CHAPITRE CINQUIÈME
Le 25 août est arrivé ; sur le livret du Salon, nous voyons figurer trois œuvres de Julien ;
Le Poussin, par Juuen (Palais de l'InsUtut.)
Poussin, figure de 6 pieds, pour le Roi. L'auteur suppose ce célèbre peintre sortant de son lit pour tracer une composition qu'il a méditée toute la nuit.
Léda, figure en marbre de 3 pieds environ de proportion : elle appartient à M. le baron de Juys, de Lyon.
Figure de r£'<t^rfe, en plâtre, d'environ 2 pieds 1/2 deproportion.
Dans sa statue du Poussin, Julien a sacrifié aux idées de son temps. L'école de David triomphe : désormais le nu à l'antique, les poses académiques et théâtrales, la toge et le manteau
à la romaine sont indispensables pour qu'une œuvre soit vraiement artistique, ait du style. Tout est convention, la vie réelle est écartée.
La grâce sincère, peut-être un peu mièvre, que Julien avait su mettre jusque là dans ses œuvres, valait bien les gestes « appris » qui régnèrent alors et parfois même aigourd'hui dans les œuvres d'un bon nombre d'artistes allant chercher dans les musées, de beaux gestes, au lieu de s'inspirer de la vie et de nous la communiquer sous une forme plastique, comme Rude dans le Départ, Carpeaux dans la Danse de l'Opéra et, de nos jours, M. Constantin Meunier avec ses études d'humbles travailleurs. Enthousiasme patriotique, souffle lyrique, dur mais noble labeur accompli, n'est-ce pas la vie!
Julien, pour se mettre au goût du jour et nous donner une étude de nu, est obligé de se mettre l'esprit à la torture. Il suppose que Le Poussin sortant du lit vient esquisser une composition. Grâce à cette supposition les bras et les jambes pourront être nus, ainsi qu'une partie de la poitrine.
Le peintre, enveloppé dans une sorte de toge, est assis sur une caisse, la jambe gauche nue, le pied posé sur un tabouret. Il s'apprête à dessiner sur une tablette qu'il tient de la main gauche et qui est appuyée sur une gaîne antique ornée de la figure de Minerve. A ses pieds, une palette chargée, garnie de ses pinceaux et d'un appui-main. La figure est expressive, les nus assez bien traités, la jambe droite pourtant semble pesante, le manteaujeté sur l'épaule, et couvrant la jambe droite, forme des plis trop lourds.
Consultons les critiques du temps ; ils reproduisent fidèlement avec des nuances différentes, les idées esthétiques de leur époque.
Le Journal de Paris dans son numéro du 16 novembre 1789, dit au sujet du modèle en plâtre du Poussin : « Je louerai l'artiste d'avoir mis dans la figure beaucoup de nud; il devrait même y en avoir davantage. Les grands hommes n'appartiennent pas aux modes, il est ridicule de les y assujettir. Je trouve le haut de la figure trop chargé d'étoffe et les jambes un peu fortes. »
VAjinée littéraire (1) s'exprime ainsi : « Vous vous rappelez sûrement, Monsieur, d'avoir vu au sallon il y a quatre ans une
(l)Tome VI, p.272.