CHAPITRE CINQUIÈME
Travaux pour Montpellier, pour les Tuileries et le Panthéon. — Salon de 1789, modèle du Poussin.
Avant de reprendre la suite des salons, nous allo:) parler des travaux de Julien pour la ville de Montpellier, pour les Tuileries et le Panthéon.
Le milieu de la place du Peyrou à Montpellier est décoré de la statue équestre de Louis XIV, érigée en 1718. — Le baron de Fougères, en 1771, proposait, pour accompagner la statue du Roi, de dresser « sur les quatre grands piédestaux qui occupent les quatre coins de la place » quatre groupes de deux personnages chacun (1). — Le 31 décembre 1776, Tarcheveque et primat de Narbonne, président né des États du Languedoc, fit sur la question un rapport où il est dit : « que plusieurs artistes ont présenté des dessins pour Texécution de cette idée, que ceux du sieur Raymond, architecte, ancien pensionnaire du Roi, lui ont paru ainsi qu'aux différentes personnes qui les ont vus, le mieux remplir les vues que Ton se proposait.
Pour juger de l'effet on va exécuter un des groupes. Raymond choisit Clodion, qui coule en plâtre le groupe de Condé et Turenne. Il est mis en place le 27 novembre 1778. Pour l'exécuter en marbre, les États du Languedoc concluent, le 15 octobre 1780, un traité avec Clodion. Les huit articles qui le composent, sont répétés dans les trois autres traités passés le 27 octobre 1784 avec Pajou, Julien (2) et Moitte.
' (1) La question de la décoration de la place du Peyrou à Montpellier a été complôtement élucidée par M. Henri Lechat, dans un article paru à la Gazette des Beaux- Arts, en août ld94.
(2) L'architecte Raymond et Julien s'étaient connus, à Borne, durant leur séjour au palais Mancini.
Par ce traité (1) Julien s'engage, dans six articles consécutifs, à exécuter le groupe représentant le chancelier Daguesseau et le président Lamoignonde dix pieds de haut, debout, avec leurs attributs respectifs et costume de leurs temps, de décorer le piédestal d'un bas-relief de la Justice, de diviser le groupe en quatre blocs, de terminer le modèle en 1785 et Texécution en marbre en 1791 ; il lui sera payé 30,000 livres pour le groupe et le basrelief. L'artiste exécutera Toeuvre avec soin.
Les délégués des États à Paris ne pressent point les quatre sculpteurs. D'ailleurs, les marbres ne sont commandés que le 10 janvier 1787, au s"" Fabre de Montpellier ; les dimensions des blocs lui seront indiquées lorsque Pajou, Julien et Moitte auront arrêté invariablement leur modèle.
Les premiers marbres demandés par le s^ Fabre à Carrare, n'étaient pas encore rendus au port de Cette quand on décida, en 1789, de résilier tous les traités. Les actes de résiliation de Julien, Pajou, Moitte et Clodion sont aux archives de Montpellier. Ils revinrent aux commissaires du Languedoc, accompagnés d'un rapport de l'architecte Raymond, qui expliquait le bien fondé des indemnités réclamées par les artistes.
Julien n'avait à peu près rien fait, il ne réclamait que 1,200 livres (20 décembre 1789).
Pajou avait fait les modèles de son groupe et des études, il demandait 2,400 livres (17 décembre 1789).
Moitte avait fait les modèles du groupe et du bas-relief, il demandait 3,000 livres (18 décembre 1789).
Quant à Clodion sur 14,000 livres il avait déjà reçu un à compte de 11,000 livres.
Ainsi Julien n'a à peu près rien exécuté pour le groupe de Daguesseau et Lamoignon, et le bas-relief de la Justice. Dans l'inventaire de son atelier^ il n'est rien signalé, ni esquisses ni modèles pour Montpellier.
Pour les Tuileries, il s'agit simplement d'un travail d'entretien et de réparation. Julien vient en aide à Dejoux, chargé de l'entretien et le nettoyage des figures des jardins de Versailles, Trianon, et Marly, et probablement aussi du palais des Tuileries.
(1) Nouvelles archives de TArt français, 1876, pp. 400-405.
CFIAPITRE CINQUIÈME 73
Une quittance du 30 juin 1788, nous apprend qu'à cette époque, Julien et Dejoux travaillent aux Tuileries à des ouvrages de sculpture : « Je soussigné Pierre Julien et Claude de Joux sculpteurs reconnois avoir reçu de Messire Antoine Jean-Baptiste Dutartre, écuyer, conseiller du Roy, trésorier général des Bâtiments de sa majesté, la somme de trois mille livres à compte des ouvrages de sculpture que nous faisons au pavillon de Flore au palais des Thuileries à Paris dont quitte (3). »
Le pavillon de Flore ayant été entièrement reconstruit sous le dernier Empire, il ne reste rien aujourd'hui des sculptures de Julien et de Dejoux. D'ailleurs, il ne s'agit point d'œuvres originales, mais de simples travaux d'entretien.
Au Panthéon, Julien avait fait œuvre d'artiste. L'église Sainte- Geneviève venait à peine d'être terminée, en 1791, que Pastoret lance sa fameuse proposition de transformer l'église en Panthéon français. Plusieurs sculpteurs avaient travaillé à la décoration du monument. Quatremère de Quincy, commissaire du déparlement à la direction et administration du Panthéon, imagine tout un ordre de commandes nouvelles : toutes les sculptures sont refaites.
Nous connaissons le fronton de Coustou, représentant une croix rayonnant au milieu de nuages et d'anges adorateurs par une gravure de Poulleau d'après le dessin de Lequeu. — Rondelet dans ses Mémoires nous a conservé les noms des autres artistes chargés de sculptures.
A Bovet (Beau vais) le grand bas-relief dominant la porte centrale représentant Sainte-Geneviève distribuant des aumônes.
A Julien le bas-relief de l'arriére corps à droite, Sainte-Geneviève guérissant les yeux de sa mère.
A Dupré, celui de rarriôre-corps à gauche. Sainte-Geneviève recevant une médaille do Saint-Germain.
Houdon et Boizot, les deux bas-reliefs des deux portes inférieures Saint-Pierre et Saint-Paul.
Pour l'intérieur de l'église l'abbé Ouin-Lacroix parle des décorations des quatre nefs, (il entend par là les quatre bras de la croix grecque).
(1) Nouvelles archives de Tart français, t. IX (1882), p. 32.
Afia de donner plus d'unité et d'intérêt aux sculptures des quatre nefs, Soufflet consacra chacune d'elle à un objet particulier.
P L'ancien Testament dans la nef d'entrée ; déjà Moïse, Aaron, Josué, David y avaient été exécutés par les artistes Julien, Dupré, Bovet.
2° L'église grecque, dans la nef septentrionale, quatre docteurs Saint-Athanase, Saint- Basile, Saint-Jean-Chrysostome, Saint-Grégoire de Nazianze étaient sculptés par Julien, Dejoux.
3* La nef méridionale pour l'église latine. Les modèles, déjà coulés en plâtre demeurèrent inexécutés, ainsi que les bas-reliefs de la nef du sanctuaire.
Julien avait donc eu une bonne part à la décoration de Sainte- Geneviève, un bas-relief et deux statues au moins, si non trois ou quatre. Il ne s'agissait pas seulement des modèles, mais des statues exécutées en marbre, que sont-elles devenues, ainsi que les œuvres des autres artistes? Faut-il penser qu'elles ont été détruites à la révolution? c'est possible; mais cependant dans cet œuvre considérable, tout n'a pas dû disparaître. Quelques églises ne donnent-t-elles pas asile à quelques-unes d'entre elles?
Julien, dans ses sculptures religieuses, a-t-il su leur imprimer la gravité qui leur convient, comme il a mis à propos la vie dans le La Fontaine, la grâce dans le Ganyméde?
Nous allons, maintenant, reprendre la suite naturelle des faits, et nous occuper du Salon de 1789.
Le 10 février 1788, la liste des sculpteurs susceptibles d'être désignés pour les statues des grands hommes pour le prochain Salon, est soumise à M. le directeur général. Le 4 avril, Pajou, Julien, Motte et Foucou, sont choisis. Le l*"" mai, les sujets leur sont communiqués : M. Psgou fera le modèle du chancelier de Lamoignon, M. Julien celui du Poussin, Moitte J. D. Ca^ieri, et Foucou le connétable du Guescltn. Foucou, le collaborateur de Julien à Rambouillet, devait sûrement à ce dernier la faveur d'avoir été choisi pour faire la statue de du Guesclin. Julien n'oubliait pas ses amis, si Dejoux est nommé à la place de Dupré pour l'entretien des sculptures de Versailles, Marly et des Tuileries, c'est que Julien aura fait valoir son talent auprès de M. le comte.