CHAPITRE PREMIER
reprèsentant aujourd'hui quelque chose comme 900 francs de notre monnaie (1). Alors le voyage durait plusieurs semaines, et quelquefois les voyageurs couraient de vrais dangers, comme cela était arrivé aux deux partants de Tannée précédente.
Julien et son compagnon de voyage arrivèrent à Rome le !*''• décembre 1768 (2). Il est heureux de retrouver au palais Mancini son ami Beauvais, son compagnon d'atelier chez leur maître Coustou. Ils occupent le môme logement. Natoire, le directeur de l'Académie de Rome, nous l'apprend incidemment dans une lettre du 25 mars 1772 : «. . . Les sieurs Julien et Beauvais, comme j'ay l'honneur de vous le dire sont à côté des cuisiniers dans là partie des entresols par le grand escalier ». Dans sa correspouidance, Natoire ne nous fournit pas de renseignements sur Julien, d'ailleurs le directeur de Rome ost très sobre de renseignements sur les pensionnaires. Beauvaisaprés avoir obtenu une prolonga»tion de logement part pour la France le 10 juin 1772. Parmi tes autres camar^^.des de Julien au palais Mancini se trouvaient Lagrenée, Lefevre, Calais, Alizard, Vanloo, Bardin, Ménageot, Vincent, Boisot, Boucher, SénéchaL Heurtier, Raymond, Poyet, Tubeuf.
Le séjour de Julien à Rome va bientôt expirer. Il doit céder son logement le 1'"* décembre 1772. A-t-il demandé une prolongation de séjour? c'est peu probable, du moins il n'en est fait aucune mention dans la correspondance de Natoire. Toutefois il ne reprend pas immédiatement le chemin de la France. Il séjourna encore à Rome près de trois mois, comme nous l'apprend une lettre de Natoire. « Le sieur Julien, sculpteur, après avoir passé quelque temps à Rome depuis qu'il a fini la pension, part ces jours-cy pour s'en retourner en France, je viens de lui donner la gratification accoutumée (3).
« Je n'ai que du bien à vous dire de ce jeune artiste lequel a fait de très bonnes études, quelques ouvrages qu'il a fait pour M.Hau-
(1) Arch. Nat. Qi 1922^^. Exorcice 1768, 6 Juin. Ordonnance de 300 livres au sieor Julien, élôve sculpteur, nommé pensionnaire à Rome par gratification pour ses frais de voyage qu*il va faire pour se rendre à l'académie de Rome.
(2) Lettre du 25 Janvier 1769 adressée à M. de Marigny par Natoire, au sujet de Tétat des pensionnaires, Le l*'' décembre 1768 est la date d'arrivée de Julien et de Bardin.
(3) Cin(juante-six écus romains.
cart jadis président, Iny feront honneur pour sa conduite, il n'y a rien à lui reprocher.
Rome» le 24 fé^iier 1778.
Natoirb.
Quels étaient les ouvrages qu'il a faits pour le président Haacart? Le Breton dans sa Notice parle de copies en marbre de V Apollon et du Gladiateur : « Ces deux figures de trois pieds de proportion sont au musée de Versailles, où elles rappellent à tous les yeux la beauté des originaux, en attestant aux artistes combien il faut de talent et d'habileté pour approcher de modèles qui sont inimitables. » L'éloge est exagéré, bien que l'exécution offire des sérieuses difficultés.
Outre ces deux ouvrages, Julien avait fait des moulages sur des antiques, nous en voyons l'attestation dans son Testament et VInventaire après décès. Il choisit Dejoux, son intime ami, pour son exécuteur testamentaire et U agoute : « J'espère qu'il voudra bien accepter comme une faible marque de ma reconnaissance mes plâtres moulés sur antique qui sont l"" L'Apollon du Belvédère, 2** le Gladiateur, 3» le Germanicus, 4° Castor et Pollux, 5"^ l'Hermaphrodite. » Ces moulages, lorsqu'il fut procédé à VInventaire, se trouvaient dans son second atelier, cour du Louvre, ayant entrée sous le portique du côté de la rue du Cocq.
Ces travaux considérables ne sont-ils pas pour nous une révélation? Dès maintenant Julien ne nous apparalt-il pas comme subjugué par le charme juvénile d'un corps aux belles lignes rythmiques et aux pures proportions classiques ? Plus tard le Ganymède versant le nectar à Jupiter^ le Gladiateur expirant, les figures d'Erigone, de Léda, V Amour adolescent, Narcisse se mirant dans l'eau, et l'incomparable Jeune fille à la chèvre, semblent se rattacher à ces premiers travaux. La vue des chefsd'œuvre antiques a vivement impressionné Julien : non ces statues au geste théâtral et figé qui seront, pendant la Révolution et les premières années du xix"* siècle, regardées comme les seuls chefs-d'œuvre grecs, mais ces œuvres plus calmes où l'esprit de la belle époque artistique de l'Attique respire encore.