‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 5 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

C'est dans cet atelier de la rue de la Chaussade, prenant jour par une large porte au puissant arceau surbaissé, que Julien reçoit les premiers éléments du dessin et du modelage. Il exécute d'abord de simples travaux d'ornementation, et bientôt aide son maître à tailler dans le chêne ou le noyer quelques statues de saints. Ces siyets, toujours les mômes, développaient peu l'esprit, mais donnaient à la main une grande sûreté dans l'exécution, qualité que Julien conservera. — A l'enseignement reçu chez Samuel, le jeune apprenti dut ajouter l'étude des beaux modèles de sculpture laissés par Vaneau et son école. Avant de quitter Le Puy pour se rendre à Lyon, Julien avait déjà reçu une éducation artistique assez avancée (1).

Son oncle l'appelle à I^yon et le confie à Perrache (2), sculpteur et professeur à l'École de dessin et de géométrie de la ville. Cette école venait d'être fondée en 1757 par une société d'amateurs et d'artistes, comme nous l'apprend, dans un Mémoire (3) du 19 février 1758, son infatigable promoteur, l'abbé Antoine Lacroix, vicaire général de Lyon. Le dessin, la peinture, la sculpture et la géométrie sont enseignés par MM. Frontier, Nonnotte, Perrache et Gournet. Parmi les amateurs, membres fondateurs de l'École, se trouve le baron de Juys, procureur au bureau des Finances de Lyon, le protecteur et le mécène de Julien comme nous le verrons dans la suite (4).

(1) Un des premiers essais de Julien, lorsqu'il était à TateUer Samuel, une terre cuite, se trouvait chez M. Badiou de la Tronchère, sculpteur, décédé à Vals-prôs-le- Puy le 18 octobre 1888. C'était un Ot'phée dans les nuages , Jouant du violon. Malgré cet anachronisme, l'idée était Jetée sur Targile avec une facilité extraordinaire. Nous n'avons pu retrouver cette œuvre de début.

(2) Perrache (Antoine-Michel)^ fils de Michel Perrache, sculpteur, né à Lyon le 23 novembre 1726, mort dans la même ville le 10 octobre 1779, élève de son père auquel il érigea un mausolée dans l'église des Carmélites. En 1765 il conçut le projet d'agrandissement de Lyon par le moyen d'une chaussée reliant cette ville à une île considérable. C'est la place Perrache.

(3) Archives municipales de Lyon GG École royale de dessin. Inventaire Chappe xx, r. 391, 10* pièce.

(4) Jean-Marie de Lafont de Juys, né le 14 Juillet 1729, baron de Juys, seigneur de Curis et du marquisat de Miribel, avait acquis en 1751 la charge de procureur du roi au bareau des finances qu'il revendit en 1775. Comme son père, Gilbert deLafont, il était amateur des arts et protecteur des artistes. Il envoya à Rome le sculpteur lyonnais Chinard, dont il avait plusieurs œuvres originales dans son cabinet. Il mourut sans enfknts et par testament du 26 août 1780, il fit héritier universel son cousin, Louis de Lafond, seigneur de Saint-Paul (en Jarez près Saint-Chamond). Celui-ci périt victime

En 1753 furent fondées trois médailles, Tune pour le dessin, l'autre pour la sculpture et la dernière pour la géométrie. Julien obtint la 1" médaille donnée pour la sculpture. Plein d'espoir pour Tavenir de son élève, Perrache l'amène à Paris et le recommande à Guillaume II Coustou.

Arrivé dans la capitale, probablement vers la fin de 1758, Julien suit avec docilité les leçons de son maître, et en peu de temps acquiert une rare habileté, que Guillaume II Coustou (1) mettra plus tard à contribution. Son heureux caractère lui fait de nombreux amis parmi ses camarades d'atelier : Beauvais, Dejoux (2), Quatremère de Quincy lui resteront fidèles toute la vie (3).

Comme élève de l'Académie royale, nous voyons les efforts de Julien couronnés de succès. Le 31 décembre 1760, il remporte la première médaille de quartier ; Barbier, peintre, la seconde, et Tamine, sculpteur, la troisième .

Il s'écoule quatre ans avant que Julien soit admis au concours du grand prix de Rome. Le 31 mars 1764, Beauvais, Sénéchal,

de ]a Terreur, le 26 novembre 1793. H est probable que ses biens immobiliers et entre autres, l'hôtel de la rue de TArsenal, furent alors confisqués. M. delà Balmondièrc Taurait acquis et c'est par scrupule de conscience que sa fille l'aurait légué aux religieuses du Sacré-Cœur. Le reste des biens de Louis de Lafont de Saint-Paul passa à sa veuve et héritière testamentaire, Marie-Antoinette Favre de Varennes, qui les laissa en grande partie à son neveu Marc-Antoine Hervier décédé en 1821 . La famille Her\^icr est actuellement représentée par les familles Poitebard, Finaz, Flachat, do Mailhet- Vachôres.La collection de Juys a complètement disparu, nous n'avons rien retrouvé auprès des héritiers de ces riches amateurs d'art.

(1) Guillaume II Coustou, fils da Nicolas Coustou, petit-fils de Coysevox, et neveu de Guillaume Coustou, est le moins célèbre de cette famille d'ar listes, né à Paris en 1716, et mort au môme lieu le 13 juillet 1777. Ses œuvres principales sont : Vénus et Vulcain, le Tombeau du Dauphin, la Visitation à la chapelle de Versailles, le premier fronton de Sainte-Geneviève.

(2) Claude Dejoux, né en 1731 à Vadans près Arbois (Jura), mort à Paris le 18 octobre 1816. Travaille à Lons-le-3aunier, à Lyon, à Marseille. Vient à Paris, entre à Tatclier G. Coustou. Reste six ans à Rome. Reçu académicien en 1779 avec le Saint-Sébastien mourant. Auteur du Catinat, du Philopœmen^ d'un Achille colossal. Exécute le modèle d'une Renommée, de 25 pieds de hauteur pour remplacer la croix du Panthéon qui n'a jamais été exécutée en bronze.

(3) Duranson, ingénieur des Ponts et Chaussées, né au Puy en 1763, avait connu Julien en 1790 et 1795. Dans son Mémoire manuscrit et publié par M. A. Jacotin, nous trouvons ce portrait de l'artiste : « M. Julien étoit d'une petite taille, mais bien prise, sa figure étoit agréable et pleine de douceur ; il étoit si modeste qu'il croyoit ne rien savoir, cependant on entrevoyait dans le peu de paroles qu'il prononcoit qu'il possédait à fonds la connoissance de l'histoire ancienne. »

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