‹ Pierre Julien, sculpteurChapitre 7 sur 66 · CHAPITRE PIIBMIBR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PIIBMIBR

Comme tous les grands prix, Julien, avant de partir pour Rome, passa trois années, de 1765 à 1768, à l'École des élèves protégés (1). Il y reçut les leçons de Louis-Michel Vanloo, nommé, en 1765, gouverneur de Técole à la mort de son oncle, Cari Vanloo. Depuis 1755, Dandré-Bardon était professeur d'histoire. L'intervention de ce peintre antiquaire, homme de lettres, fut plus nuisible qu'utile aux élèves protégés. C'est lui qui contribua beaucoup, par son enseignement, à développer les idées de retour à l'antique, et quel antique que le sien ! C'est lui qui, en traînant Vien et David, fournit à toute une génération d'artistes sinon l'idée, du moins les moyens d'opérer une révolution dans le goût.

Julien dut écouter modérément ces leçons : pourtant nous le verrons à Rome occupé à de nombreuses copies d'antiques, et si plus tard ses œuvres ont un reflet antique, l'esprit qui les anime semble plutôt puisé à la belle sculpture athénienne que procéder des froides statues de la Rome impériale, modèles préférés de l'école de David. Par le charme classique de ses œuvres il tiendra le milieu entre le réalisme correct et magistral de Houdon et l'idéalisme faux et déclamatoire des novateurs.

Les élèves protégés recevaient annuellement la somme de trois cents livres et se trouvaient sous le même toit et à la même table que leur gouverneur. Les pensions furent d'abord régulièrement payées, mais à partir de 1767, on ne verse que de rares acomptes à Louis-Michel Vanloo et dès 1769 tout secours est supprimé. M"* de Pompadour qui a créé ce mouvement des arts vient de mourir, la Du Barry entre en faveur et ses créatures se vengent des favoris du régime précédent ; de Marigny, frère de Mme de Pompadour, ne reçoit plus d'argent du contrôleur Terray , créature de la Du Barry. En 1775, Pierre, premier peintre du roi, fait un rapport défavorable pour l'Ecole qui est supprimée.

Le Trésor se décide enfln à payer ce qu'il doit depuis plusieurs années. Julien reçoit 375 livres pour un an et 3 mois de pension qui lui restent dus. Il donne une quittance générale qui se trouve aux Archives nationales (2):

(1) L'École royale det élèves protégée par Coarajod. Paris, J.-B. Dumoulin. 1874, in-8«.

(2) Archives Nationales. Série Qi 1928^^. goole des âléves protégés.

« Je reconnais avoir reçu de M. Pierre, premier peintre du roy, la somme de neuf cents livres pour les trois années de pensions qui m'avoient été accordée. »

A Paris, le 12 février 1775.

Dans ce même fond des Archives nationales on trouve les quittances d'autres élèves, rédigées dans les mêmes termes et portant approximativement la même date.

Julien a terminé ses trois années d'étude à TEcole royale des Elèves protégés. Il ne lui manque plus que son brevet d'élève sculpteur à l'Académie de Rome pour se mettre en voyage vers la capitale des arts. Vanloo et Cochin font les démarches nécessaires auprès de M. le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments (1) et le 6 juin 1768 le brevet est délivré :

Brevet d'élève sculpteur à l'Académie de Rome pour Pierre Julien, natif de Saint-Paulien, âgé de trente et un ans, élève de Coustou, premier prix du 31 août 1 765.

En outre de ce brevet, sorte de passe-port indispensable, le gouvernement remettait aux nouveaux élèves de l'Académie de Rome une somme de 300 livres pour les dépenses de la route,

(1) Archiv. Nat. O* 1941. — Mémoire présentée M. le marquis de Marigny, Commandeur des Ordres du Roy, directeur et ordonnateur général des bâtiments de sa majesté par le sieur Van Loo, chevalier de Tordre du Roy, directeur de PEcole Royale des élèves protégés.

« Deux places de pensionnaires à TAcadémie royale de Rome étant vacantes, j*ai rhonneur de vous proposer pour les remplacer, le sieur Bardin, peintre, natif de Montbard en Bourgogne âgé de 31 ans, élève de M. Pierre, et le sieur Pierre Julien, natif de Saint- Paulien, âgé de 31 ans (1), élève de M. Coustou.

« Je vous supplie, Monsieur, de leur faire délivrer à chacun le brevet nécessaire pour le voyage d'Italie qu'ils sont en état Tun et l'autre de foire avec succès et qu'ils ont mérité par les grands prix qui leur ont été adjugés par l'Académie en 1765. »

De son côté, Cochin, secrétaire perpétuel de l'Académie, fait un extrait des registres pour les prix de Rome de 1765 et adresse son mémoire au directeur général.

« Monsieur,

« J'ay l'honneur de vous présenter le mémoire ainsi qu'il en est d'usage pour vous supplier de vouloir bien ordonner que les brevets de Pensionnaires du rny à Rome soyent expédiées en faveur des deux élèves peintre et sculpteur. Je m'y prends de un peu de bonne heure parce que Tannée dernière les pensionnaires coururent des dangers pour être partis dans une saison trop avancée.

« Je suis avec un profond respect, etc Cochin. »

(1) Julien, né en 1731, a donc trente-quatre ans. Il y a une erreur de trois ans.

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