I. Mémoires sin- Pierre le Grand, par Nestcsuranoy
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selowsky, son ambassadeur à Londres, la lettre suivante le 12 mars 17 17 :
« Sire,
« Aussitôt que Sa Majesté Czarienne, mon Maître, a reçu l'agréable nouvelle de l'heureuse découverte de la conspiration que les ministres du roi de Suède ont tramé contre Votre Majesté et son gouvernement pour exciter vos sujets à une rébellion qui devait être soutenue par les troupes suédoises, Sa Majesté m'a d'abord donné l'ordre de féliciter en son nom Votre Majesté sur cette heureuse découverte et de vous témoigner la part que Sa Majesté prend à cet heureux événement et combien elle est sensible à tout ce qui touche à Tavantage et à la prospérité de Votre Majesté et de toute votre famille. Sa Majesté Czarienne n'a pas été moins sensible que surprise de voir par
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les lettres que les ministres suédois se sont écrites entre eux au sujet de cette conspiration, lesquelles ont été publiées par ordre de Votre Majesté et qui m'ont été communiquées, que 1 artifice et la malice de ses ennemis a été poussée si avant qu'ils n'ont pas eu honte de vouloir contre toute vraisemblance rendre Sa Majesté mon maître, en quelque manière, comme partie intéressée dans cet énorme attentat et de lui imputer contre leur conscience des sentiments également contraires à l'honneur et à la réputation de Sa Majesté Czarienne, à ses propres intérêts et à la conduite qu'elle a toujours tenue, de manière qu'il n'est pas possible que Sa Majesté ait jamais été capable de concevoir de pareils sentiments. La surprise de Sa Majesté Czarienne a été à cet égard d'autant plus grande que ses ennemis, pour donner quelque cou-
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leur à leurs malicieuses insinuations, ont eu Taudace de faire mention dans leurs lettres que le sieur Areskine, médecin de Sa Majesté Czarienne, avait tenu correspondance avec le comte de Marr et lui avait insinué que Sa Majesté Czarienne connaissait la juste cause du prétendant et qu'elle ne souhaitait rien de plus qu'une conjoncture pour le rétablir dans ses Etats, avec d'autres expressions odieuses. Quoique Sa Majesté Czarienne, considérant la bonne conduite que son susdit médecin a toujours tenue pendant l'espace de treize ans qu'il a été au service de Sa Majesté, ne saurait croire qu'il se soit oublié à un tel point que d'entrer, sans aucun ordre, dans une correspondance si criminelle, d'autant plus que Sa Majesté ne le fait entrer dans aucun de ses conseils ou affaires d'État, mais l'emploie uniquement à ce qui regarde sa
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profession, Sa Majesté peut encore moins croire qu'il ait eu Taudace d'abuser de son nom dans une affaire de cette nature et de lui imputer des choses si indignes, au péril de ses hiens et de sa vie ; car, dès le moment que Sa Majesté Czarienne fut informée que quelques-uns des parents dudit médecin s'étaient trouvés engagés dans la dernière rébellion contre Votre Majesté, Elle lui défendit d'abord d'avoir aucune correspondance avec eux, non seulement sur des affaires intéressantes, mais même domestiques. Cependant Sa Majesté Czarienne n'a pas manqué de l'interroger sur ce sujet, avec un zèle empressé, dès qu'EUe en eut reçu la nouvelle; mais il a protesté d'être tout à fait innocent de toute cette trame, d'autant plus quil n"avait jamais reçu ordre de Sa Majesté Czarienne d'entrer dans ces sortes d'affaires ou d'entrete-
nir une correspondance si dangereuse qui tendrait au grand préjudice de Sa Majesté et à l'interruption de la bonne harmonie qui règne entre Sa Majesté Czarienne et Votre Majesté, et il a ensuite déclaré sous serment et au péril de sa vie de n'avoir jamais écrit de ces sortes de lettres, ni au comte de Marr, ni à qui que ce soit, et il se tient assuré que personne ne pourra le convaincre là-dessus et qu'on ne trouvera nulle part aucune de ces lettres de cette nature-là ; et, en cas que cela soit, il se soumet volontiers à la punition la plus rigoureuse. Au reste, cette affaire est d'une telle nature que quiconque voudra, sans prévention, y faire réflexion, reconnaîtra aisément et verra clairement l'artifice et la fausseté qu'elle renferme, car il paraît évident, par la conduite passée de Sa Majesté Czarienne et par les preuves réitérées qu'elle a données dans
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toutes les occasions de ses bonnes intentions pour les intérêts de Votre Majesté et de toute la famille Royale, tant dès le premier établissement de l'amitié entre Sa Majesté Gzarienne et Notre Majesté, lors même que Votre Majesté n'était qu'électeur de l'Empire, que depuis Tlieureux avènement de Votre Majesté au trône britannique, tout cela, dis-je, démontre combien Sa Majesté Gzarienne est éloignée des sentiments que ses ennemis ont eu l'audace de lui imputer dans leurs susdites lettres, d'une manière si fausse et si injurieuse. Votre Majesté pourra fort bien se souvenir, de même que toute l'Europe, de la joie avec laquelle Sa Majesté Gzarienne apprit l'élévation de Votre Majesté au trône de Grande-Bretagne, et des avantages qu'elle a fait proposer à Votre Majesté par ses ministres pour une plus étroite liaison avec A^otre Majesté et, outre
cela, rapplicatioii avec laquelle Sa Majesté Czarienne a toujours tâché de seconder l'amitié de Votre Majesté, fait assez voir les égards qu'elle a pour elle et, qu'Elle n'a jamais fait et qu'elle ne fera aucune démarche qui puisse donner lieu à un chanijernent ou refroidissement. Ainsi il est aisé devoir que Sa Majesté Czarienne n'a jamais pu avoir la pensée de favoriser le prétendant, ni d'entrer avec lui, directement ou indirectement, dans aucune mesure au préjudice de Votre Majesté, et beaucoup moins de favoriser le dessein du roi de Suède, son principal et particulier ennemi, d'élever le prétendant au trône anglais. Un tel dessein serait-il conforme aux intérêts de Sa Majesté Czarienne? et n'en aurait-elle pas, au contraire, aisément compris les suites préjudiciables, puisque, si ledit prétendant parvenait à cette couronne, il ne
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manquerait pas par reconnaissance d'assister le roi de Suède contre Sa Majesté Czarienne; Sa Majesté a déjà fait voir combien Elle est éloignée de tout ceci, lorsque, non seulement l'année dernière elle s'offrit de garantir la succession de la Couronne de la Grande-Bretagne, dans la maison de Hanovre, comme elle est à présent établie, mais aussi à la fin de ladite année et au commencement de la présente. Elle offrit aussi d'entrer en traité avec Votre Majesté sur le même pied et après avoir ordonné expressément à ses ministres tant à Hanovre qu'à La Haye de poursuivre cette négociation.
« Et il n'a pas tenu à Sa Majesté Czarienne que la dite négociation n'ait été conduite à une heureuse fin : quoique Sa Majesté Czarienne ait depuis quelque temps remarqué plusieurs démarches contraires que les
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ministres de Votre Majesté ont faites dans plusieurs Cours étrangères, en particulier à la Cour de Sa Majesté Impériale, de même qu'à celle de leurs Majestés les rois de Danemark et de Prusse, comme aussi à la Diète de RatisJjonnc, sans qu'Elleait donné aucun sujet à cela, et que Sa Majesté Czarienne a eu même des raisons assez suffisantes pour prendre des précautions, et de pourvoir à sa sûreté particulière, sur les bruits qui s'étaient répandus, et sur les avis qu'EUe avait reçus de plusieurs endroits, que Votre Majesté traitait d'une paix particulière avec la Suède, en lui promettant même une assistance contre Sa Majesté Czarienne moyennant la cession du duché de Bremen, comme cela paraît même assez clair par les lettres des ministres suédois qui ont été publiées ; et peut-être que ce bruit-là n'était pas alors sans fondement. Mais, quoi
qu'il en soit, cela n'a fait aucune impression sur l'esprit de Sa Majesté, et ne lui a fait naître aucune pensée pour une paix particulière ; au contraire, Sa Majesté Gzarienne a, non seulement fait communiquer fidèlement à Votre xMajesté et à ses alliés, tout ce qui lui a été proposé de quelque part que ce soit ; mais elle a même tâché depuis peu, en envoyant son conseiller privé, le sieur Tolstoy, vers Votre Majesté, d'ôter tout sujet de méfiance, auquel, peut-être, quelques insinuations mal fondées avaient donné lieu, de rétablir l'ancienne bonne harmonie, et de concerter en même temps avec Votre Majesté des mesures nécessaires pour continuer vigoureusement la guerre contre l'ennemi commun, et pour procurer une paix sûre et avantageuse à tous les alliés du iSord en général, et de conclure un traité formel, ou un concert là-dessus, à
quoi Sa Majesté Czarienne a montré toutes les dispositions imaginables ; mais, comme la dite négociation a été rompue contre toute attente, et pour des raisons de peu d'importance de la part de Votre Majesté, et que même l'accès auprès de votre personne a été refusé aux ministres de Sa Majesté Czarienne, Elle aurait bien eu plus grande raison d'ajouter loi aux insinuations qui lui ont été faites, et de prendre ses mesures là-dessus ; mais Sa Majesté Czarienne a vu tout cela avec beaucoup de patience, de même que les autres démarches qui ont été faites à son préjudice, contre l'amitié et l'alliance, tant à Copenhague que dans l'Empire ; lesquelles démarches n'étaient pas fort éloignées d'une rupture ouverte. Nonobstant tout cela, Sa Majesté Czarienne offre de rétablir une bonne amitié avec VotreMajesté ; et comme Votre Majesté,
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de même que ses ministres, savent très bien la vérité de tout ce qui est marqué ci-dessus, et que d'autre côté il est certain, comme chacun peut aisément se l'imaginer, que toutes ces malicieuses insinuations ont été répandues, etpeut-ètre écrites par l'ennemi, selon toutes les apparences, dans la vue d'encourager la faction anglaise qui est entrée dans leurs pernicieux desseins, et de faire naître par ces bruits une plus grande méfiance entre Sa Majesté Czarienne et Notre Majesté ; il est évident que cet ennemi si opiniâtre, dans Tétat faible où il est, risque tout et ne cherche qu'à désunir les alliés du Xord, par ses intrigues et par ses insinuations artificieuses, et veut profiter de la désunion qu'il tâche de mettre entre eux, s'il lui était possible, pour rétablir par là, en quelque manière, ses affaires délabrées. Ainsi Sa Majesté Czarienne n'a pu qu'être
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fort sensible et surprise, de ce que Votre Majesté a fait imprimer et publier, dans les susdites lettres des ministres de Suède, les malicieuses insinuations de ses ennemis , lesquelles blessent Thonneur et la réputation de Sa Majesté Czarienne, sans lui en avoir préalablement fait part, ou lui avoir demandé des éclaircissements làdessus , comme cela se devait pourtant faire en vertu de la bonne intelligence établie entre Sa Majesté Czarienne et Votre Majesté, et suivant les devoirs d'un allié. Sa Majesté Czarienne n'a pu présumer autre chose, sinon que cjuelques personnes mal intentionnées ont voulu se prévaloir de cette occasion pour rendre Sa Majesté Czarienne et sa conduite odieuses, tant auprès de Votre Majesté , que des autres puissances, d'interrompre la bonne harmonie c|ui a subsisté jusqu^à présent, au mutuel
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avantage des deux nations russienne et britannique et d'empêcher que ces dites deux nations ne s'unissent par des liens plus étroits, auxquels Sa Majesté Czarienne est prête de donner les mains. Mais, afin d'ôter toutes les sinistres impressions que ces malicieuses insinuations pourraient avoir faites sur Tesprit de Votre Majesté et de toute la Terre, afin de montrer combien Sa Majesté Czarienne est éloignée d'avoir eu part dans l'horrible attentat de ses ennemis. Sa Majesté a très gracieusement ordonné au soussigné secrétaire d'ambassade de protester solennellement en son nom contre toutes ces fausses insinuations, ainsi qu'illefait, d'unemanière très expresse, par ce présent mémoire, déclarant, de la part de Sa Majesté Czarienne, que Sa Majesté se garde des fausses insinuations répandues par l'ennemi, comme des caloni-
nies véritablement indignes et ignomineuses, ainsi qu'en effet Elle s'en réserve le ressentiment contre leurs auteurs. Au reste , Sa Majesté Gzarienne serait bien aise, si, contre toute attente, on pouvait découvrir quelque chose par où l'on pût convaincre son médecin Areskine d'avoir entretenu une correspondance si injurieuse et préjudiciable à Sa Majesté Gzarienne, que tout cela lui fut communiqué afin, qu'Elle put faire voir clairement à tout le Monde, par le ressentiment qu'Elle en marquerait, que Sa Majesté Gzarienne n'a jamais donné des ordres sur ce sujet; ni même eu la pensée de prendre aucune part à un attentat si indigne et si détestable.
« Le soussigné secrétaire d'ambassade a l'honneur, au nom de Sa Majesté Gzarienne, son Maître, d'assurer Votre Majesté, de la
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manière la plus forte, que comme Sa Majesté n'a jamais eu d'autre intention que de continuer la bonne intelligence et lamitié avec Votre Majesté par tous les soins imaginables, et de la cultiver de plus en plus ; aussi Sa Majesté Czarienne persistera toujours dans ces mêmes sentiments, étant prête, dans la conjoncture présente, d'entrer avec Votre Majesté, comme roi delà Grande-Bretagne, dans toutes les liaisons nécessaires et convenables au bien et à la sûreté des deux puissances ; et pour témoigner les égards que Sa Majesté Czarienne a pour la personne de Votre Majesté, et la considération qu'Elle a pour la nation britannique, qui depuis un temps immémorial a entretenu avec ses prédécesseurs une bonne correspondance, amitié et commerce; pour en donner de nouvelles preuves, Sa Majesté Czarienne est portée à lui accorder des
avantages pour le commerce et à d'autres égards, tels qu'on peut raisonnablement souhaiter d'un bon allié et ami ; et Sa Majesté Czarienne veut contribuer, par tout ce qui dépend d'Elle, à mettre enfin à la raison, et porter à une paix ferme et durable le roi de Suède, cet ennemi commun, si implacable et si dangereux, et à établir la liberté et la sûreté du commerce à Tavantage des deux nations.
(( Le soussigné secrétaire d'ambassade a ordre de demander un éclaircissement, et la résolution de Votre Majesté sur le contenu de ce présent mémoire, et il espère que, par les démarches si sincères de Sa Majesté Czarienne, non seulement Votre Majesté, mais toute la Terre, sera convaincue de la sincérité de ses intentions et de sa conduite irréprochable, et que toutes les insinuations artificieuses que Ton a répan-
dues contre Sa Majesté Czarienne seront dissipées et confondues. »
« Fait à Londres, le 12/23 mars 1717.
« F. Wesselowsky, »
Stanhope adressa à Wesselowsky la réponse suivante :
« Sa Majesté a ordonné qu'on répondît au mémoire cpii lui a été délivré de la part de Sa Majesté Czarienne, que les assurances qu'il contient de la manière obligeante dont le Czar veut bien s intéresser à la découverte de la conspiration des ministres suédois, et la disposition où il est de vivre avec Sa Majesté dans la môme amitié et confiance que par le passé, lui ont été très agréables. Le Roi souhaite que Monsieur Wesselowski en fasse de sa part des remerciements à Sa Majesté Czarienne, en l'assurant que, de son côté, il est prêt d'y répondre
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d'une manière dont Elle aura lieu d'être satisfaite.
(( Le Roi n'a point oublié les bons sentiments que le Czar a fait paraître pour lui aA-ant et depuis son avènement à la couronne de la Grande-Bretagne, mais, comme rien n'est plus capable de donner atteinte à cette bonne intelligence que le séjour des troupes russiennes dans l'Empire, Sa Majesté demeure d'accord cju'elle a fait agir à la Cour Impériale, et auprès des rois de Dannemarket de Prusse pourcpi'ils concourussent avec Elle à persuader Sa Majesté Gzarienne de retirer ses troupes. Les représentations c|u'elle a fait faire à ces Courslà n'ont point été secrètes et n'ont été en rien différentes de celles c{ue Sa Majesté a fait faire directement au Czar lui-même. Elle y a été indispensablement obligée par ses liaisons avec Sa Majesté Impériale,
par le rang qu'EUe tient, tant dans TEmpire que clans le cercle de la Basse-Saxe, et par le grand intérêt qu'elle doit prendre au repos de son voisinage. Elle y a été portée de même par la considération du préjudice que le séjour des troupes russiennes dans l'Empire attire à toute la Ligue du Nord, et à Sa Majesté Czarienne en particulier; et enfin par le désir sincère qu'Elle a de lever l'obstacle qui détruit toute harmonie et concert entre les Alliés du Nord et qui s'oppose à cette parfaite intelligence entre Elle et Sa Majesté Czarienne si utile au public. Sa Majesté veut donc espérer, que le Czar y fera attention, et que, par la prompte retraite de ses troupes, il mettra les choses sur un tel pied, qu'on puisse rester toujours dans une bonne union, étant visible que le séjour des troupes russiennes dans l'Empire est directement opposé à toute liaison et à
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tout concert entre Sa Majesté et le Gzar, et que, comme ce séjour marque tout autre dessein que celui de vouloir agir contre la Suède, il ne peut que persuader au monde, qu'on laisse les troupes russiennes où elles sont dans des vues tort différentes de celles qu'ont les alliés de Sa Majesté Gzarienne, ce qui cause une défiance et un ombrage qui ne peuvent être dissipés que par la retraite des dites troupes.
« Au reste, le Roi est fort éloigné d'avoir le moindre soupçon que Sa Majesté Gzarienne soit entrée dans aucun engagement en faveur du prétendant, ni qu'Elle ait eu part aux intrigues des ministres suédois ; et, pour ce qui regarde le médecin Areskine, Sa Majesté Gzarienne pourra facilement comprendre qu'il n'était pas possible de supprimer dans les lettres imprimées les endroits qui le regardent, le Uoi ayant eu de
fortes raisons de communiquer ces lettres à son Parlement telles qu'on les a trouvées, ce qui est cause qu'on y a laissé les réflexions odieuses qu'elles contiennent contre quelques-uns de nos propres ministres. Sa Majesté a assez fait paraître dans cette occasion ses égards pour le Czar, puisqu'elle ne lui a fait faire aucune plainte contre le dit médecin, quoi qu'il y eût de si forts indices contre lui, ce qui fait connaître que Sa Majesté verra sans aucune peine que le Czar laisse tomber dans l'oubli l'affaire de ce médecin.
« C'aurait été une grande satisfaction pour le Roi d'avoir eu une entrevue avec le Czar, à son passage en Hollande; mais l'indisposition de Sa Majesté Czarienne ne l'ayant pas permis, le Roi aurait vu et écouté avec plaisir Messieurs Kurakin et Tolstoy, s'ils n'étaient arrivés à Ylaerdigen
dans le moment que Sa Majesté allait s'embarquer, et Elle ne pouvait j3as retarder son départ par la nécessité où Elle était de se servir de la marée.
« Sa Majesté n'a point à se reprocher d'avoir fait la moindre démarche pour une paix particulière avec la Suède ; si le bruit en a couru, ce n'a été que par l'artifice des ministres suédois, comme il paraît clairement par la lettre du comte de Gyllemborg au baron de Gœrtz du 29 décembre 1716, dans laquelle il avoue, sans détour, avoir chargé le gentilhomme qu'il envoyait à la Cour du Gzar, d'y insinuer que le roi Georges faisait toutes les offres du monde pour avoir la paix du roi de Suède aux dépens du Czar, qui en ferait le sacrifice.
(( A l'égard de ce que le comte de Gyllemborg avance dans quelques-unes de ses lettres touchant la négociation d'une paix
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particulière entre Sa Majesté Czarienne et le roi de Suède, il n'est pas croyable, comme le mémoire semble Tinsinuer, que ce comte Tait avancé dans la vue de brouiller Sa Majesté Czarienne avec le Roi, puisque très certainement le dit comte n'a pas écrit ces lettres-là dans le dessein qu'elles fussent lues d'aucun autre que du baron de Gœrtz. Enfin Sa Majesté a toujours été et est encore bien persuadée qu'un Prince aussi éclairé que le Czar n'était point capable de se laisser éblouir par les artifices de ce baron, ni par les propositions qu'il aurait pu faire d'une paix séparée. Une telle paix aurait été si préjudiciable aux intérêts du Czar, et il a toujours donné tant de marques de sa fermeté dans la Ligue du Nord, que le Roi n'a jamais été à cet égard dans aucune inquiétude, et aussi n'a-t-il pas fait témoigner au Czar qu'il en eût le moindre soupçon.
ET LE PUEMIER THAITE 1 r.\>'CO-RL'SSE li']
« A l'égard des offres contenus dans le mémoire par rapport aux alliances que Sa Majesté Czarienne pourrait faire avec le Roi, elles seront toujours agréablement reçues et le Uoi y répondra dune manière dont Sa Majesté Czarienne aura lieu d'être contente pourvu que l'obstacle du séjour des troupes russiennes dans l'Empire soit levé ^ »
, « Fait à Londres le 20/1 5 mars 1717.
Malgré la correction apparente de ces lettres d'une diplomatie tout ondoyante, on peut juger de la méfiance qui présidait aux rapports de Georges et de Pierre dont les relations devaient se ressentir pendant longtemps des derniers événements.
On comprend, dans de pareilles condi-