de celui du Roy qui est tout vilin et qui par conséquent jurera auprès de l'autre pour le discordant qu'il y aura entre ces grands bas-reliefs et qui ni orait que ce dernier qui ne soit pas de beau marbre. J'attens votre réponse, Monsieur, pour faire les démarches nécessaires pour en avoir d'autres si vous le jugez à propos, je me crois obligé de vous instruire de tout ceci pour que nous n'ayons rien à nous reprocher je crois que M. Letherrier aura notre afaire, si vous le trouvez bon.
J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect possible . . .
Julien.
Le désir de Julien d'avoir de beau marbre, reçut pleine satisfaction. M. d'Angivilliers lui fit répondre par Cuvillier (1) :
A Fontainebleau, ce 20 octobre 17S6.
A M. Julien, sculpteur du Roy,
Gomme M. le Directeur général m'a nettement expliqué, [M., ses intentions sur les ouvrages dont il vous a chargé pour Rambouillet et que leur destination exige le marbre le plus pur, il ne faut pas vous fixer à celui que vous aviez compté prendre dans le magazin du Roi, puisque sa qualité ne répond pas à l'objet; et puisque le s' Leterrler peut en fournir de convenable il ne faut pas hésiter à lui demander le cube qui vous est nécessaire et que vous vous bornerez sûrement à la plus juste mesure. Je présume de l'honnêteté du s' Leterrier qu'il se contentera d'un juste bénéfice de commerce sur une marchandise dont le prix nous est parfaitement connu.
J'ai l'honneur d'être bien sincèrement votre
Cuvillier.
Esquisses et modèles sont terminés, et les marbres presque tous livrés. Le travail d'exécution a commencé en avril 1786, par les quatre petits médaillons, quelques mois après pour la figure en ronde-bosse, et maintenant les sculpteurs sont après les grands bas- reliefs.
Toutes les sculptures sont en place à la Laiterie, lorsque la
(1) Areb. nal. Oi 1179.
cour vient à Rambouillet à la belle saison Tannée suivante. La fin des travaux était donc fixée en juin 1787. En moins d'une année, Julien pouvait-il seul exécuter en marbre cet ensemble d'œuvres assez important? Ce n'était pas possible ; aussi avait-il eu recours à ses amis Dejoux et Foucou.
Dejoux se trouvait à Rambouillet en février-mars 1787 (1), et le modèle de Tun des grands bas-reliefs étant déposé dans son atelier à la mort de Julien, preuve qu'il avait dû travailler à l'exécution en marbre soit à Paris soit à Rambouillet. — Foucou, aussi, a collaboré : dans une lettre au Directeur général (2), il demande la faveur d'exécuter l'une des statues des Grands Hommes et s'exprime ainsi : « ayant aidé M. Julien à faire un des bas-reliefs pour Rambouillet il. a eu la bonté de vous prier de me nommer pour faire une figure pour le Roy. » Tous ces beaux marbres sont transportés à Rambouillet. Les grands basreliefs sont encastrés dans les murs de la salle rectangulaire, les médaillons mis à leur place respective, au fond La Baigneuse dans les enfractuosités du rocher.
Julien immobile considère l'effet produit : le groupe en marbre se détachant sur une ombre profonde, acquiert une blancheur et une transparence incomparables ; les bas-reliefs s'harmonisent bien avec le ton de la pierre, le jour plongeant leur donne de la profondeur. — L'harmonie de la couleur c'est bien, mais la vie communiquée à un marbre c'est mieux encore. N'est-elle pas vivante cette chèvre qui se penche pour se désaltérer à une eau limpide coulant du rocher? Et cette jeune fille qui avance doucement le pied vers l'onde qui l'entoure et jette un regard prudent autour d'elle, ne va-t-elle pas à l'instant glisser de son siège rustique pour se plonger dans Teau bienfaisante? L'effet cherché est atteint, tout cet ensemble concourt à produire la sensation de la vie : Julien esX pleinement satisfait. Le rocher, il est vrai, ne se dessinant pas assez par masses, sera refait. — Tout est prêt, la Cour peut venir.
Marie-Antoinette, accompagnée de sa suite, se dirige vers les nouvelles constructions du roi, situées au loin dans le parc. De chaque côté de la grille d'entrée sont placés deux pavillons : la
(1) Arch. nat. G» 1920. Lettre du 10 septembre 1788.
(2) Arch. nat. Qi 1920. Lettre du 15 JuiUet 1787.