‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 40 sur 66 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Jamais peut-être Julien n'avait fait un envoi répondant mieux à ses goûts de tendresse et de grâce. Aux tableaux sanglants de cette époque troublée, Julien oppose la Tendresse maternelle.

Nymphe Echo (Musée du Puy).

la Charité, scènes reposantes de famille. Les partisans de David s'enthousiasment pour Brutus et Caton, Julien nous montre Narcisse se mirant dans l'eau, ou V Amour adolescent décochant ses traits enflammés.

Notre artiste- poursuit toujours son rêve de beauté : la grâce de la première jeunesse est pour luiTidéal. Vie, souplesse, belles lignes, harmonieuses proportions se trouvent réunies dans le corps délicat de Narcisse et de l'Amour. — Julien fait un pas en avant : il aborde le problème de la maternité. Ce n'est, il est vrai, qu'une variante de son thème favori, il va étudier la vie dans une seconde jeunesse. La mère remplit son devoir providentiel auprès de son jeune enfant ; elle tient un vase et se penche pour lui donner à boire, et le petit corps, en se soulevant, dessine des courbes délicieuses.

Ces sujets gracieux, puisés à la source de toute beauté, qui n'est autre que la nature vue par un artiste, n'étaient point dans le goût du temps, ils ne respiraient pas assez l'antique, et leurs « traits s'écartaient de cette ligne de beauté consacrée par le goût et par les Grecs».

Ainsi s'exprime un critique du temps Amaury-Duval. Dans la Décade philosophique an IV, l'article est signé Polyscope. Mais citons le passage en entier, il nous fera connaître les goûts esthétiques de ce temps :

Passons en revue les derniers ouvrages de nos modernes Praxitèles. ..

J'ai fait une singulière observation : tandis que vos peintres de la nouvelle école transportent dans leurs tableaux, copient bien servilement toutes les statues, tous les groupes antiques, nos sculpteurs vont, je crois, chercher dans les tableaux de l'ancienne école française, Tattitude affectée et l'expression grimacière de leurs figures. Tous les sculpteurs font sourire leurs modèles. Dans tous les visages qu'on nous a offert, les traits s'écartent de 'cette ligne de beauté consacrée par le goût et par les Grecs. On n'a même pas cherché à dissimuler, à cacher en laissant tomber les cheveux sur le front, la trop grande élévation de cette partie.

Mais répondent les artistes, nous faisons des portraits. Pourquoi les exposer en public. Apprenons au peuple, il en est temps, à se connaître en vrai beau, tant que nous donnerons la pomme a la gentillesse, au joli : une figure chiffonnée doit toujours être une figure laide.

Je ne citerai que les ouvrages dans lesquels j'ai reconnu quelque mérite. La liste ne sera pas longue, que les autres profitent des sages conseils que leur donneront comme moi, tous ceux qui ont

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