Dubois. Mémoires
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alors présidée par l'abbé Bignon, le procèsverbal de la séance relate ainsi sa visite : « Le Gzar a fait Thonneur à l'Académie d'y venir et on lui a fait voir la machine à élever les eaux de M. La Faye, l'arbre de Mars de M. Lémery, le cricq de M. Dalesme et le carrosse de M. Le Camus. »
A ce procès-verbal est joint cette note, intitulée le cérémonial de la visite du Czar, évidemment tracée par quelqu'un qui en fut le témoin. « On alla au-devant de lui jusques en haut de l'escalier; il entra, ne s'assit point ; tout le monde resta debout et après avoir examiné la machine qu'on luy présenta et dont on lui fit l'explication, il sortit et on le reconduisit jusques au haut de l'escalier, »
Ce ne fut donc pas dans cette séance qu'il fut élu membre de cette Académie. Fontenelle, particulièrement bien documenté à
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cet égard, rapporte qu'à son retour en Russie il fit écrire à Tabbé Bignon par Areskin, son premier médecin, la lettre suivante :
« Monsieur,
« Votre amitié particulière et vos manières obligeantes, mon pénible voyage et les affaires épineuses dont j'étais accablé depuis qu'il me fallut vous quitter, me mettront peut-être à couvert de vos justes reproches que j'ay été si longtemps sans répondre à votre lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le lo d'aoust.
« Sa Majesté est très satisfaite de ce que votre illustre corps veut bien la mettre au nombre de ceux qui le composent, en luy offrant ses nobles travaux depuis l'année 1O99 comme un tribut appartenant de droit à chaque académicien, et elle cher-
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chera des occasions cFcn marquer sa reconnaissance. Sa Majesté approuve aussi votre pensée, Monsieur, savoir qu'en fait de sciences, la distinction se tire moins du rang que du génie, des talents et de l'application, et par la recherche exacte de toutes les curiosités de ses Etats et des nouveautés qu'elle pourrait découvrir, elle tâchera, en vous les communiquant, de mériter le nom d'un bon membre de votre illustre Académie.
« Pour votre particulier. Monsieur, Sa Majesté est très sensible à votre manière d'agir avec luy pendant son séjour en France et souhaite des occasions de vous témoigner son amitié qu'elle a pour vous.
« Pour ce qui est de moy, on ne saurait, Monsieur, vous être plus obligé que je le suis. Je ne perdray jamais le précieux souvenir de votre haute capacité et de cette
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extrême politesse qui vous attire Tamitié et la vénération de tous les lionnestes gens, personne n'étant plus parfaitement, « Monsieur, votre très humble, etc. »
Après avoir entendu la lecture de cette lettre, « toute la compagnie, dit le procèsverbal de la séance du mercredi 11 décembre 1717, toujours présidée par Tabbé Bignon, a arrêté par acclamation et sans scrutin ([ue le Czar serait académicien hors de tout rang et que j'aurais Thonneur de le remercier très humblement au nom de TAcadémie ».
(Pierre la remercia par une lettre en date du II février 1721 i.)
Le Czar, après un séjour de plus de six
I. Plusieurs détails de ce récit sont empruntés à l'article du prince Galitzine dans le Bulletin des Bibliophiles,
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semaines à Paris, touchait au terme de sa visite, il avait tout vu, « plus, dit Golikoff, que n'importe quel homme en une année ». Il n'est pas de fabriques, pas d'ateliers connus, si petits qu'ils fussent où il n'ait tenu à se rendre ; avec l'œil exercé d'un observateur profond et averti, il s'était rendu compte des splendeurs d'une capitale dont l'étoile commençait pourtant à pâlir; et à plusieurs reprises, il plaignit le sort d'une nation intelligente et aimable qu'un luxe débordant et une immoralité effrénée entraînaient rapidement à sa ruine. Son âme pourtant si ferme et dont parfois un trait de douceur mitigeait pendant quelques instants l'extraordinaire dureté s'était émue chaque fois qu'il s'était trouvé en présence du jeune roi. Avait-il, avec cette perspicacité, qui était l'un des traits dominants de son grand caractère, pressenti les
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malheurs futurs de Louis XV dont la couronne était déjà chancelante ? Se souvenaitil c[u'au milieu des tristesses et des dangers de son enfance, il avait été lui-môme en butte aux trames des assassins, comme des murmures sinistres et à peine dissimulés en menaçaient alors cet enfant de la Maison de France, pourtant si jeune et si inexpérimenté? Les nombreux Mémoires russes qui s'étendent sur cette période si intéressante sont presque unanimes à reconnaître la tristesse avec laquelle il quitta Paris et qui ne fut pas sans tempérer singulièrement son admiration profonde pour nos merveilles.
Quant à lui, il laissait une impression meilleure. On avait fini par s'accoutumer au monarque, non point certes que sa rudesse native qui ne lui permettait pas de dépouiller le vieil homme, n'eût pas défrayé sans cesse
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les conversations, comme le prouve la lettre de Voltaire à Cliauvelin, mais malgré la supertluité et la légèreté invétérée de la Cour du Régent, on avait apprécié leseltorts visibles déployés par le souverain Russe pour tâcher de plaire, ses tentatives incessantes pour rendre plus cordiales les relations franco-russes, son intelligence vive et pénétrante, son esprit toujours en éveil. Louville écrivait le 17 juin à Saint-Aignan : « C'est un prince qui a beaucoup plus de grandes qualités que de mauvaises. Son extérieur n'est pas trop poli, mais son intérieur Test infiniment. Il est peu galant, ce qui ne met pas les femmes dans ses intérêts, car il ne veut que des esclaves pour maîtresses. 11 sait beaucoup et nous n'avons aucun homme en France aussi habile que lui, ni dans la marine, ni dans l'armée, ni dans les fortifications. Il estime ses ennemis
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et a une vénération particulière pour le roi de Suède aussi bien que pour le feu roi. Il aime tous les arts et hait le luxe. Il n'est jamais un moment sans travailler. Il se couche à neuf heures du soir et se lève à quatre heures du matin. »
« On disait aussi que ses questions aux savants et aux artistes donnent partout des preuves de ses lumières et font admirer la sagacité d'un esprit étendu, aussi prompt à s'instruire qu'avide d'apprendre \ »
Enfin Saint-Simon s'exprime ainsi : « Tout montrait en lui la vaste étendue de ses lumières et quelque chose de continuellement conséquent. Il allia d'une manière tout à fait surprenante la majesté la plus haute, la plus fière, la plus délicate, la plus soutenue, en même temps la moins embar-