‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 26 sur 66 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

reine les visite. Quel n'est pas son étonnement en sortant, de voir un peu au loin un petit temple ! Une haute palissade, que Ton venait de faire disparaître, avait d'abord caché à sa vue le gra-

La Laiterie db la Reine a Rambouillet Fronton décoré d'un médaillon par Julien.

cieux monument. Elle avance, et lit sur le fronton « Laiterie de la Reine ». Les portes s'ouvrent, elle se trouve dans une salle ronde : tout autour des consoles de marbre blanc chargées de coupes de porcelaine remplies d'un frais laitage. D'autres portes viennent de s'ouvrir, et la reine contemple avec une muette admiration l'œuvre de Julien. Tout est calme ; le silence n'est interrompu que par l'harmonieuse mélodie de l'eau tombant à travers les rochers dans les bassins. C'est la nature mêlant sa Toix aux jouissances esthétiques que procure la contemplation

de toutes ces œuvres d'art. La reine est pleinement satisfaite de l'agréable surprise de son royal époux. Julien est félicité par le roi et toute la cour.

L'heure des compliments passée, Julien aborde la délicate question du prix de ses travaux. Il a parlé au Directeur général de 64,000 livres; mais M. d'Angevilliers semble avoir arrêté son prix à 41,000 livres. Julien lui écrit, de Paris, le 9 juin 1787 (1).

Monsieur le Gomle,

Je suis si heureux da succès dont vos bontés me donnent Tassurance et d'avoir répondu à votre confiance au de la bien sûrement de mon espoir, que je me soumet entièrement en tout ce qu'il vous plaira de régler sur l'espoir (apparemment le prix) de mes travaux ; je ne me suis déclaré sur les différons articles comme je l'ai fait que parce que j'ai contrevenu en rien des justes estimations; quand j'aurai exécuté le dernier bas-relief j'aurai sûrement dépensé et déboursé bien sûrement au moins trente-quatre mil livres, sur lesquels ma vie n'a pas beaucoup conté. La nécessité d'avoir fait au terme donnée m'a fait payer à tous les ouvriers et à tous les modèles beaucoup plus qu'on ne paye quand on n'est pas pressé et je vous supplie de croire que si vous m'accordez les 64,000 livres de ma proposition, je ne serai pas encore en égalité du gain que fait un artiste auquel vous accordez pour une statue simple dix mille livres, dont il lui reste moitié : Je crois voir que votre calcul. Monsieur le Comte me réduii'ait à 44,000 livres. Je ne veux point contredire votre sentiment si vous jugez à propos de n'y pas changer. Mais je vous suplie de vous rendre vous même arbitre sur ce que je peux mériter et que je n'ai calculé à 64,000 livres que parce qu'après y avoir bien peiné je l'ai cru juste ; au reste je dirai encore une fois à Monsieur le Comte que je ne me plaindrai point de sa décision.

Je suis avec le plus profond respect, M. le Comte,

Julien.

De Paris, ce 9 Juin 1787.

Quelle ftat la décision du Directeur général? Julien fut-il payé complètement? cela parait peu probable. Nous voyons, en effet, que le sculpteur écrit à la Direction des Bâtiments, le 5 mai 1789, pour solliciter un secours sur la cassette du roi, pour ses travaux

(1) APçh, nat., 0» 1919, année 1787, n» 133.

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