VI PREFACE
suasion à convaincre les ministres du Régent que le rôle attribué jusqu'alors à la Suède, dans les affaires du Nord, serait mieux rempli désormais, et plus avantageusement pour la politique française, par la Russie régénérée et conquérante. Quelques semaines plus tard, quand Pierre revint à Amsterdam, d'où il avait entrepris cette excursion, la partie était à peu près gagnée pour lui. Les pourparlers suivis en Hollande même aboutirent, le i5 août 1717, à la signature d'un traité en forme, auquel participa la Prusse, et qui marque un point de départ nouveau dans le système politique de l'Europe.
Ce n'est pas à dire que la ligne indiquée dans ce traité ait toujours été fidèlement suivie pendant les deux siècles qui nous séparent de la date de sa conclusion. Beaucoup d'événements successifs sont venus déranger les rapports établis alors pour la première fois entre la France et la Russie. Sans doute, la prépondérance de la maison d'Autriche avait bientôt cessé d'être une menace pour la France ; mais ce fait est imputable à des causes générales, en dehors du sujet qui nous occupe. Aux époques mêmes où l'entente entre les
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deux puissances semblait promettre à la politique de Tune et de Tautre des résultats décisifs, pendant la guerre de Sept ans, sous le Consulat, puis le règne de Napoléon, en d'autres circonstances encore, des considérations imprévues ont arrêté leur élan et renversé leurs projets. Cependant la communauté de leurs intérêts sur la plupart des points demeure incontestable. Elles ont à appréhender en Europe les mêmes dangers et sont exposées à devoir se défendre des mêmes adversaires. La maison de Hohenzollern a pris aujourd'hui la place que les Habsbourg tenaient autrefois ; elle ne s'est pas montrée moins envahissante et ses desseins peuvent n'être pas moins redoutables. L'Angleterre, tantôt rapprochée et tantôt éloignée de la Prusse, s'applique non moins assidûment que celle-ci à contenir la Russie. Toutes deux ont la même tendance et s'imaginent avoir le même avantage à repousser du nord et de l'est les frontières françaises, de manière à réduire le royaume de Clovis à n'être, dans une partie restreinte de l'ancienne Gaule, qu'un Etat purement méridional, ou, comme on dit aujourd'hui, latin. France et Russie ont ainsi,